Dès ses débuts en littérature, dans des romans comme Fanfan ou Le Zèbre, Alexandre Jardin s'est posé la question de savoir comment vaincre le quotidien et faire d'une histoire d'amour une aventure à rebondissements. Dans La Plus-que-vraie, son dernier-né, il met en scène Frédéric Sauvage, un écrivain dont il ne faut que quelques pages pour comprendre qu'il est son double de papier. A travers ce...

Dès ses débuts en littérature, dans des romans comme Fanfan ou Le Zèbre, Alexandre Jardin s'est posé la question de savoir comment vaincre le quotidien et faire d'une histoire d'amour une aventure à rebondissements. Dans La Plus-que-vraie, son dernier-né, il met en scène Frédéric Sauvage, un écrivain dont il ne faut que quelques pages pour comprendre qu'il est son double de papier. A travers ce personnage, l'auteur désormais quinquagénaire se livre à une réjouissante mise en abîme, Sauvage faisant le constat que ses plus belles histoires d'amour, il les a écrites mais pas vraiment vécues. C'est une rencontre qui va lui ouvrir les yeux. Elle s'appelle Alice. Cette femme "inespérée" va inverser la vapeur, lui faire réaliser que dans la vraie vie, il ressemble trop aux scènes de ses "petits" ouvrages! Grâce à Alice, qui rejette en bloc la tiédeur des sentiments, le héros va enfin vivre le roman qu'il n'a jamais réussi à écrire. "Soyez pour la première fois l'auteur de votre existence", lui ordonne-t-elle. Dans un style baroque où il n'hésite pas à se mettre dans le même sac que Choderlos de Laclos ou Flaubert, Alexandre Jardin prend aussi son courage à deux mains pour affirmer, sans faux-semblant, qu'il a été l'auteur d'une littérature univoque et "droitière", qui a eu l'outrecuidance de donner des leçons d'amour à ses contemporains alors que lui-même était bien loin des modèles qu'il décrivait à ses lecteurs. L'auteur plaide aujourd'hui pour une littérature qui adopterait le point de vue de l'autre et joint le geste à la parole puisqu'il signe ce dernier roman "en duo" avec une femme, Alexandra Sauvêtre. On pourrait se sentir totalement exclu de ce Me, myself and I d'un écrivain coutumier du va-et-vient littéraire entre lui et lui-même. Pourtant, on s'accroche à son histoire.... Alors posture ou réelle remise en question? Qu'importe, le jeu est plaisant.