Depeche Mode en a fait un " membre d'honneur du groupe ", Bono est son copain, comme une partie de la " rockstarcratie " internationale. Ne vous y méprenez pas : Anton Corbijn, né en 1955 dans une famille de pasteurs néerlandais, n'a rien d'un jet-setteur et ses mondanités restent obligeamment photographiques. L'expo tenue à Anvers, reprenant le titre de son livre paru en 2015, 1-2-3-4, est une vaste...

Depeche Mode en a fait un " membre d'honneur du groupe ", Bono est son copain, comme une partie de la " rockstarcratie " internationale. Ne vous y méprenez pas : Anton Corbijn, né en 1955 dans une famille de pasteurs néerlandais, n'a rien d'un jet-setteur et ses mondanités restent obligeamment photographiques. L'expo tenue à Anvers, reprenant le titre de son livre paru en 2015, 1-2-3-4, est une vaste proposition de 400 clichés embrassant les noms fameux déjà précités mais aussi quelques grands noms de la scène musicale : Johnny Cash, Nick Cave, The Rolling Stones, Nirvana, Grace Jones, Neil Young ou encore R.E.M. Et ce saisissant portrait de Bowie, jouant Elephant Man au théâtre, tout juste habillé d'un sous-vêtement vintage. Son travail est aux antipodes de la sophistication ultime d'une Annie Leibovitz et de son escouade d'assistants, ou des délires baroques de David LaChapelle. Même si Corbijn finit par se mettre à la couleur à la toute fin des années 1980, sa marque de fabrique reste le noir et blanc granuleux et hypercontrasté. C'est ce qui fait le succès de ses premiers travaux alors qu'il est encore basé aux Pays-Bas, avant d'aller s'établir en 1977 à Londres alors que le punk ouvre un nouveau monde, pas seulement musical. Les mises en scène de Corbijn le sont d'ailleurs peu : des masques pour les Stones dans une prairie canadienne, un cactus derrière Captain Beefheart dans le désert californien et les cornes du diable pour un Bono en gros plan. Il en ressort une impressionnante énergie charbonneuse, où les sujets apparaissent dans une intimité non feinte. Sans jamais abandonner la photo, Corbijn a ensuite fait carrière dès 1983 dans les clips vidéos, passerelle vers la fiction, pour laquelle il a réalisé quatre longs métrages dont The American en 2010 avec George Clooney et, quatre ans plus tard, A Most Wanted Man avec le regretté et brillant Philip Seymour Hoffman.