Revoilà Deutsche Bank. Après avoir fait craindre le pire à l'automne dernier, le géant allemand fait à nouveau les gros titres. Englué dans un très coûteux redressement qui dure depuis des années, le groupe a annoncé un énième train de mesures visant à retrouver le chemin des bénéfices. Outre une grosse augmentation de capital de 8 milliards d'euros qu'il lancera dans les toutes prochaines semaines, l'établissement de Francfort cédera également une partie de son pôle de gestion d'actifs et renonce à se séparer de sa banque postale (Postbank) pour la digérer ...

Revoilà Deutsche Bank. Après avoir fait craindre le pire à l'automne dernier, le géant allemand fait à nouveau les gros titres. Englué dans un très coûteux redressement qui dure depuis des années, le groupe a annoncé un énième train de mesures visant à retrouver le chemin des bénéfices. Outre une grosse augmentation de capital de 8 milliards d'euros qu'il lancera dans les toutes prochaines semaines, l'établissement de Francfort cédera également une partie de son pôle de gestion d'actifs et renonce à se séparer de sa banque postale (Postbank) pour la digérer totalement. En plein coeur de la tempête à l'automne dernier, son nouveau CEO John Cryan s'était pourtant employé avec force à démentir les rumeurs concernant une éventuelle recapitalisation, soutenant à l'époque que le groupe était capable de maintenir ses fonds propres à flot sans devoir faire une fois de plus appel au marché. Mais malgré ces propos rassurants, " on savait bien que Deutsche Bank avait besoin d'argent frais , précise le professeur à l'IESEG de Lille Eric Dor. On savait aussi que les investisseurs avaient de gros doutes quant à la stratégie mise en place pour relancer la machine." La capacité opérationnelle du groupe à générer des profits pour renforcer ses fonds propres reste insuffisante. Le management a compris que cette stratégie visant à renforcer les fonds propres de manière autonome ne marcherait pas et change aujourd'hui son fusil d'épaule. " Outre des choix stratégiques hasardeux qui l'ont vu vouloir aller concurrencer les grandes banques d'affaires américaines sur leur propre terrain aux Etats-Unis, Deutsche Bank continue aussi de payer le prix des égarements du passé. Impliquée dans toute une série de scandales (Libor, etc.), la banque s'est dernièrement vu infliger par les autorités américaines une lourde amende de 7 milliards de dollars pour son rôle dans la crise des subprimes. Cela sans oublier le passage au numérique et les taux bas, qui creusent eux aussi le trou des pertes : 1,4 milliard d'euros en 2016 et 6,8 milliards en 2015 ! Soit autant que la nouvelle augmentation de capital, après avoir déjà sollicité les investisseurs pour une vingtaine de milliards depuis 2010. Reste donc à voir si ces derniers suivront. Pour Eric Dor, le moment est en tout cas bien choisi. " En octobre, il était impensable pour Deutsche Bank d'aller sur le marché. Entre-temps, son cours de Bourse a repris quelques couleurs depuis l'annonce de son accord à l'amiable avec la justice américaine dans le cadre de son litige lié à la crise des subprimes. Par ailleurs, d'autres banques européennes, notamment italiennes, sont en difficulté et ont besoin de capitaux frais. Il est donc bien vu de vouloir séduire les investisseurs avant que d'autres ne les fréquentent également ", conclut l'économiste. SÉBASTIEN BURON