Regardez autour de vous : les personnes qui se dispersent ont souvent plus de difficultés que les autres à réussir dans la vie. Peu importe d'ailleurs leur objectif, quand " leurs désirs les poussent à mille fenêtres ", pour reprendre une jolie expression, ces touche-à-tout finissent pas ne rien accomplir de bien à fond. En Bourse aussi, les investisseurs préfèrent les entreprises qui se concentrent sur un coeur de métier ( pure player) plutôt que sur plusieurs activités. D'ailleurs, depuis quelques années, la Bourse exprime son dégoût des conglomérats via une décote permanente.

Même s'il est déjà attaqué en justice pour être "joueur et arbitre", Apple ne veut plus se contenter de distribuer des produits et services imaginés par d'autres.

Aujourd'hui, la seule exception ou presque, c'est Apple. Motif ? La direction de la firme à la pomme vient d'inventer le conglomérat 2.0. Son CEO Tim Cook a compris que l'avenir de son entreprise ne résidera plus uniquement dans la fabrication d'iPhone, d'iPad et autres Mac. Les chiffres sont là pour le lui rappeler : l'iPhone représente 62% des revenus d'Apple, mais les ventes de son produit phare sont en train de flancher (- 15% en 2018).

La faute à qui ? Sans doute à deux facteurs : le prix de plus en plus élevé des smartphones et le suréquipement des consommateurs. Bref, le marché est en saturation, sans compter que les consommateurs ont aussi fini par comprendre que certains smartphones chinois ou sud-coréens qui coûtent moins de 100 euros offrent au final quasiment les mêmes fonctions qu'un iPhone.

Mais venons-en à la " keynote " d'Apple du lundi 25 mars dernier. Durant cette présentation très hollywoodienne - sans doute la plus importante depuis l'arrivée de l'iPhone en 2007 -la direction d'Apple a démontré que son avenir se résume à un seul mantra : services, services, services. Sans entrer dans les détails, Apple a proposé des nouveautés qui vont de la vidéo à la demande à la télévision payante, en passant par un kiosque d'information numérique, des jeux vidéo haut de gamme, sans oublier le lancement d'une carte de crédit en partenariat avec MasterCard et la banque américaine Goldman Sachs.

Ces nouveaux services ont tous un point commun : ils sont payants et vendus sous forme d'abonnement mensuel. Même s'il est déjà attaqué en justice pour être " joueur et arbitre ", Apple ne veut plus se contenter de distribuer des produits et services imaginés par d'autres. L'entreprise veut être aussi productrice de contenus. Bref, la firme à la pomme ne se contentera plus de prendre une commission sur ce qui est fabriqué par d'autres. Grâce à ces nouveaux services, Apple pourra aussi facturer ses clients pour un service qu'elle maîtrise de A à Z.

Apple entre ainsi dans une logique d'intégration verticale pour devenir productrice de contenus. D'où l'idée de conglomérat 2.0 évoquée plus haut. Dit plus simplement, Apple ne veut plus se contenter de vendre du hard (le matériel comme les Mac, les iPhone et les iPad). Apple ne veut plus se contenter de vendre du soft (ses fameux logiciels). L'entreprise veut aussi convaincre sa base d'utilisateurs de s'abonner à ses nouveaux services. Des services qu'elle conçoit elle-même.

N'oublions pas que plus de 900 millions de personnes utilisent un iPhone. Il suffit d'arriver à convaincre une fraction de cette base immense d'employer ses nouveaux services et ce sera bingo ! Non seulement, Apple va encaisser des revenus récurrents (9 euros par mois par exemple pour le kiosque numérique) mais, en plus, l'abonnement a ceci de vertueux qu'un client utilisant plusieurs services fournis par la même entreprise sera plus fidèle. Qui dit mieux ? Le revenu moyen par utilisateur va augmenter et, en plus, ce dernier signera lui-même sa propre dépendance. Ce n'est pas beau, ça ? En résumé, tous ces nouveaux services proposés la semaine dernière par Apple n'ont qu'un seul objectif : traire la vache au maximum. Et la vache, c'est vous et moi.