La noble bâtisse du Pajottenland, à 15 minutes en voiture d'Anderlecht, fait décidément bande à part dans sa façon de convoquer les artistes contemporains et leurs lointains prédécesseurs.
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La noble bâtisse du Pajottenland, à 15 minutes en voiture d'Anderlecht, fait décidément bande à part dans sa façon de convoquer les artistes contemporains et leurs lointains prédécesseurs. Ces jours-ci, le château, sis dans un vaste domaine boisé interdit aux voitures et résultat de différentes époques, semble être revenu non pas à son état originel, mais en tout cas à une époque ancienne, comme replié sur ses meubles. Un audioguide sert d'ailleurs de GPS entre les vastes pièces à l'abri de la canicule (vu l'épaisseur des murs) et les récits souvent coquins liés au lieu. Rubens et Erwin Olaf, photographe néerlandais contemporain, n'occupent que deux des nombreuses pièces de l'endroit. Le fameux peintre anversois (1577-1640) est installé dans la salle des chevaliers, avec la projection d'un film et surtout, deux documents écrits de sa main : le contrat de son second mariage et son ultime testament. Bien davantage que des pièces privées, ces documents éclairent le visiteur sur la richesse, les marottes et l'époque de leur auteur. Une étonnante plongée dans l'intimité compliquée d'antan. Il y a de cela aussi dans la plus vaste salle Maurice Roelants, au troisième étage du château, abritant sept grandes images signées Erwin Olaf. Ce Néerlandais de 59 ans a accepté le pari de Gaasbeek de réaliser des photographies à partir de l'oeuvre Le dernier hommage aux comtes d'Egmont et de Horne, peinture de 1851 du Belge Louis Gallait. Exécutés au 16e siècle pour trahison, Egmont et Horne gisent sur un lit, sous le regard de membres de la corporation des Arbalétriers de Bruxelles. Multi-récompensé, connu pour son sens de la provocation servi par une esthétique léchée, Erwin Olaf produit une recréation époustouflante de l'original. Y ajoutant quelques personnages, notamment féminins, avec un sens de la copie techniquement parfait, s'essayant à des nuances de lumière de toute évidence abondamment photoshopées. De loin, l'illusion est parfaite mais de près, au vu des habits (confectionnés par Dries Van Noten, Jean-Paul Lespagnard et Ann Demeulemeester), de certains regards ou apparences du visage, d'autres histoires plus actuelles et également fascinantes se dessinent.