A presque 90 ans, Raoni, chef kayapo, a repris son bâton de pèlerin pour conscientiser les gouvernants européens sur l'urgence de la menace qui pèse sur le poumon vert amazonien. Cela fait maintenant plus de 30 ans que le vénérable indigène brésilien se bat, tel David contre Goliath, pour préserver ce patrimoine naturel essentiel à son peuple et à la Terre. En Equateur, un homme, depuis un quart de siècle, tente aussi de faire valoir l'importance de la forêt primaire sud-américaine et de faire entendre la voix des populations locales.
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A presque 90 ans, Raoni, chef kayapo, a repris son bâton de pèlerin pour conscientiser les gouvernants européens sur l'urgence de la menace qui pèse sur le poumon vert amazonien. Cela fait maintenant plus de 30 ans que le vénérable indigène brésilien se bat, tel David contre Goliath, pour préserver ce patrimoine naturel essentiel à son peuple et à la Terre. En Equateur, un homme, depuis un quart de siècle, tente aussi de faire valoir l'importance de la forêt primaire sud-américaine et de faire entendre la voix des populations locales. Rétroactes. Fils d'agriculteurs modestes de la côte Pacifique, Pablo Fajardo traverse son pays au mitan des années 1980 pour aller chercher du travail dans une terre que l'on dit promise, l'Oriente. Ce territoire de l'est amazonien équatorien, entre la Colombie et le Pérou, regorge de pétrole. L'Etat a concédé le droit d'exploitation au pétrolier texan Texaco, qui est sans cesse à la recherche de main-d'oeuvre. L'extraction du pétrole et son transport causent de sérieux dégâts dans ces terres vierges, inhospitalières, mais habitées par des tribus multiséculaires. Embauché par Texaco, le jeune Pablo se rendra vite compte que si l'or noir se transforme en quelque monnaie bienvenue dans ses poches (et encore, au terme d'un épuisant labeur), il saccage l'habitat et la santé d'une population laissée pour compte par le pouvoir central de Quito. Un cancer qui a duré 20 ans. Recueilli par des pères franciscains horrifiés de la situation de la population locale, il suivra des études de droit et se fera le porte-parole d'un combat déséquilibré mais essentiel. Une bataille loin d'être terminée. La tâche de Pablo Fajardo est titanesque. Par son exploitation non contrôlée, Texaco a causé de graves dommages à son pays. Et le faire comprendre à ses dirigeants a déjà été compliqué. Son combat se porte désormais au niveau international par la nécessaire réunion des victimes de catastrophes du même type pour parvenir à une conscientisation mondiale. " Je ne crois pas que tout soit bloqué. Une décision de la Cour constitutionnelle équatorienne de 2018 a validé la condamnation de Chevron ( désormais maison mère de Texaco donc, Ndlr), résume le juriste plein d'espoir mais lucide. Cela dit, oui, il y a un problème, le système judiciaire international n'est pas construit pour faire respecter cela mais bien pour protéger les entreprises et leurs investissements. Il n'existe pas une seule cour de justice pour juger Chevron. C'est pourquoi nous souhaitons un traité pour contraindre les entreprises à réparer les dégâts environnementaux et humains causés par leurs activités. " Menaces de mort, pressions politiques et judiciaires n'auront jusqu'à aujourd'hui pas eu raison de la volonté de cet homme vaillant : " La peur existe toujours. Si quelqu'un dit qu'il n'a pas peur, j'ose penser qu'il ment, nous dit celui qui a perdu dans ses années de combat son frère, tué par ses opposants. Quand la peur rattrape la population, elle se tait. En ce qui me concerne, j'ai décidé de ne plus me poser ces questions. " Journaliste à la revue XXI, Sophie Tardy- Joubert avait écrit le portrait de Pablo Fajardo. Avec son compagnon, le dessinateur Damien Roudeau, elle a adapté et amplifié son papier sous forme d'une bande dessinée qui retrace le combat d'une vie. Roudeau aime à nous plonger dans cette jungle faite d'arabesques en nuances de vert, grouillante. Il fallait bien sûr respecter les faits mais aussi rendre palpable ce bien commun en danger, le faire vivre sur le papier. Et de quoi rendre fluide et tangible la lecture d'un ouvrage informatif et militant (soutenu par Amnesty International). Y injecter de l'émotion en somme, indispensable.