Il y a un an, la seule véritable différence entre les émirats de Dubaï et d'Abou Dhabi était la limite de vitesse imposée: les chauffeurs qui se dirigeaient vers le sud, lorsqu'ils échappaient aux bouchons de Dubaï, pouvaient appuyer sur l'accélérateur et filer à 140 km/h sur les autoroutes larges et peu fréquentées d'Abou Dhabi. Depuis le début de la pandémie, toutefois, ils doivent s'arrêter complètement: la ligne autrefois invisible qui séparait les deux émirats est devenue une frontière physique. Désormais, quiconque entre à Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis (EAU),...

Il y a un an, la seule véritable différence entre les émirats de Dubaï et d'Abou Dhabi était la limite de vitesse imposée: les chauffeurs qui se dirigeaient vers le sud, lorsqu'ils échappaient aux bouchons de Dubaï, pouvaient appuyer sur l'accélérateur et filer à 140 km/h sur les autoroutes larges et peu fréquentées d'Abou Dhabi. Depuis le début de la pandémie, toutefois, ils doivent s'arrêter complètement: la ligne autrefois invisible qui séparait les deux émirats est devenue une frontière physique. Désormais, quiconque entre à Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis (EAU), doit faire la queue pour se soumettre à un test de dépistage du Covid-19. Les postes de contrôle illustrent la relation parfois difficile qu'entretiennent les deux villes. Avec ses îles artificielles et ses hôtels hédonistes, Dubaï est la plus tape-à-l'oeil des deux. Abou Dhabi, qui sert de siège au pouvoir politique et à l'industrie pétrolière de la fédération, fait volontiers profil bas. Comme on pouvait s'y attendre, Dubaï a rouvert son économie (et son aéroport) plus vite que ne l'aurait souhaité sa voisine - d'où l'idée d'établir une véritable frontière. En 2009, quand la crise financière a éprouvé l'économie dubaïote, déjà fortement endettée, Abou Dhabi a versé 10 milliards de dollars à l'émirat voisin. Or Dubaï pourrait avoir de nouveau besoin d'aide pour faire face au marasme prolongé provoqué par la pandémie. Cette fois-ci, toutefois, l'aide ne prendra pas la forme d'un renflouage direct. Il faut plutôt s'attendre à ce qu'Abou Dhabi prenne le contrôle de certains secteurs de l'économie exsangue de Dubaï par l'entremise de Mubadala, son puissant fonds souverain. Les deux émirats fusionneront en outre des institutions qui font doublon. Il se peut, par exemple, qu'ils unissent leurs marchés boursiers. On évoquera de nouveau la possibilité d'également fusionner Emirates et Etihad, les compagnies aériennes officielles de Dubaï et d'Abou Dhabi. Elles exercent leurs activités depuis des aéroports éloignés d'à peine 131 km (Dubaï construit actuellement un second aéroport encore plus près de celui de son voisin). Une fusion semble logique dans un contexte de demande atone. Etihad a perdu 870 millions de dollars en 2019 et les chiffres de 2020 s'annoncent encore pires. Mais une fusion sera difficile à faire accepter, ne serait-ce que pour des raisons de prestige. Ce ne sera pas la seule source de tensions. Abou Dhabi investit massivement dans ses parcs d'attractions, son secteur financier et son industrie cinématographique. Des secteurs en concurrence directe avec leurs équivalents dubaïotes. En outre, la politique étrangère de plus en plus volontariste des EAU, menée depuis Abou Dhabi, ne risque pas de plaire à Dubaï: les tensions avec la Turquie et l'Iran sont mauvaises pour les affaires. Les postes de contrôle seront démantelés en 2021, mais la relation entre les deux émirats restera tendue pour d'autres raisons.