Lorsque nous arrivons devant la Cloaca, la machine que Wim Delvoye a conçue pour imiter le système digestif jusqu'à la production finale, un homme est occupé à la nourrir. C'est-à-dire, très pratiquement, à verser dans ce qui représente la bouche, du liquide et du solide qui vont ensuite parcourir plusieurs mètres de tuyaux, de métal et de verre pour finir en excréments déroulés sur un tapis. Le résultat étant relayé par une webcam. Cette installation digestive est, selon son auteur, " un truc compliqué, difficile à faire, cher et qui ne mène à rien ". Pas tout à fait, cependant, puisque ce classique du plasticien flamand - né à Wervik en 1965 - questionne, selon la présentation du musée, " les ressorts de la société marchande et la mercantilisation de l'art ".

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Delvoye est d'abord un concepteur à l'imaginaire foisonnant, prenant un évident plaisir à élaborer des propositions ne reculant devant aucune sophistication technologique ou plastique. Comme ses deux versions de voitures de sport où des artisans iraniens ont travaillé la carrosserie en l'ornant de motifs inspirés des arts de l'islam.

Dans cette partie en sous-sol qui commence par la Cloaca, est disposé le gros de l'exposition proposée par les Musées royaux : les lumières y sont tamisées et les objets dispersés dans un espace dégagé. Comme s'il s'agissait d'honorer au mieux les artefacts loufoques et inventifs de Delvoye, que ce soit un étui pour mobylette, un camion en inox aux allures de cathédrale fantôme ou ces sculptures-pneus rappelant l'amour de l'artiste pour les torsions. Des torsions que l'on retrouve abondamment dans la seconde partie de l'expo, où les travaux de Delvoye sont confrontés aux oeuvres des collections permanentes. L'intérêt est d'amener de nouvelles résonances, tels ces christs en bronze patinés, faisant face à une peinture proposant une version ancienne, celle-là, de la figure de Jésus. Sans oublier une bande de cochons tapissés - delvoyesques - dans une salle mettant Rubens à l'honneur : on aurait aimé savoir ce que le primitif flamand penserait de ce voisinage...

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" Wim Delvoye ", aux Musées royaux des Beaux-Arts, jusqu'au 21 juillet. www.fine-arts-museum.be

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