En disant au revoir à Alexis Tsipras, les Grecs ont donné plusieurs leçons aux autres citoyens européens. Première leçon : les promesses n'engagent que ceux/celles qui les écoutent. Le jeune leader de gauche ne sera plus Premier ministre de la Grèce. Il a perdu les dernières élections, une vraie déroute électorale pour son parti Syriza.

Souvenez-vous, Alexis Tsipras accusait le FMI, la Commission et les banques européennes d'étrangler son pays. L'histoire montrera qu'il n'avait pas tort, même si la formulation était maladroite. Le jeune leader avait été élu sur un programme de rupture, synonyme de fin de l'austérité. Mais voilà, comme toujours, la réalité a été plus forte que les promesses électorales. Résultat : le Premier ministre grec a dû changer de fusil d'épaule et pratiquer une austérité qu'il avait toujours refusé d'appliquer. Mais à sa décharge, l'austérité a marché. La preuve ? La Grèce affiche aujourd'hui une croissance économique au-dessus de la moyenne européenne. Elle est passée d'un déficit budgétaire chronique à un budget en excédent. Mieux encore, le pays de Socrate et Platon peut désormais se financer tout seul sur les marchés internationaux. Et avec un taux d'intérêt raisonnable d'environ 2%. Bref, comme souvent, c'est un homme de gauche qui a accompli le boulot de la droite. Avec un résultat final excellent. Oui, sauf que les résultats sont macroéconomiques. La microéconomie, c'est-à- dire les gens, n'en voient pas les résultats immédiats dans leur vie personnelle. Pour eux, l'époque est encore aux sacrifices. En Grèce, le chômage atteint encore 20%, le salaire minimum est passé de 760 à 580 euros, sans compter qu'en moyenne, la population grecque a perdu entre 30 et 40% de ses revenus.

Alexis Tsipras avait été élu sur un programme de rupture, synonyme de fin de l'austérité. Mais voilà, la réalité a été plus forte que les promesses électorales.

Ne cherchez pas plus loin les raisons de cette bérézina électorale : c'est ce constat que paie aujourd'hui Alexis Tsipras. Au demeurant, il n'est même pas certain que le parti libéral qui arrive au pouvoir fera mieux. Le plus ironique dans cette histoire, c'est que ce parti libéral va bénéficier du sale boulot réalisé par un parti de gauche. Exactement comme Angela Merkel a, en réalité, bénéficié du sale boulot réalisé par le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder en Allemagne.

Cela, c'est la deuxième leçon de cette histoire grecque : seule la gauche est capable de faire passer des mesures libérales sans provoquer une révolution sociale. Une question, au passage : le PS d'Elio Di Rupo et de Paul Magnette a-t-il tiré le même enseignement de ce scrutin grec ?

Troisième leçon, qui ne fera pas plaisir aux partis populistes de droite comme de gauche : au final, ils perdent toujours ! Des doutes ? Chacun a pu le voir avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et avec le parti de gauche espagnol Podemos. Question malicieuse : est-ce la raison pour laquelle le PTB ne veut pas gouverner en Belgique ? Vaut-il mieux garder le ministère de la Parole qu'avoir les mains dans le cambouis ?

Et dernière leçon, regardons les dernières élections européennes. Tous les médias nous ont gavés d'éditoriaux sur les dangers d'un raz-de-marée des partis populistes. Mais au final, que constate-t-on ? Que la nouvelle présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen, appartient à la CDU, un parti traditionnel. Que le nouveau président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, appartient à un parti traditionnel (MR). Que la nouvelle patronne de la BCE, la Française Christine Lagarde appartient, elle aussi, à un parti traditionnel (LR). En clair, le coeur du pouvoir européen reste aux mains des partis classiques. Les uns crieront à la trahison des élites et les autres pousseront un ouf de soulagement. Eh oui, comme le faisait remarquer Marc Fiorentino, l'auteur apprécié de la lettre d'information financière de Monfinancier.com, l'Europe avance, elle ne recule pas. Il n'est pas beau l'été ?