Avec ses canettes colorées Tao posées sur la table, quelques feuilles griffonnées devant elle, Lauren Buysschaert est accoudée au comptoir d'un café de Manhattan. Très à l'aise en anglais, on pourrait presque croire qu'elle a toujours vécu ici. Pourtant, la jeune Belge de 28 ans s'est installée à New York il y a seulement neuf mois, pour lancer la marque Tao - ces boissons naturelles à base de thé ou de fruits - aux Etats-Unis, seule, en partant de zéro.
...

Avec ses canettes colorées Tao posées sur la table, quelques feuilles griffonnées devant elle, Lauren Buysschaert est accoudée au comptoir d'un café de Manhattan. Très à l'aise en anglais, on pourrait presque croire qu'elle a toujours vécu ici. Pourtant, la jeune Belge de 28 ans s'est installée à New York il y a seulement neuf mois, pour lancer la marque Tao - ces boissons naturelles à base de thé ou de fruits - aux Etats-Unis, seule, en partant de zéro. Quand on lui demande comment elle en est arrivée à accepter un pari si audacieux et à poser ses valises au milieu des gratte-ciel, Lauren Buysschaert réfléchit. " Un concours de circonstances ", lâche-t-elle amusée. Mais à l'entendre ra- conter son histoire, on penserait plutôt à un goût prononcé pour l'aventure et la prise de risque. Car, à 16 ans, elle partait déjà en voyage humanitaire seule au Burkina Faso. A 18 ans elle s'envolait pour l'Australie, " une expérience incroyable ", en témoigne son petit tatouage, un souvenir en forme d'étoile, qui décore l'intérieur de son poignet. A peine majeure, elle visitait la Nouvelle-Zélande en sac-à-dos, puis décidait de faire ses échanges universitaires Erasmus en Espagne et en Argentine. Alors, suite à ses études, cette globe-trotteuse n'avait qu'une seule idée en tête : quitter la Belgique. Après un master décroché à la Solvay Business School en 2012 et trois années passées chez Deloitte en conseil en stratégie, l'idée de partir à l'étranger a commencé à se faire de plus en plus pressante. " J'ai la bougeotte, c'est vrai, admet-elle. Mais je ne pouvais pas tout quitter comme ça. " Pourtant, en 2015, après une rencontre inattendue, elle décide quand même de se lancer. Alors qu'elle organisait un Start-Up Week-end - les participants se retrouvent le temps d'un week-end pour défendre une idée de projet ou d'entreprise devant un jury -, elle apprend l'existence du Fonds Prince Albert. L'une de ses coéquipières revenait du Guatemala, où elle avait effectué une mission d'un an grâce à ce fonds destiné aux jeunes Belges désireux d'entreprendre à l'étranger (voir encadré). " Je ne connaissais pas du tout le Fonds Prince Albert, explique-t-elle, mais je me suis dis 'ça c'est fait pour moi'. En janvier 2016, j'ai remis un dossier, et en mars j'ai obtenu la bourse. Au moment de choisir l'entreprise partenaire, je me suis tournée vers l'industrie de l'alimentaire et de la boisson, car j'ai toujours aimé ce monde là. " Lauren Buysschaert s'est alors renseignée sur les entreprises belges du secteur, et a eu un véritable coup de coeur pour Tao. " J'ai envoyé un mail spontané au groupe Haelterman, qui commercialise Tao, raconte-t-elle. C'est une marque innovante, dynamique avec des boissons dans le créneau bien-être et santé, et ces valeurs me plaisent beaucoup. " Le patron, Paul Haelterman lui a immédiatement répondu, intéressé par son projet et par son profil. " Il hésitait à m'envoyer soit en Australie soit à New York, j'ai poussé pour New York ", rigole-t-elle. C'était il y a un an. " J'ai suivi une formation à Bruxelles en septembre dans le cadre du fonds, et j'ai appelé des anciens boursiers pour avoir des conseils, détaille la jeune Belge. Ensuite, fin septembre, j'ai pris l'avion pour les Etats-Unis. " Depuis, les défis n'ont pas manqué dans la Grosse Pomme. C'est d'ailleurs ce qui la motive : tout inventer pour commercialiser une marque qui, jusqu'ici, n'était pas présente aux Etats-Unis. Bien sûr il y a eu " des hauts et des bas ". Autonome et flexible dans son travail, Lauren Buysschaert reconnaît être largement soutenue par les équipes en Belgique avec des appels hebdomadaires et des contacts quasi-quotidiens. Elle doit toutefois faire face à quelques difficultés. " On me fait confiance, mais parfois ce n'est pas évident de prendre seule ses décisions, reconnaît-elle. Il y a aussi la barrière de la langue qui peut, de temps en temps, compliquer mes échanges avec certains clients. Et surtout, je ne connaissais pas du tout l'industrie de la boisson et de l'alimentaire, j'ai dû apprendre sur le terrain et très vite. " Mais son travail a porté ses fruits, car aujourd'hui elle a une bonne nouvelle à annoncer. " Les produits Tao sont désormais commercialisés dans environ 80 restaurants Pain Quotidien aux Etats-Unis, de Washington à la Californie, pour une phase de test qui se termine à la mi-septembre ", lance-t-elle fièrement. Depuis février, et ce qu'elle appelle " la deuxième phase du projet ", elle a pour mission de trouver des partenaires locaux, des importateurs susceptibles de travailler avec l'entreprise pour commercialiser Tao. Mais avant d'en arriver là, elle a dû réaliser une étude de marché. " Entre septembre de l'année dernière et février, j'ai dû analyser les différences entre les marchés américain et européen, et adapter nos produits aux consommateurs locaux, détaille Lauren Buysschaert. Depuis février, je définis notre stratégie d'entrée sur le territoire. " Si sa mission se termine ce mois-ci, la jeune femme n'envisage pas pour autant de rentrer en Belgique. " Un jour, je rentrerai pour retrouver mes amis et ma famille, affirme-t-elle, mais pour l'instant j'aimerais bien rester à New York, et travailler pour une entreprise belge qui ambitionne de se développer et de se lancer aux Etats-Unis. " Il y a aussi son envie, avouée à demi-mot, de voyager. Parmi ses prochaines destinations : Cuba, Hawaï ou encore le Mexique. On comprend alors que cette liste n'est pas exhaustive, et que son goût pour le voyage ne la quittera jamais. Même à 6.000 km de chez elle. Chloé Cohen" On me fait confiance, mais parfois ce n'est pas évident de prendre seule ses décisions. "