Ces derniers temps, nous voyons apparaître des obligations intéressantes dans des monnaies auxquelles nous n'aurions peut-être pas pensé directement, comme la livre turque.
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Ces derniers temps, nous voyons apparaître des obligations intéressantes dans des monnaies auxquelles nous n'aurions peut-être pas pensé directement, comme la livre turque. En Turquie, le secteur des services représente environ 65 % du produit intérieur brut (PIB). Alors que les services pèsent entre 70 et 80 % du PIB au sein des économies développées d'Europe occidentale et aux États-Unis. On ne peut donc pas parler de retard de la Turquie sur ce plan. Le tourisme seul prend à son compte 10 % du PIB turc. Entre 2002 et 2007, la Turquie a enregistré une croissance économique moyenne de 7 % par an. Elle comptait ainsi parmi les économies les plus dynamiques au monde. Ce succès se fondait avant tout sur des réformes structurelles et l'efficacité de la politique macroéconomique. Mais à la mi-2006, la chute de la livre turque a entraîné une hausse de l'inflation et un durcissement de la politique monétaire. La croissance en a beaucoup pâti. La crise économique dans le monde occidental a ensuite contribué au ralentissement de l'économie turque autour de 2008. Mais ce petit accès de faiblesse n'a pas duré longtemps. La croissance a repris en 2010, jusqu'à l'an dernier. Ankara a alors commencé à ressentir les conséquences d'une conjoncture internationale moins favorable. Le commerce extérieur représentait 60 % du PIB, et la Turquie a subi l'effet du ralentissement de la croissance en Europe occidentale. De plus, les conflits en Irak et Syrie ont également exigé leur dû. Mais on s'attendait à pire. Surtout après la tentative de coup d'État en juillet de l'an dernier, de nombreux observateurs ont craint un effondrement de l'économie turque. Il n'en fut rien. La croissance s'établissait toujours à 2,90 % en 2016, et au premier trimestre de cette année, l'économie turque a surpris avec quelque 5 % de croissance. Les dépenses publiques ont augmenté. Un plan a été adopté pour alléger les dettes des entreprises et l'État a octroyé des garanties aux banques afin qu'elles continuent à prêter de l'argent. De plus, les impôts sur les biens durables ont été réduits pour stimuler la consommation. Tout cela a incité l'agence de notation Moody's à revoir récemment les perspectives économiques à la hausse. Après l'échec du coup d'État de l'an dernier, le cours est retombé à 4,166 livres pour un euro. Mais la banque centrale turque n'est pas restée les bras croisés et a eu recours à l'arme des taux à plusieurs reprises. Le taux de base s'établit aujourd'hui à environ 9,25 %. L'inflation reste certes très élevée (11 %), mais l'objectif, d'ici la fin de l'année, est de réduire la dépréciation de la monnaie à 8,50 %, ce qui reste naturellement beaucoup. La faiblesse de la livre est un signe que de nombreux investisseurs se méfient de la Turquie. Le comportement et le langage incendiaire du président Recep Tayyip Erdogan n'y sont naturellement pas étrangers. " Le monde ne se résume pas à cinq pays ", a ainsi déclaré le président turc devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York en septembre dernier. Il visait les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le président turc veut jouer son va-tout pour consolider son propre pouvoir et la position de la Turquie. De nombreux Turcs le soutiennent dans ce projet. Mais celui-ci cause une certaine inquiétude sur les marchés financiers. Une enquête récemment menée par Bloomberg auprès d'experts mondiaux a révélé qu'ils étaient majoritairement négatifs vis-à-vis de la livre. La médiane de leurs prévisions pour la fin de l'année s'établit à 4,20 livres pour un euro. Nous trouvons que les rendements proposés actuellement contrebalancent suffisamment le risque plus élevé de la livre turque. Une diversification en obligations en livre turque pour maximum quelques pour cent du portefeuille obligataire est ainsi acceptable à nos yeux. Il existe de très nombreuses possibilités pour les investisseurs qui ont confiance en la livre turque. Citons par exemple l'obligation de la Banque européenne d'investissement (BEI), assortie d'une note AAA - la meilleure note possible. Elle arrive à échéance le 25 juillet 2019 et est associée d'un coupon de 8,50 %. Cette obligation est disponible à 96,65 %, ce qui porte le rendement à 10,47 %. L'obligation de Rabobank Nederland bénéficie d'une note plus faible (A+). Elle arrive à échéance le 15 juillet 2021 pour un coupon de 9,25 %. Le rendement s'élève à 10,21 % sur la base d'un cours de 97 %. Cette obligation est disponible en coupures de 1.000 livres (environ 240 euros). L'obligation récemment émise par JPMorgan Chase, qui combine une échéance en 2022 et un coupon de 11 %, est disponible en coupures de 10.000 livres (environ 2400 euros). Le rendement s'établit à 11,45 %. Il est également possible de parier sur la Turquie au travers d'une obligation publique turque en euro qui arrive à échéance en juin 2025 et offre un coupon de 3,25 %. Elle est disponible en coupures de 100.000 euros. Vu le cours de 101,55 %, le rendement s'établit à 3,02 %.