Remercié ce 14 mars par le conseil d'administration de bpost, le CEO de l'entreprise à majorité publique n'aura guère tenu que deux ans. "Le départ de Van Avermaet introduit des incertitudes", relève Thomas Couvreur, analyste financier de KBC Securities.
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Remercié ce 14 mars par le conseil d'administration de bpost, le CEO de l'entreprise à majorité publique n'aura guère tenu que deux ans. "Le départ de Van Avermaet introduit des incertitudes", relève Thomas Couvreur, analyste financier de KBC Securities. L'homme n'a en effet pas ébloui les marchés. Les résultats 2020 sont moins bons qu'escomptés, le dernier trimestre ayant aussi déçu. Certes, l'activité colis, poussée par l'explosion de l'e-commerce, connaît une belle croissance (+67% dans le Benelux) mais des vents contraires ont limité son impact sur les bénéfices. Notamment le recul du courrier (-12%). Le cours de Bourse a donc glissé. Ces résultats en demi-teinte ont été la goutte qui a fait déborder le vase. D'autres raisons expliquent la chute du CEO: "le contexte, la communication, les qualités du leadership et la confiance perdue", a argué Petra De Sutter, ministre des Entreprises publiques à la VRT, et une "escalade de différentes affaires". Jean-Paul Van Avermaet, ancien managing director de G4S, groupe spécialisé dans la sécurité, avait été choisi pour ses qualités supposées dans la gestion d'entreprises à gros effectif. Le people management est en effet crucial pour bpost, qui emploie plus de 36.000 personnes. Mais cela a vite coincé. Une proportion alarmante du senior management a quitté le navire. Et les syndicats avaient interrompu la concertation sociale depuis le 4 mars. Jean-Paul Van Avermaet est également visé par des enquêtes sur sa fonction passée à la tête de G4S. Notamment celle menée par l'Autorité belge de la concurrence sur une possible entente illicite sur les prix pour des contrats de sécurité et de gardiennage. Plusieurs administrateurs s'étaient dès lors épanchés dans la presse pour demander, anonymement, le départ du CEO qui n'avait plus leur confiance. Dimanche, le gouvernement a tranché. Ce départ forcé confirme la réputation délicate du fauteuil de CEO chez bpost. L'entreprise est en transformation permanente, du courrier au colis. Elle n'a plus de monopole et doit se diversifier. Et le gouvernement est à la fois sensible aux syndicats, aux actionnaires privés, aux dividendes. En 2001, le gouvernement avait écarté Frans Rombouts, premier manager venu du privé. Il avait été jugé trop radical et son salaire avait choqué. Son successeur, Johnny Thijs, plus habile, était parvenu à transformer la Poste, rebaptisée bpost, qu'il avait introduite en Bourse. Mais il avait quitté son poste en 2014, furieux de la décision du gouvernement de plafonner les rémunérations des CEO d'entreprises à majorité publique. Son successeur, Koen Van Gerven, n'avait pas ce souci. Tout allait bien pour lui jusqu'à ce qu'il organise le rachat d'une entreprise américaine dans la logistique de l'e-commerce, Radial. L'affaire était moins bonne que prévu, il fallait la restructurer au moment où l'érosion du courrier s'accélérait brusquement en Belgique. Devant prendre des mesures d'économie, il avait donc fâché les syndicats mais aussi déçu les actionnaires, car le bénéfice avait commencé à reculer. Jean-Paul Van Avermaet, lui, aura été plus rapide à décevoir à la fois les actionnaires et le gouvernement...