1. La Wallonie s'engage dans un " stop au béton " à l'horizon 2050. Cela inquiète-t-il la fédération de la construction ?
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1. La Wallonie s'engage dans un " stop au béton " à l'horizon 2050. Cela inquiète-t-il la fédération de la construction ? Francis Carnoy: Ce n'est pas un " stop au béton " - un matériau noble et utile - mais un " stop à l'étalement urbain " et cela, nous le comprenons très bien. Nous ne pouvons pas urbaniser tout le territoire. Il faut préserver les espaces naturels. En 1990, la Wallonie consommait 20 km2/an, nous en sommes à 12 km2/an et on devrait descendre à 6 km2 en 2025, puis 0 en 2050. Nous pourrions même aller plus vite et prévoir le stop en 2040, comme le fait la Flandre. Nous partageons la philosophie de ce projet : on ne peut plus étaler les villes comme au siècle dernier. D'ailleurs, la clientèle ne le demande plus : les familles monoparentales, les personnes âgées ou les jeunes colocataires ne cherchent pas la villa quatre façades mais des appartements, des habitations plus petites. 2. Cela ne risque-t-il pas d'engendrer des difficultés économiques pour le secteur de la construction ? Il n'y a aucune raison. Construire trois logements étalés en surface ou étalés en hauteur, fondamentalement, ça ne change pas grand-chose pour le secteur. La Wallonie devra loger 300.000 ménages supplémentaires d'ici 2040-2050 ; c'est jouable en comblant les dents creuses dans les villes et en aménageant de nouveaux quartiers aux abords immédiats des villes. Cela implique toutefois que les pouvoirs publics mènent de véritables politiques de revitalisation urbaine. Aujourd'hui, trop de projets immobiliers urbains sont bloqués à cause de réactions de type nimby (" not in my backyard ", pas dans mon jardin, Ndlr) et des pressions des comités de quartier. Pour densifier les villes, il faut accepter que les immeubles soient plus nombreux et plus hauts. Il faudrait aussi revoir la taxation des chantiers de démolition-reconstruction. Le taux réduit de TVA (6 % au lieu de 21 %) est actuellement limité à une vingtaine de communes, dont 10 wallonnes, et aux investisseurs individuels. Il faudrait élargir l'accès à ces taux réduits et délivrer plus rapidement les permis pour les démolitions-reconstructions. 3. La construction, ce n'est pas que du logement. Il y a aussi des entreprises qui s'installent en périphérie. Trouveront-elles encore les terrains nécessaires demain ? Le stop à l'étalement urbain est une occasion rêvée d'enfin reconvertir les friches industrielles, d'accélérer ces processus souvent trop lents. Plus largement, je pense que s'il est bon de se fixer un objectif de préservation des territoires à long terme, il faut aussi pouvoir faire preuve de nuance. La Wallonie doit continuer à accueillir des investissements créateurs d'une forte valeur ajoutée ou des infrastructures stratégiques importantes. Nous devons donc garder la porte ouverte à des exceptions, quand celles-ci le méritent.