La grande mode aujourd'hui, c'est de s'adresser à l'Etat et aux Régions pour demander une aide spécifique. Chacun y va de son couplet pour expliquer que son secteur est vital pour l'économie et nécessite un coup de pouce supplémentaire, en plus de ce qui a déjà été mis sur la table par le gouvernement. Mais ce discours ne passe plus auprès de nos élites politiques. Désormais, pour être crédible, il faut montrer patte blanche.
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La grande mode aujourd'hui, c'est de s'adresser à l'Etat et aux Régions pour demander une aide spécifique. Chacun y va de son couplet pour expliquer que son secteur est vital pour l'économie et nécessite un coup de pouce supplémentaire, en plus de ce qui a déjà été mis sur la table par le gouvernement. Mais ce discours ne passe plus auprès de nos élites politiques. Désormais, pour être crédible, il faut montrer patte blanche. Au Danemark, en Pologne et depuis peu en France, par exemple, les aides de l'Etat sont conditionnées au fait que les entreprises qui pourraient en bénéficier ne pratiquent pas l'évasion fiscale en ayant des sièges ou des filiales dans des paradis fiscaux. Bien entendu, le PTB a aussitôt saisi la balle au bond et a déposé une proposition de loi allant dans le même sens. Si, par peur des réactions de la population, les autres parlementaires avalisent la démarche du PTB, les entreprises concernées auront du mal à expliquer la différence entre évasion fiscale et optimisation fiscale. Ou alors, elles feront comme en France, elles refuseront les aides pour rester libres dans leur gestion. Mais le dédain à l'égard de la mamma étatique n'est pas permis à tout le monde. Richard Branson, l'un des milliardaires les plus médiatisés au monde, en fait l'amère expérience. Alors qu'il vit une bonne partie de l'année sur son île privée, il a rédigé une lettre au gouvernement de Boris Johnson pour quémander un prêt de 500 millions de livres pour sauver sa compagnie aérienne Virgin Atlantic. Pour l'heure, le gouvernement britannique - pourtant conservateur - lui a fait comprendre qu'il n'avait qu'à puiser dans sa fortune personnelle (5 milliards de livres sterling). Résultat, Richard Branson a dû se déculotter et expliquer qu'il avait beaucoup d'actifs mais pas de cash ! Autrement dit, que sa fortune était virtuelle car représentée par les actions de " ses " sociétés. J'indique " ses " car avec cette affaire, le public a aussi découvert que la plupart des entreprises avec le label " Virgin " ne lui appartenaient pas ! Ce sont en effet juste des licences. A force de voir le mot " Virgin " accolé à une myriade d'entreprises, les Britanniques (et nous aussi) avaient cru benoîtement que sir Richard Branson possédait la moitié de leur économie. Erreur magistrale. Résultat, à 70 ans, le voici obligé de mettre en garantie son île paradisiaque pour convaincre des bailleurs de fonds de renflouer Virgin Atlantic, compagnie qu'il détient avec Delta Air Lines. Aux dernières nouvelles, Boris Johnson était aux abonnés absents et laissait Branson se dépêtrer avec ses créanciers. En Belgique, dans un registre moins glamour, un collectif représentant presque 1.000 start-up de Belgique s'est aussi fendu d'une lettre au gouvernement fédéral pour demander des aides plus spécifiques pour leurs sociétés. Ce collectif a précisé que la moitié des start-up sondées par ses soins avaient des liquidités pour résister six mois maximum. Sous-entendu, au-delà de septembre, ce sera l'hécatombe. La réponse n'a pas tardé non plus. Elle n'est pas venue du PTB mais d'un autre start-upper, le Belge Xavier Damman. Le moins qu'on puisse dire et qu'il n'y va pas de main morte dans l'interview qu'il a accordé à mes confrères de L'Echo. Xavier Damman dit clairement que " si les dirigeants de start-up veulent un emploi garanti, ils n'ont qu'à devenir fonctionnaires ". Il a décoché une autre flèche en constatant qu'en période de crise, tout le monde devient socialiste. Xavier Damman appuie encore en rappelant que les dirigeants de ces start-up nous ont expliqué depuis des années qu'il fallait être agile, souple et être capable de " pivoter ", c'est-à-dire changer de modèle économique quand les circonstances le requièrent. Les conseillers d'hier, dit-il en substance, n'ont qu'à s'appliquer aujourd'hui leurs bons conseils. En résumé, face aux aides des Etats et des Régions, les vrais capitalistes (rares) ont quasi le même discours que les communistes du PTB. Mais fort heureusement, c'est leur seul point commun.