Octobre 1919. Il pleut sur la ville de Londres et une détonation résonne dans un atelier du quartier de Cricklewood, au nord de la ville. Un homme sourit sous les volutes de fumée. Son nom : Walter-Owen Bentley. " W.O. ", comme le surnomment ses proches. Il a fondé sa marque quelques mois plus tôt et le premier moteur automobile de sa conception vient de s'ébrouer dans ce petit atelier. Un propulseur à quatre cylindres en ligne de trois litres de cylindrée. Très affûté pour l'époque, le bloc se dote d'un arbre à cames en tête, de quatre soupapes par cylindre, de pistons en aluminium et d'un double allumage. " W.O. " ne le sait pas encore, mais cette pièce mécanique deviendra légendaire, de même que les voitures que ce coeur de métal animera...
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Octobre 1919. Il pleut sur la ville de Londres et une détonation résonne dans un atelier du quartier de Cricklewood, au nord de la ville. Un homme sourit sous les volutes de fumée. Son nom : Walter-Owen Bentley. " W.O. ", comme le surnomment ses proches. Il a fondé sa marque quelques mois plus tôt et le premier moteur automobile de sa conception vient de s'ébrouer dans ce petit atelier. Un propulseur à quatre cylindres en ligne de trois litres de cylindrée. Très affûté pour l'époque, le bloc se dote d'un arbre à cames en tête, de quatre soupapes par cylindre, de pistons en aluminium et d'un double allumage. " W.O. " ne le sait pas encore, mais cette pièce mécanique deviendra légendaire, de même que les voitures que ce coeur de métal animera... En 1919, " W.O. " a déjà 31 ans et un solide bagage derrière lui. A 16 ans, il quitte l'école pour intégrer la Great Northern Railway, et le jeune homme se rend tous les jours à vélo dans les locaux de cette compagnie ferroviaire. " W.O. " troque rapidement sa bicyclette contre une moto et s'engage avec son frère dans des courses de deux-roues motorisés. Il va ensuite changer de voie et se tourner vers l'industrie automobile naissante. En 1912, la famille Bentley rachète la société qui importe en Grande-Bretagne les voitures françaises D.F.P. (Doriot, Flandrin et Parent). En visite dans l'usine française l'année suivante, " W.O. " remarque un presse-papier en aluminium. Lui vient alors l'idée de forger des pistons de moteur dans ce métal léger. Suite à l'entrée dans la Grande Guerre, il est affecté à l'entretien des avions et va contribuer à la mise au point de leurs moteurs en étoile. C'est le Sopwith Camel, un avion de chasse britannique, qui inaugure le premier moteur " Bentley Rotary " (BR1) à pistons en aluminium, permettant des régimes plus élevés sans casse mécanique. Après le premier conflit mondial, l'ancien cheminot décide donc de fonder sa propre marque automobile, en 1919. Mais il faut attendre 1921 pour que sorte de l'atelier la première Bentley de production : la " 3 Litres ", en référence à la cylindrée de son moteur, développant 85 ch et emmenant l'engin jusqu'à 130 km/h, vitesse très élevée pour l'époque. La première Bentley arbore déjà la grille de calandre caractéristique de la marque, frappée du logo au " B " ailé. Très vite, les Bentley se font remarquer en compétition. Elles signent de multiples records de vitesse : sur l'île de Man, sur les circuits de Brooklands ou d'Indianapolis. Mais la légende s'enflamme véritablement aux 24 Heures du Mans, une épreuve que le constructeur anglais remporte à cinq reprises durant l'entre-deux-guerres (1924, 1927, 1928, 1929, 1930), avec au volant les fameux Bentley Boys. Des gentlemen drivers casse-cou, bons vivants et plein de sous. Le logo Bentley brille sur tous les fronts mais, en interne, la société commence à sévèrement manquer de fonds... En 1926, rien ne va plus. Walter Owen Bentley cède son titre de président à Woolf Barnato, l'un des Bentley Boys. Ses amis le surnomment " Babe ". Barnato n'a pourtant rien d'un gringalet... C'est un grand gaillard bâti comme un roc, qui s'adonne à divers sports : le cricket, la voile, la boxe et, bien sûr, la course automobile. Ses moyens l'y autorisent : l'homme a hérité de la fortune amassée par son père dans les mines de diamants d'Afrique du Sud. W.O. Bentley parvient à convaincre Barnato d'injecter des capitaux dans l'affaire. Ce dernier est surtout séduit par l'idée de faire partie des pilotes officiels de l'usine. Woolf Barnato devient donc à la fois président et pilote de la marque Bentley, moyennant 100.000 livres sterling, une somme colossale pour l'époque ! Il sauve momentanément l'enseigne de la faillite et, au volant, remporte trois des cinq victoires de Bentley au Mans, celles de 1928, 1929 et 1930. Malgré cette intervention, Bentley n'est toujours pas rentable à l'aube des années 1930. Et la crise de 1929 n'arrange évidemment rien. Sous l'insistance de ses financiers, le président Barnato annonce en 1930 que la marque se retire de la compétition. Un an plus tard, les tribunaux liquident la société, qui sera rachetée par... le concurrent Rolls-Royce ! Woolf Barnato est déchiré. Mais pas autant que Walter-Owen Bentley, qui se retrouve relégué au rang de simple " responsable des essais " de la marque qu'il avait fondée... L'humiliation est trop forte : en 1936, " W.O. " file chez la concurrence. Il entre chez le constructeur Lagonda comme directeur technique, où il mûrit sa vengeance en dessinant un superbe moteur à 12 cylindres en V, pour concurrencer Rolls-Royce. Pendant ce temps, produites chez Rolls-Royce, les nouvelles Bentley deviennent des " sportives silencieuses ", qui n'ont plus la fougue de leurs aïeules. Le groupe estime que l'avenir est à la fabrication modulaire et adopte la méthode américaine : les pièces doivent être standardisées et partagées. La Bentley Mark V de 1937 signe la première étape d'une large mise en commun des composants entre Rolls-Royce et Bentley. L'ère du " copier-coller " va nettement s'accentuer après la Seconde Guerre mondiale, les Bentley perdant peu à peu leur âme. Walter-Owen décède à l'âge de 82 ans, le 13 août 1971, après une retraite consacrée au " Bentley Drivers Club ". En 1980, Rolls-Royce et Bentley sont rachetées par le groupe britannique Vickers, avant de passer dans le giron de Volkswagen, en 1998. Après presque 70 ans de vie commune, les deux nobles marques britanniques prennent alors des chemins séparés : Rolls est repris par BMW, tandis que Bentley est conservé par VW. Une nouvelle ère s'annonce... Le nom Bentley évoque ces nobles familles attachées à leur glorieux passé et peu enclines au changement. Un conservatisme forcément chamboulé lorsque le blason anglais est absorbé par Volkswagen, le constructeur des " voitures du peuple "... Mais le groupe allemand ne lésine pas sur la dot et injecte 500 millions de livres dans le mariage. Très vite, Bentley renaît et retrouve les sommets : la marque crée une limousine spéciale pour la reine d'Angleterre en 2001 et retourne même dans la Sarthe, s'imposant aux 24 Heures du Mans en 2003, soit plus de 70 ans après sa dernière victoire sur place. L'an 2003 est aussi celui du renouveau " produit ", avec la Continental GT, premier enfant du mariage forcé entre Bentley et VW. Si le sang bleu s'est quelque peu dilué dans l'alliance, ce coupé n'en reste pas moins très prestigieux ! Sculptée par notre compatriote Dirk Van Braeckel, la Continental GT de 2003 cache sous sa robe un vaillant coeur allemand : il affiche six litres de cylindrée, compte 12 cylindres disposés en " W ", s'arme de deux turbos et délivre 560 ch. Une puissance qui passe par les quatre roues, une première chez Bentley à l'époque. Dans l'habitacle aussi, on trouve bon nombre de composants made in Germany, mais traités à la sauce anglaise. Cette " rationalisation " est couplée à un processus de production moins artisanal : il faut 250 heures pour assembler une Continental GT contre plus du double pour un modèle Arnage de l'époque. En 2003, la " Conti GT " est alors la plus moderne, mais aussi la moins chère des Bentley ! Avec le temps, elle deviendra aussi la plus vendue de l'histoire de la marque, avec aujourd'hui près de 70.000 exemplaires produits au fil de trois générations de modèles. Fin 2015, le constructeur cède à la mode des SUV, avec le Bentayga. Et aujourd'hui, la nouvelle génération de la limousine Flying Spur est dans les starting-blocks. Bentley est désormais une marque qui roule, employant 4.000 personnes et braquant ses roues vers l'avenir. La noble famille anglaise est donc à nouveau sous le feu des projecteurs, grâce à son ambitieux producteur allemand...