On vous l'accorde, le nom n'est pas très sexy. International Drug Development Institute, ça fleure plus le parastatal que la start-up. D'ailleurs, ce n'est plus une start-up. IDDI existe depuis 1991 et, depuis lors, elle s'est forgé une jolie réputation dans le monde de la pharmacie, grâce à sa capacité à collecter et traiter les données lors des essais cliniques. La société basée à Louvain-la-Neuve dialogue avec les géants du secteur et réalise un chiffre d'affaires de 11 millions d'euros, à plus de 90 % à l'international, en particulier vers les Etats-Unis.
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On vous l'accorde, le nom n'est pas très sexy. International Drug Development Institute, ça fleure plus le parastatal que la start-up. D'ailleurs, ce n'est plus une start-up. IDDI existe depuis 1991 et, depuis lors, elle s'est forgé une jolie réputation dans le monde de la pharmacie, grâce à sa capacité à collecter et traiter les données lors des essais cliniques. La société basée à Louvain-la-Neuve dialogue avec les géants du secteur et réalise un chiffre d'affaires de 11 millions d'euros, à plus de 90 % à l'international, en particulier vers les Etats-Unis. Dans ces conditions, ne serait-il pas plus simple qu'IDDI quitte la Belgique pour se rapprocher de ses clients ? La question mérite d'être posée, d'autant que l'entreprise a ouvert récemment des bureaux à Raleigh (Caroline du Nord), où officient une quinzaine de personnes. Le fondateur et toujours actionnaire majoritaire, Marc Buyse, tient cependant à " l'ancrage wallon " d'IDDI. C'est pourquoi il vient de céder 20 % du capital à la SRIW, le bras financier de la Région. Il cède aussi 10 % au management (qui avait déjà acquis 20 % en 2009), dans un souci de " continuité et de pérennisation d'IDDI ". Manifestement, le fondateur met les choses en place pour que son bébé lui survive le plus sereinement possible. Mais la Région wallonne, elle, pourquoi suit-elle ? On avait déjà vu les pouvoirs publics investir pour sauver des entreprises qui périclitaient ou pour soutenir le lancement de sociétés innovantes. Et les voici maintenant qui prennent des participations dans des entreprises florissantes, comme IDDI qui affiche une croissance annuelle autour des 10 %. " Cela s'inscrit dans une volonté de diversification de notre portefeuille, explique Gery Lefebvre, invest manager à la SRIW. Nous sommes présents dans de nombreuses start-up des sciences du vivant, il est sain d'être aussi présents dans des sociétés plus matures et en croissance. " Cette logique financière vient ici renforcer la logique de redéploiement économique de la Wallonie, qui demeure la mission première d'un organisme comme la SRIW. Gery Lefebvre pointe la complémentarité entre IDDI, société de service, et les pépites du secteur des biotechnologies déjà présentes dans le portefeuille de la SRIW. " Nous allons contribuer à renforcer les relations entre elles pour créer un cercle vertueux, dit-il. Parallèlement, l'arrimage d'un tel acteur augmentera l'attractivité de l'écosystème wallon de plus en plus diversifié. " Ces derniers mois, des sociétés comme Pluriomics (Pays-Bas), PDC Line Pharma (France) ou Clarity (Australie) ont en effet choisi de développer leurs activités au départ de la Wallonie, grâce à la concentration des centres de recherche et des sociétés de services spécifiques au secteur de la pharmacie. L'entreprise néo-louvaniste est devenue un acteur incontournable dans le domaine des essais cliniques nécessaires au développement de nouveaux médicaments. Elle y apporte une expertise biostatistique pointue dans la collecte et l'analyse des données. IDDI fournit ses services à plus d'une centaine de projets pharmaceutiques en cours, dont une trentaine visent à la mise sur le marché de médicaments innovants, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. IDDI a déjà accompagné le processus de validation de 17 médicaments désormais disponibles. Sa compétence est particulièrement reconnue en oncologie et, dans une moindre mesure, en ophtalmologie. Les clients d'IDDI se retrouvent autant dans les biotechs, qui ne disposent pas des ressources internes pour traiter de tels flux de données, que chez les grands de la pharma. Ces derniers sont évidemment capables de mener seuls les essais cliniques, mais ils ont parfois besoin d'un regard extérieur et indépendant, par exemple celui d'IDDI, pour valider le processus. " Notre défi aujourd'hui est de bien gérer la croissance, concède Damien Tremolet, CEO d'IDDI. Cela implique notamment de trouver les talents nécessaires pour nos équipes. Et là, je dois dire que la Belgique est un terreau favorable. Les universités diplôment les biologistes, les statisticiens, les informaticiens et autres dont la recherche clinique a besoin. " Pour une fois donc, notre enseignement est cité en exemple. Si IDDI s'est tournée vers la SRIW, c'est aussi parce que les deux partenaires se connaissaient déjà. Ils sont en effet associés au sein de CluePoints, une start-up issue d'un projet de recherche du Plan Marshall auquel participaient également GSK, l'ULB et l'UCL. Ils ont mis au point un logiciel de détection des erreurs dans les bases de données statistiques. Une aide évidemment très précieuse pour valider les résultats des essais cliniques dans le domaine pharmaceutique et qui a d'ailleurs été validée par la redoutable FDA (Food and Drug Administration) américaine. Basée à Mont-Saint-Guibert et disposant d'un bureau à Boston, CluePoints emploie une trentaine de personnes. Satisfaite de cette collaboration, IDDI n'a pas cherché plus loin au moment d'ouvrir son capital. " Avoir un investisseur à nos côtés nous apporte une force de frappe supérieure, confie Damien Tremolet. L'arrivée de la SRIW nous donne les moyens de réaliser nos projets de développement ambitieux en Belgique et aux USA. " Cela concerne, d'une part, une croissance organique en développant le portefeuille de clients ; et d'autre part, le développement de nouveaux services, de nouvelles méthodes statistiques. " Nous avons quelques idées en tête, notamment en oncologie ", précise Damien Tremolet qui, logiquement, préfère rester discret à ce stade. Cela pourrait conduire à la création de nouvelles filiales, à l'image de CluePoints, en partenariat avec la SRIW. Cette dernière l'a montré cette année avec la Sonaca : elle est également prête à soutenir une croissance externe, par acquisition si cela fait sens dans le développement de l'entreprise et tend à conforter les activités en Wallonie. " Nous avons vocation à établir un partenariat à moyen-long terme, y compris pour les développements aux Etats-Unis ", confirme Gery Lefebvre. La mise au point et l'analyse de données statistiques, a priori, cela n'intéresse pas que le seul secteur pharmaceutique et ses essais cliniques. IDDI envisage- t-elle à terme une extension vers la banque, les assurances, les télécoms ou les instituts de sondage ? " Ces éventualités existent et nous y réfléchissons, répond Damien Tremolet, qui avait été nominé pour le Manager de l'année il y a deux ans. Mais nous avons été très occupés par le lancement de CluePoints et l'avancement d'autres projets de recherche dans les sciences de la vie. Ce domaine demeure clairement notre priorité. Si nous parvenons à amener de nouvelles méthodes statistiques à nos clients, si nous pouvons aider à accélérer la mise sur le marché de nouvelles molécules afin de mieux soigner des personnes malades, nous aurons rempli notre rôle. " Christophe De Caevel" L'arrivée de la SRIW nous donne les moyens de réaliser nos projets de développement ambitieux en Belgique et aux USA. " - Damien Tremolet, CEO d'IDDI