L'excitation est palpable. Eric et Catherine reviennent à l'instant de chez Ikea avec leurs achats et attendent leurs installations de jardin que l'enseigne Leroy Merlin doit leur livrer incessamment. Le couple de Belges vient de prendre possession de sa seconde résidence : une villa quatre façades avec piscine, offrant deux chambres, deux salles de bain, et - last but not least - un solarium à l'étage.
...

L'excitation est palpable. Eric et Catherine reviennent à l'instant de chez Ikea avec leurs achats et attendent leurs installations de jardin que l'enseigne Leroy Merlin doit leur livrer incessamment. Le couple de Belges vient de prendre possession de sa seconde résidence : une villa quatre façades avec piscine, offrant deux chambres, deux salles de bain, et - last but not least - un solarium à l'étage. La prise en occupation est toute fraîche. " Nous n'y avons même pas encore passé une nuit, confie Eric, enjoué. Vous découvrez l'endroit quasiment en même temps que nous. " Quasiment... car si leur bâtisse fait partie d'un îlot d'habitations vendues sur plan, Eric et Catherine en ont bien foulé le sol avant de l'acheter. Le couple de jeunes quinquas a mis la main sur une show house, une maison témoin entièrement meublée, située à San Miguel de Salinas, sur la Costa Blanca. " Tout y est tel que présenté lors des visites ", s'enthousiasme Catherine. Les meubles, la literie, la décoration, jusqu'aux fleurs artificielles posées sur les tables et consoles qui habillent la villa. Le coût de cette habitation entièrement meublée : 345.000 euros, auxquels se sont ajoutés 10 % de TVA et 3 % de frais de notaire, droits d'inscription et autres. Eric et Catherine font partie de ces 3.914 Belges qui ont choisi d'investir en Espagne l'an dernier. Un chiffre en augmentation de 21 % sur un an et de 725 % sur 10 ans ! Les Belges se placent désormais au quatrième rang des acheteurs étrangers, après les Britanniques, les Français et les Allemands. Ils sont par ailleurs les plus nombreux à se tourner vers l'immobilier neuf, qui représente désormais 26 % des acquisitions réalisées par nos compatriotes. " Il y a encore quelques années, les Wallons souhaitaient mettre la main sur des maisons typiques espagnoles, ce qui est de moins en moins vrai aujourd'hui ", explique Johan Conix, managing partner de l'agence immobilière Azull qui a accompagné le couple de Marchois dans l'achat de sa résidence ibérique. Les maisons traditionnelles sont ainsi peu à peu délaissées au profit des appartements et villas répondant aux dernières normes de la modernité. Les promoteurs s'alignent d'ailleurs depuis quelques années sur les goûts des étrangers. Désormais, les projets immobiliers intègrent des cuisines ouvertes, de grandes baies vitrées et des terrasses spacieuses. Alors que les constructions destinées aux Espagnols privilégieront une cuisine attenante et des petites fenêtres, afin de garantir un maximum de fraîcheur. " La différence du prix d'achat entre le neuf et l'ancien n'est par ailleurs pas énorme, alors que les frais à engager pour remettre l'électricité aux normes, installer une salle de bains ou une cuisine moderne sont importants, augmentant de facto la facture finale, fait remarquer l'agent belge. Ceci étant, bien souvent, les maisons existantes sont idéalement localisées, dans des quartiers agréables. " A Orihuela Costa, par exemple, ville côtière située dans la province d'Alicante et très prisée des vacanciers, " il est difficile d'acheter en première ligne ( entendez ici : face à la mer, Ndlr) car les vieilles maisons espagnoles se négocient entre 500.000 et 600.000 euros, et il faut entièrement les retaper ", précise Johan Conix. Le budget moyen pour acquérir un bien neuf de base en Espagne ? Entre 240.000 et 300.000 euros. " Le mètre carré se négocie entre 1.000 et 1.500 euros, indique Johan Conix. Bien sûr, vous pourrez trouver un appartement à 180.000 euros qui se situe à 5-10 minutes de la mer en voiture mais vous n'y trouverez rien aux alentours. Il n'y pas de miracle. Quand les prix sont bas, il y a une raison... " Azull - qui dispose d'un bureau en Espagne et de deux agences en Belgique - s'est davantage spécialisée dans le courtage de biens neufs, même s'il lui arrive de vendre également de l'immobilier existant. " Nous nous apparentons plutôt à des chasseurs immobiliers, mais nous sommes payés par le promoteur, par pas l'acheteur ", indique le managing partner installé depuis 2008 sur la Costa Blanca. Le bureau belge travaille avec quelque 400 promoteurs locaux et dispose en portefeuille d'environ 600 projets neufs (et donc des milliers de biens immobiliers) répartis sur différentes régions de la péninsule ibérique. " Nous ne voulons pas pousser les maisons ou les appartements vers le client, c'est contre nos principes, poursuit le professionnel qui a déjà accompagné des centaines de Belges dans leur rêve espagnol. Avant de collaborer avec un promoteur, nous enquêtons et vérifions sa fiabilité. S'il est bien propriétaire du terrain, s'il dispose des licences nécessaires à la construction, d'une garantie bancaire, etc. Si un avocat nous laisse entendre qu'il y a aurait ou aurait eu des problèmes avec le développeur, nous en restons là. Nous ne voulons prendre aucun risque. " Selon Azull, la Costa Blanca est la région qui, à l'heure actuelle, offre le meilleur rapport qualité-prix. Pour ne pas rien gâcher à ce plaisir, le soleil y est présent toute l'année (325 jours/an) et les températures sont plus qu'agréables (une moyenne de 16 ° C en hiver et de 25 ° C en été). La " côte blanche ", avec l'île de Tenerife, est la région qui a enregistré le plus grand nombre de ventes à des étrangers l'an dernier, soit 41 %. Elément qui joue en sa faveur : elle dispose de deux aéroports (Alicante et Murcie). " La proximité de l'aéroport ( qui doit être desservi par une compagnie low cost, Ndlr) reste un élément décisif dans l'achat, reconnaît Johan Conix. Avant la crise, cela n'avait pas d'importance. " Mais désormais, le Belge souhaite pouvoir aisément venir passer quelques jours, voire un week-end, dans sa seconde résidence. Ce que confirme Eric qui a investi à San Miguel de Salinas : " C'est super facile. En prenant l'avion vendredi vers 15 heures, nous sommes chez nous en soirée. Il faut compter une heure de route à partir de l'aéroport d'Alicante ". On différencie la Costa Blanca nord et sud (au-dessus ou en dessous d'Alicante). La première est globalement plus onéreuse que la seconde. Les montagnes descendent dans la mer. Les maisons construites en hauteur offrent de magnifiques vues et les villages sont très agréables. " Au nord, les projets neufs se font plutôt rares, précise l'agent immobilier. Mais on y trouve des villas (existantes) à partir de 350.000 euros. Il faut par ailleurs compter 250.000 euros pour un appartement, prix qui sera majoré des frais générés par une rénovation parfois bien nécessaire. " Azull, voulant que ses clients ne prennent aucun risque, déconseille d'acheter des habitations saisies, " des dossiers très difficiles ", selon Johan Conix. La plupart du temps, ces habitations sont en mauvais état et grevées de lourdes dettes laissées par les propriétaires. " Quand un client vient nous voir avec un budget de 250.000 euros, on l'aiguille plutôt vers la Costa Blanca sud. " Il en aura davantage pour son argent, et pourra investir plus facilement dans du neuf. " C'est d'ailleurs au sud - région plus plate que le nord - que les promoteurs ont commencé à construire selon les goûts des étrangers ", précise le courtier immobilier. Autre destination fort prisée des étrangers, notamment pour ses promesses ensoleillées : la Costa del Sol. La vie y est plus mondaine qu'ailleurs. La région a toutefois fort souffert de la crise qui a secoué l'Espagne il y a 10 ans : trop de logements y avaient été construits. Aujourd'hui encore, alors que le marché immobilier espagnol se redresse partout ailleurs, les constructions ne reprennent que lentement, d'autant plus que les autorités prennent leur temps pour délivrer les permis nécessaires à la construction de projets neufs. " On a construit trop avant la crise, bien souvent n'importe comment, reconnaît Johan Conix. A Marbella, pour obtenir les permis de construire qui devraient être livrés en quatre mois, il faut attendre deux ans. " Les prix de l'immobilier sont par ailleurs plus onéreux à la Costa del Sol, non seulement en raison de la renommée de la région, mais également car son paysage est très montagneux, nécessitant des techniques de construction plus complexes. Dans un autre style, la Costa Calida, beaucoup plus plate, fait le bonheur des promeneurs et cyclistes, avec ses nombreux parcs régionaux. La Mar Menor, grande mer intérieure où l'eau avoisine les 32 ° C en été, attire plongeurs et kitesurfeurs. " Les appartements s'y vendent à partir de 100.000 euros, précise Johan Conix. Il est possible de trouver un peu moins cher, mais nous ne voulons pas vendre ces biens car ils sont synonymes de problèmes. " Ici, le tourisme est différent. Davantage d'Espagnols que d'étrangers viennent y passer leurs vacances. L'ambiance y est donc tout autre, plus espagnole et plus authentique. Et le coût de la vie beaucoup moins cher. Les îles de Tenerife et Majorque sont deux autres destinations très prisées des Belges. La première présente peu de projets neufs. En matière d'acquisitions, il s'agit surtout de reventes. Le marché immobilier de la seconde est plus bien plus cher, mais il est intéressant d'y investir aujourd'hui. " La région veut changer de visage, explique Johan Conix. Les autorités veulent remplacer les hôtels par d'autres beaucoup plus luxueux. Elles veulent interdire les locations et ne plus délivrer des permis de bâtir que pour des habitations propres. Aujourd'hui, il est donc très intéressant d'acheter du neuf pour ensuite relouer, car ce ne sera plus possible dans le futur. " Ce qu'ont déjà compris les nombreux étrangers qui y ont investi en masse l'an dernier.Par Anne-Sophie Chevalier.