Policier maritime, marchand de vins, brocanteur, etc. Avec pour tout bagage un diplôme d'école moyenne, Pierre Aspeslag multipliait les métiers et les échecs. S'autoproclamant restaurateur de meubles, l'homme place un jour une petite annonce dans l'hebdo gratuit De Streekkrant. Le curé de la Chapelle du Saint-Sang à Bruges l'invite alors à venir rafraîchir les confe...

Policier maritime, marchand de vins, brocanteur, etc. Avec pour tout bagage un diplôme d'école moyenne, Pierre Aspeslag multipliait les métiers et les échecs. S'autoproclamant restaurateur de meubles, l'homme place un jour une petite annonce dans l'hebdo gratuit De Streekkrant. Le curé de la Chapelle du Saint-Sang à Bruges l'invite alors à venir rafraîchir les confessionnaux et bancs de prière de l'édifice. Enthousiasmé par le résultat, il lui propose ensuite le poste de concierge devenu vacant. "Il n'y avait pas grand-chose à faire. Et en plus, j'avais un logement de fonction. Mais vers 40 ans est venu l'ennui: je ne me voyais pas vivre ainsi jusqu'à la pension", expliquera-t-il. Devenu Pieter Aspe, il se lance dès lors dans l'écriture de romans policiers avec Bruges pour décor. Le héros? Le commissaire Pieter Van In, grand amateur de tabac et de bière, en perpétuel conflit avec sa hiérarchie. Le style d'écriture, simple et direct, plaît. En librairie, ses livres se vendent comme des petits pains. Les traductions se multiplient. La télévision s'empare du sujet, diffusant près de 130 épisodes des aventures du commissaire. Mais en 2016, le cancer emporte Bernadette, la muse et deuxième épouse de l'auteur. Pieter Aspe déprime, boit pour oublier puis revient à la vie deux ans plus tard en épousant Tamara, sa cadette de 14 ans. Il fonde ensuite sa propre maison d'édition. Fâché par le prix d'entrée réclamé (10 euros), il se fait remarquer en 2018 en organisant dans un café d'Anvers le boycott d'une Boekenbeurs dont il estime l'organisation totalement dépassée. L'avenir lui donnera raison: financièrement exsangue, l'institution cherche toujours repreneur. En 2020, Pieter Aspe fêtait ses 25 ans d'écriture, avant d'être encore rattrapé par son trop grand amour de la vie... Il est décédé ce 1er mai, à l'âge de 68 ans.