Ces foires de vins 2020 ont une saveur un peu particulière. La filière de production souffre : la fermeture de l'horeca pendant de longues semaines chez nous comme chez nos voisins a eu un impact majeur sur les ventes et les stocks se sont accumulés. Sans oublier l'annulation des fêtes, mariages et autres événements au sens large qui n'a pas fait que du bien aux producteurs de bulles. Par exemple, la Champagne s'attend à des pertes aux alentours d'1,7 milliard d'euros. En France, trois bouteilles sur dix (soit 1,2 milliard de cols ! ) sont achetées au restaurant. Faites le compte... Chez nous, horeca mis à part, le commerce du vin ne va pas mal du tout. La plupart des cavistes, à l'instar des magasins de proximité en général, ont bien tiré leur épingle du jeu et ont augmenté leurs ventes. Singulièrement en Flandre où peu ont fermé, mettant rapidement en place la trilogie plexi-masque-gel. Certains, en Wallonie et à Bruxelles, regrettent aujourd'hui d'avoir été trop prudents. Ce regain de proximité est très marqué chez Carrefour. Si le distributeur annonce une hausse des ventes de vin de 9,9 % du 1er juillet 19 au 30 juin 20, elle n'est pas uniforme du tout : +1,1 % dans les hypers mais +19 % dans les Express et +13,4 % dans les Market.
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Ces foires de vins 2020 ont une saveur un peu particulière. La filière de production souffre : la fermeture de l'horeca pendant de longues semaines chez nous comme chez nos voisins a eu un impact majeur sur les ventes et les stocks se sont accumulés. Sans oublier l'annulation des fêtes, mariages et autres événements au sens large qui n'a pas fait que du bien aux producteurs de bulles. Par exemple, la Champagne s'attend à des pertes aux alentours d'1,7 milliard d'euros. En France, trois bouteilles sur dix (soit 1,2 milliard de cols ! ) sont achetées au restaurant. Faites le compte... Chez nous, horeca mis à part, le commerce du vin ne va pas mal du tout. La plupart des cavistes, à l'instar des magasins de proximité en général, ont bien tiré leur épingle du jeu et ont augmenté leurs ventes. Singulièrement en Flandre où peu ont fermé, mettant rapidement en place la trilogie plexi-masque-gel. Certains, en Wallonie et à Bruxelles, regrettent aujourd'hui d'avoir été trop prudents. Ce regain de proximité est très marqué chez Carrefour. Si le distributeur annonce une hausse des ventes de vin de 9,9 % du 1er juillet 19 au 30 juin 20, elle n'est pas uniforme du tout : +1,1 % dans les hypers mais +19 % dans les Express et +13,4 % dans les Market. Dans son ensemble, la grande distribution a profité de la pandémie. Et pour cause, les Belges ont beaucoup plus consommé à la maison en raison de la fermeture des cafés et restaurants, du phénomène staycation et d'une météo favorable. Enfin, la relative étanchéité des frontières a aussi fortement limité les achats transfrontaliers. Delhaize a vendu 500.000 BIB ( bag-in-box) de plus au 1er semestre. Le rosé grimpe de 20 % et le prosecco de 10. Autre tendance de fond : la progression des vins bios et sans sulfites et la relative désaffection des vins du monde au profit de régions viticoles plus proches. Chez Colruyt, de mars à juillet, la vente des vins tranquilles a grimpé de 9 %, celle des bulles a logiquement chuté de 14%. Chez Cora, l'effet Covid est proprement hallucinant : le chiffre d'affaires du site Corawine a grimpé de 106 % de janvier à août (+443 % en avril ! ). Sur la même période, les commandes venues de Flandre et de Bruxelles ont augmenté de 300 %... Vu le contexte et les stocks disponibles, les prix sont très modérés cette année et il y a donc de bonnes affaires à faire. Voici notre sélection des foires des vins ainsi que quelques pépites glanées cet été. Chez Delhaize, la foire s'achèvera le mercredi 14 octobre. Que retenir d'une livrée 2020 plutôt qualitative ? D'abord un joli ovni venu de Tchéquie : le Bohemia Sekt Prestige Brut (7,49 euros). Voilà une jolie alternative au cava et autre prosecco. Vinifié selon la méthode traditionnelle et très marqué par les fruits exotiques, cet effervescent plaira aux amateurs de bulles plus fruitées même s'il n'est que faiblement dosé. Si on adore depuis longtemps l'Altano rouge bio de la famille Symington, elle débarque, cet automne, chez Delhaize avec une version Natura de son Reserve Port (8,69 euros). Il est étonnamment frais et doux. Enfin, puisque le rosé se boit toute l'année, n'hésitez pas à faire le plein du Château Gairoird 2019 (7,27 euros). Voilà un chouette rosé de Provence à la bouche ample et sèche. Issu d'un domaine appartenant à la famille Deydier de Pierrefeu depuis 1824, il fera merveille sur des fromages, des crustacés et des poissons en sauce. Dans la galaxie Colruyt, la foire des vins se démultiplie. Chez Okay (du 7 octobre au 3 novembre), on ne saurait trop vous conseiller les vins des Artisans Partisans. Un collectif fédéré autour de Pierre Bories, l'ancien président de l'appellation Corbières Boutenac que l'on connaissait déjà chez Colruyt avec sa chouette Petite Muraille. Ces vignerons soucieux de leur terroir sortent des cuvées bien sympas comme la Corde à Tongs en rosé ou le Pinada en rouge (tous deux à 5,49 euros). Chez Spar (8 octobre au 4 novembre), sans hésiter, sautez sur la Bête à Bon Dieu, un côtes-du-rhône village (6,69 euros) bio produit par Camille Cayran, la coopérative des vignerons de Cairanne. C'est un " CDR " pur jus, bien ample, avec de jolies notes de fruits rouges et une épatante fraîcheur. Tout aussi bon est l' Espiga, un rouge issu de la région de Lisbonne. Vu le prix (4,29 euros en 4+2 gratis), voilà un must de ces foires 2020. Chez Colruyt même (foire jusqu'au 6 octobre), on reprend les vins qui ont eu du succès les années précédentes. Mais au rayon des nouveautés, l'amateur se tournera vers le Châteauneuf-du-Pape 2018 bio des Caves Saint-Pierre, une maison de négoce plus que centenaire. A 19,95 euros, voilà une toute belle affaire pour un vin très typé (garrigue, épices, olives et fruits noirs) mais parfaitement réussi. La même maison propose aussi un côtes-du-rhône vieilles vignes (5,79 euros) bio tout aussi épatant pour le prix. Covid-19 oblige, Cora a renoncé à ses grandes dégustations préalables à la foire (28 septembre au 26 octobre dans les hypers et sur www.corawine.be). Pour compenser, l'enseigne propose de rembourser tout achat de six bouteilles d'un même vin s'il ne plaît pas. Comme chaque année, Alain Renier nous gratifie de quelques nouveautés très intéressantes. Avec d'abord le Château Kefraya, l'un des domaines emblématiques du Liban. Installé dans la fameuse plaine de la Bekaa, zone tampon entre le Liban et la Syrie, le domaine est l'un des plus qualitatifs du pays. Son entrée de gamme, les Bretèches, nous a bien plu dans sa version rouge (7,39 euros). Quant au Château Kefraya (18,99 euros) lui-même, c'est un rouge ample, très aromatique, puissant et aux tanins soyeux. A acheter les yeux fermés. Tout comme la vraie pépite de cette foire : la Cuvée Cent pour 100 du Château Moulin Caresse (14,99 euros). L'appellation Montravel est la première appellation du pays bergeracois que l'on découvre en quittant la Gironde. Elle jouxte les vignobles du Castillon Côtes de Bordeaux. Honnêtement, voilà un vin digne d'un grand cru classé sans en avoir le prix ! Enfin, une autre petite merveille nous vient de Grèce. Après les blancs (Dafni et Assyrtiko Vóilà) l'an dernier, voilà que la famille crétoise Lyrarakis envoie son Liatiko Aggelis (12,99 euros) issu d'une parcelle dont les vignes sont largement centenaires. Cépage autochtone souvent utilisé dans les vins doux, le liatiko est ici utilisé seul au départ de petits raisins très concentrés. A l'arrivée, un vin peu coloré mais au nez puissant de mûres bien mûres et à la bouche délicieusement fraîche et particulièrement persistante. C'est assez inclassable mais dieu que c'est bon et juteux ! La marque s'appelle Gudule en hommage à la sainte patronne de Bruxelles. L'étiquette est immanquable même si le nom du vin n'est pas simple à lire, enserré dans un pentagone bruxellois. Thierry Lejeune a installé son chai urbain chez Greenbizz à un jet de bouchon de Tour & Taxis en 2018. Cet ancien imprimeur fait venir du raisin bio ou biodynamique des quatre coins de la France en camions réfrigérés pour les presser et les vinifier avec le moins d'intrants possibles à Bruxelles. En soi, la démarche n'est pas originale. Par contre, ce qui l'est, ce sont les assemblages. Thierry Lejeune combine des cépages issus de régions différentes. Soit des assemblages totalement inédits en France. Qu'à cela ne tienne, on aime beaucoup son " grand " rouge. Le Dîner en Ville 2018 (24 euros) est un assemblage de syrah du Minervois, de cabernet franc de Loire et de grenache du Ventoux. C'est une vraie bombe de fruits noirs qui allie puissance et élégance. Tout aussi bon est son " grand " blanc : Soirée à l'Opéra 2018 (21 euros) est un incroyable melting-pot de chenin de Loire, de viognier du Minervois, de petit manseng du Jurançon et de grenache blanc rhodanien. Cela ne ressemble à rien de connu mais c'est parfaitement juteux et d'une jolie finesse. Les vins de Gudule sont en vente au chai et sur le site (www.gudule-winery.brussels) mais aussi chez certains cavistes comme Basin & Marot à Ixelles (www.basin-marot.be), ou Belgopop à Jette (http://belgopop.business.site). Centré autour de Minerve, un village cathare classé parmi les plus beaux de France, le Minervois est une région de toute beauté avec des gorges et des causses qui alternent avec de la garrigue sauvage. Les Gautran y occupent un joli domaine dans le vallon de la Cessière depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, Nicolas et son épouse Olivia conduisent en bio 55 hectares de vignes. Dans leur gamme, on aime beaucoup La Table du Loup, un assemblage de grenache noir et de syrah. Cette dernière a été partiellement vinifiée dans des jarres en terre cuite. Cela fleure bon la garrigue. En bouche, c'est puissant et ample, avec de belles notes de réglisse mais aussi de cacao. La Table du Loup est en vente auprès de la maison Brunin-Guillier à Gaurain-Ramecroix (www.vinsbrunin.com) au prix de 19,50 euros. On aime tout autant le Sine Quano, un 100 % carignan tout en souplesse qui fera merveille sur les grillades (8,50 euros). Longtemps, l'appellation Chinon fut victime de son côté vin à boire frais, facile et un peu terreux. En Val de Loire aussi, la dernière génération n'en fait qu'à sa tête, bouscule les codes et fait monter la gamme. Chinon est indissociable de Rabelais et de son Gargantua. Cette soif de vivre et, surtout, de bien vivre se retrouve dans les bouteilles de Fabrice Gasnier. Avec son épouse Sandrine, il a converti le domaine familial au bio et à la biodynamie. Fabrice Gasnier, qui vient d'être élu à la tête du syndicat des vins de Chinon, élabore des vins qui ont un supplément d'âme. Son Chinon Vieilles Vignes (14,50 euros) est d'une pureté et d'une netteté remarquables. Le cabernet franc y est très aromatique avec des notes de cassis et d'épices douces et les tannins sont particulièrement soyeux. A vous réconcilier avec le chinon ! Les vins de Fabrice Gasnier sont disponibles auprès de la Maison Pirard (www.vinspirard.be).