Il s'est passé quelque chose d'extraordinaire ce lundi 4 novembre à la Bourse de Paris. Pour la première fois, la société LVMH, leader mondial du luxe, a dépassé la valorisation symbolique de 200 milliards d'euros. Pour une société européenne, c'est en soi un miracle. Bien entendu, les esprits grincheux diront que de grandes sociétés américaines comme Apple ou Amazon flirtent déjà régulièrement avec la barre des 1.000 milliards de dollars. Mais ici, en Europe, voir une société - de surcroît active dans le luxe et non dans la haute technologie- passer une barre aussi symbolique, c'est du jamais vu. D'ailleurs, juste pour vous donner une idée, l'action LVMH vaut aujourd'hui 397 euros. C'est plus qu'un porte-monnaie Louis Vuitton !

Vu les difficultés de Warren Buffett et Charlie Munger à trouver un bon placement à long terme, je me demande si nous ne devrions pas leur demander d'acheter une bonne partie de la dette publique belge.

Face à l'emballement de son cours de Bourse, Bernard Arnault, le propriétaire de LVMH, reste placide. Frisant le snobisme, il se contente de dire à nos confrères américains du magazine Forbes " que ce n'est que le début ". En déclarant cela, il a sans doute raison. N'est-ce pas lui qui déclarait en marge d'une conférence de presse qu'il ne savait pas si Facebook serait encore là dans 100 ans, mais qu'il était sûr qu'on boirait encore du champagne ?

La première fortune de France aurait tort d'affirmer le contraire : il est le champion du monde de la maroquinerie avec sa marque Louis Vuitton et le champion du monde des breuvages festifs (Moët, Hennessy). Lui, le janséniste des affaires, démontre aujourd'hui que " le luxe, ça paie bien son homme ". D'ailleurs à la Bourse de Paris, la deuxième valorisation boursière est L'Oréal. Avec 145 milliards de valorisation, le géant de la cosmétique arrive largement devant Total qui n'affiche " que " 129 milliards d'euros au compteur. Autrement dit, le commerce des promesses (un surnom donné à la Bourse) valorise plus le luxe que l'industrie lourde. Motif ? Comme Bernard Arnault l'a compris, le luxe est associé et enraciné à notre histoire, à notre culture. Bref, le luxe, c'est l'Histoire, le long terme.

Et tant qu'à évoquer une vision à long terme, difficile d'escamoter Warren Buffett et son associé Charlie Munger. Les deux fondateurs du holding Berkshire Hathaway ont beau afficher un âge respectable (88 et 95 ans), Wall Street suit les mouvements de ces " papys de la finance " comme d'autres surveillent le lait sur le feu. Partis de rien, si ce n'est leur bon sens, ces deux comparses ont bâti un holding qui possède des participations importantes dans des sociétés aussi différentes que Coca-Cola et Apple. Le seul hic avec ces deux surdoués de la finance, c'est qu'ils ont trop de cash. Leur société détient 114 milliards d'euros en liquidités dont elle ne sait que faire !

En réalité, s'ils se sont transformés en harpagons malgré eux, c'est parce qu'ils estiment que les cours à Wall Street sont trop élevés. Warren Buffett et Charlie Munger sont prudents à l'achat, car s'ils achètent, c'est uniquement pour du très long terme. Le buy and sell n'est pas trop leur tasse de thé. Mais pour bien prouver qu'ils n'ont pas perdu la main, ni qu'ils seraient devenus trop gâteux, ce duo de choc vient de rappeler qu'il espère encore réaliser une grosse acquisition et " cette perspective nous excite ", déclarent-ils.

Vu leurs difficultés à trouver un bon placement, je me demande si nous ne devrions pas leur demander d'acheter une bonne partie de la dette publique belge. La dette publique, c'est du long terme, non ? Et puis, la Belgique dispose d'un bon rating. En contrepartie de ce magnifique geste, le Roi pourrait les anoblir. Le titre de baron ou de comte, c'est même mieux que le long terme, c'est pour l'éternité. Du moins, si notre Roi leur permet de transmettre ce titre à leur descendance. Ne reste plus qu'à en souffler un mot à notre Première ministre, Sophie Wilmès.