Blanche-Neige n'avait qu'une seule ennemie : la Reine. Et la Reine n'avait qu'une seule obsession : son miroir. " Miroir, ô miroir, dis-moi qui est la plus belle ? " Paradoxalement, aujourd'hui dans la vie réelle, ce qui intéresse nos contemporains, c'est de voir à quoi ils ressembleront quand ils seront vieux !

Sauf à habiter sur la planète Mars, nous avons tous reçu ces dernières semaines un portrait de nous avec quelques rides en plus. J'ai vécu le même scénario au début de cet été avec un ami qui m'a fait découvrir l'application FaceApp qui permet de voir à quoi nous ressemblerons lorsque nous aurons 30 ou 40 ans de plus au compteur. Mes proches ont trouvé que je ressemblais étonnament à ma mère. J'avais beau leur dire qu'il n'y avait là rien de très étonnant, que je n'avais pas besoin d'intelligence artificielle pour savoir que nous sommes le résultat de notre ADN, mais rien à faire : j'étais prié de m'esbaudir, moi aussi, devant les miracles technologiques de cette application.

Pour reprendre le contrôle de votre temps, effacez sans hésiter ces armes de distraction massive.

Nous nous trouvons en plein paradoxe. La plupart des applications du genre nous permettaient jusqu'à présent de changer de façon avantageuse notre apparence physique, grâce notamment à des sortes de " filtres de beauté algorithmiques ". Mais aujourd'hui, ce qui prime, ce sont les " frissons gériatriques ", pour reprendre une jolie expression du quotidien Libération.

La preuve : FaceApp est l'application la plus téléchargée cet été. D'abord parce qu'elle nous confronte avec notre propre avenir. Mais soyons de bon compte : est-ce vraiment le cas ? Peut-on résumer notre avenir à un visage ridé, marqué par le temps ? Quid de nos émotions, de nos sentiments, de nos expériences, de notre âme ? Par ailleurs, à l'inverse du miroir dans Blanche-Neige et les sept nains dont la fonction principale était de rassurer la reine-mère sur sa beauté sans égal, ce nouveau miroir magique nous montre l'opposé et " désigne le vieux comme objet de rires, de moqueries, de peur, mais surtout comme une catégorie à part à laquelle on n'appartient pas ", commente avec justesse Libération.

Mais depuis quelques jours, FaceApp sent aussi un peu le soufre. L'appli à la mode a, en effet, le malheur d'être d'origine russe. Les articles de presse clamant qu'elle dévore nos données privées, et en particulier notre album photos, pullulent sur le Net. Le PDG russe de FaceApp a beau rassurer sur ses intentions, rien n'y fait. " Russie " et " vie privée " sont des termes qui ne font pas bon ménage. En réalité, les experts le savent bien, si FaceApp est un cauchemar pour notre vie privée, c'est aussi le cas pour des applications américaines comme Facebook, Snapchat ou Twitter.

En définitive, la meilleure option à prendre, c'est d'effacer FaceApp... et TOUTES les autres applis, tant qu'on y est. C'est ce que j'ai fait : j'ai effacé Twitter et Instagram de mon smartphone. Les experts de l'économie de l'attention appellent ces applications des " piscines à débordement ". Leur danger ? Elles sont à portée de doigt, elles sont addictives et la seule volonté n'y suffit pas pour y résister. Pour reprendre le contrôle de votre temps (un bien non renouvelable), pour ne plus réagir aux sollicitations des notifications et vous rendre disponible pour les gens et les activités qui comptent vraiment, effacez sans hésiter ces armes de distraction massive. Merci qui ? Merci la Russie. Merci FaceApp !