Les taux d'intérêt restent sous pression dans la plupart des pays développés. Dans ce contexte, les investisseurs sont soumis à la tentation d'une prise de risque de plus en plus importante afin de maintenir le rendement de leur portefeuille obligataire. Pour de nombreux spécialistes, la solution est aujourd'hui de s'affranchir des indices de référence, et d'adopter des stratégies tout-terrain qui auront la possibilité d'aller chercher des idées d'investissement sur l'ensemble des marchés. Nous avons récemment rencontré deux gestionnaires qui se spécialisent dans ces stratégies obligataires : Ryan Myerberg (Janus Capital) et Richard Woolnough (M&G).
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Les taux d'intérêt restent sous pression dans la plupart des pays développés. Dans ce contexte, les investisseurs sont soumis à la tentation d'une prise de risque de plus en plus importante afin de maintenir le rendement de leur portefeuille obligataire. Pour de nombreux spécialistes, la solution est aujourd'hui de s'affranchir des indices de référence, et d'adopter des stratégies tout-terrain qui auront la possibilité d'aller chercher des idées d'investissement sur l'ensemble des marchés. Nous avons récemment rencontré deux gestionnaires qui se spécialisent dans ces stratégies obligataires : Ryan Myerberg (Janus Capital) et Richard Woolnough (M&G). " La capacité d'être flexible sur les marchés obligataires permet de trouver des opportunités d'investissement dans le contexte actuel, indique Ryan Myerberg, gestionnaire de fonds dans l'équipe Global Macro chez Janus Capital. Suivre les indices obligataires traditionnels a pour conséquence d'être très largement exposé sur les dettes souveraines européennes ou japonaises, sur lesquelles les rendements restent négatifs pour la plupart des maturités courtes. " Ryan Myerberg fait partie de la même équipe que Bill Gross, l'ancien gestionnaire du mastodonte Pimco Total Return, dont les actifs sous gestion ont atteint près de 300 milliards de dollars durant le mois d'avril 2013 vers la fin du grand marché haussier sur les marchés obligataires souverains. Lorsque Bill Gross est parti pour Janus Capital à la fin 2014, Pimco a vu ses actifs sous gestion fondre pendant plusieurs trimestres, en passant de près de 2.000 milliards de dollars à un peu plus de 1.500 milliards. Pour les mois à venir, Ryan Myerberg souligne que le contexte devrait rester caractérisé par une croissance globale bien orientée dans toutes les grandes régions et par la poursuite de la normalisation de la politique monétaire américaine. " En tant qu'investisseur obligataire, je pense toutefois que les problèmes n'ont pas disparu avec l'élection de Donald Trump, et que les pressions déflationnistes restent bien présentes ", déclare-t-il. Ceci limitera le potentiel de hausse des taux de la banque centrale américaine, " même si la réduction de la taille du bilan devrait permettre un rythme de hausse moins agressif du taux directeur ". Enfin, le contexte devrait être marqué par la difficulté de Donald Trump à faire voter les différents éléments du programme pour lequel il a été élu. " Il faut beaucoup négocier, et Donald Trump ne semble pas être la bonne personne pour arriver à un résultat ", indique Ryan Myerberg. Dans ce contexte, il souligne que la stratégie d'investissement sera de se diversifier en dehors des grands marchés obligataires, notamment vers l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou sur les marchés émergents comme le Brésil, l'Argentine, l'Inde ou l'Indonésie. Il souligne également que le positionnement reste très prudent au niveau des deux grands fonds proposés par l'équipe Global Macro chez Janus Capital (Janus Global Unconstrained et Janus Absolute Return Income). " Les fondamentaux économiques sont bons, mais il existe de nombreux éléments qui pourraient faire dérailler ce scénario favorable, et les valorisations restent actuellement élevées sur les marchés obligataires ", conclut Ryan Myerberg. Richard Woolnough est gestionnaire du fonds M&G Optimal Income. Cette stratégie a été un des succès les plus remarquables du gestionnaire britannique, avec des actifs sous gestion qui dépassent aujourd'hui les 20 milliards de dollars au moment où le fonds vient de fêter son 10e anniversaire. La performance annualisée atteint 7 % par an depuis la création du fonds, pour une volatilité qui reste extrêmement basse en raison (notamment) d'une politique de couverture systématique du risque de change. L'objectif est d'afficher une performance stable sur le long terme, avec une très grande diversification du portefeuille (555 émetteurs et 1.200 lignes). Comme son confrère de Janus Capital, Richard Woolnough estime que l'inflation devrait rester faible pendant encore un bon moment, ce qui limitera la capacité de hausse des taux obligataires. " Nous sommes positionnés de manière à prendre en compte la poursuite d'une normalisation des politiques monétaires, avec une duration courte sur nos portefeuilles, précise-t-il. Les opportunités se situent actuellement surtout dans les émissions notées BBB, et plus particulièrement sur la dette financière qui représente environ 30 % des actifs sous gestion. " Il souligne à ce titre être devenu plus prudent sur la dette à haut rendement, notamment en raison de la politique de rachat de la BCE. " Tout le monde est désespéré pour trouver du rendement, avec une demande qui est aujourd'hui excessive alors que l'offre est très faible avec le programme de rachat d'actifs et le faible niveau d'activité en termes de fusions et acquisitions, indique Richard Woolnough. Dans le même temps, de nombreuses banques cherchent encore à se recapitaliser en émettant de la dette, alors que la BCE ne peut pas acheter ce papier. " La particularité du fonds M&G Optimal Income est également de pouvoir s'exposer sur les marchés d'actions, lorsque le rendement des actions est significativement plus élevé que les taux proposés par les émissions obligataires. " Comme ce fut le cas régulièrement avec Apple ces dernières années, nous ne rentrons sur les marchés d'actions que si la valorisation nous semble extrêmement attractive, précise le gestionnaire. Après avoir passé l'essentiel des exercices 2015 et 2016 sans la moindre exposition sur les Bourses, le fonds a reconstitué une position limitée sur les actions (moins de 5 % des actifs sous gestion) ces derniers mois. " " Je ne peux que constater que les investisseurs restent très prudents, et deviennent très nerveux dès que les marchés deviennent baissiers, indique encore Richard Woolnough. Or, c'est à ce moment-là qu'il faut avoir le courage d'investir. Je pense que les mouvements baissiers sur le marché du crédit seront limités, et qu'il faudra être en mesure de saisir les opportunités qui se présenteront, d'autant que nous sommes aujourd'hui bien payés pour prendre du risque à un moment ou détenir du cash ne sera pas une alternative rentable pendant encore plusieurs années. " Frédéric DineurLa solution est aujourd'hui de s'affranchir des indices de référence, et d'adopter des stratégies tout-terrain.