Qui croyait encore qu'une nouvelle usine de plusieurs milliers de travailleurs pouvait s'implanter chez nous ? Il fallait miser sur les filières ou les écosystèmes et oublier ces gigantesques unités de production. Et pourtant, c'est bien une unité de construction de voitures électriques, susceptibles de produire à terme 55.000 véhicules par an et d'employer 4.000 personnes qui devrait s'implanter sur le site abandonné par Caterpillar à Gosselies.

Le projet vient de Chine, où le constructeur Thunder Power est actif depuis 2013. Il cherchait à s'implanter en Europe et les représentants de Catch (la cellule de reconversion de Charleroi) ont réussi à dribbler de justesse la Catalogne sur ce dossier. " Thunder Power était en négociations avancées pour s'y implanter mais sur un site vierge, explique à La Libre Renaud Witmeur, le patron de la Sogepa (organisme public mandaté par la Wallonie pour mener la reconversion du site). Les coûts d'installation allaient donc être plus importants. Et il y avait aussi une instabilité politique à ce moment-là en Espagne, ce que les investisseurs détestent. On leur a montré le site et les bâtiments, les économies à réaliser grâce aux installations déjà en place. "

La Wallonie y va aussi de son portefeuille : la Sogepa apportera en effet 150 millions d'euros sur un investissement total à Gosselies estimé à 405 millions. Elle détiendra ainsi 40 % de Thunder Power Belgium, la filiale du groupe chinois. Une participation par nature risquée et dont la profitabilité dépendra de l'ampleur de l'essor de la voiture électrique. Le risque est toutefois limité, car les 150 millions pourront être libérés en plusieurs tranches, chacune moyennant le respect d'une série de conditions. La Sogepa a, en outre, obtenu une garantie de monopole pour le marché européen. Thunder Power construit en parallèle une autre usine, à Ganzhou, à destination du marché chinois. Cet ensemble de développements est soutenu par des fonds d'investissement spécialisés et pourrait, à terme, conduire à une mise en Bourse de Thunder Power.

Le site de Gosselies accueillera les activités européennes du groupe : le centre R&D (actuellement à Milan), le studio de design, le centre administratif et marketing, et enfin, l'usine de production et d'assemblage. Le projet devrait démarrer cette année avec une cinquantaine de personnes, pour arriver à 650 en 2020 et jusqu'à 4.000 en 2025. " Ce projet s'inscrit parfaitement dans l'ambition politique wallonne, fédérale et européenne autour de la mobilité durable et des objectifs de transition énergétique, a commenté le ministre wallon de l'Economie Pierre-Yves Jeholet (MR). Il constitue une opportunité à saisir en termes d'emploi. C'est aussi une chance pour les entreprises wallonnes car une des conditions est le recours à une sous-traitance locale et des fournisseurs issus de la Région ! "