L'expérience est bluffante. Assis seul dans votre salon, vous êtes pourtant " physiquement " au bord d'une piscine, en présence de deux charmantes demoiselles. Que vous leviez la tête, que vous la tourniez à gauche ou à droite, l'illusion est parfaite ; le spectacle, total. Vous avez " réellement " le sentiment d'être dans un film pornographique et ce moment est d'autant plus troublant que vous êtes au centre de toutes les attentions puisque ce sont " vos " genoux (ou presque) que vous voyez là, quand vous baissez la tête.
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L'expérience est bluffante. Assis seul dans votre salon, vous êtes pourtant " physiquement " au bord d'une piscine, en présence de deux charmantes demoiselles. Que vous leviez la tête, que vous la tourniez à gauche ou à droite, l'illusion est parfaite ; le spectacle, total. Vous avez " réellement " le sentiment d'être dans un film pornographique et ce moment est d'autant plus troublant que vous êtes au centre de toutes les attentions puisque ce sont " vos " genoux (ou presque) que vous voyez là, quand vous baissez la tête. Reposant sur le principe de l'immersion, la réalité virtuelle plonge le spectateur dans une autre dimension, bien au-delà des sensations qu'il vit déjà sur un écran de télévision. Grâce à un masque qui l'isole de toute perturbation visuelle extérieure, il se retrouve véritablement au coeur de la scène, porté par une bande-son qui renforce encore plus le sentiment de vécu. Seul petit bémol : l'accès à ce genre de spectacle immersif ne peut se faire que par la grâce d'un équipement spécifique. Or, le prix des casques de réalité virtuelle est encore élevé et cet accessoire coûteux n'a donc pas véritablement percé sur le marché grand public. Installés aux premières loges de l'innovation technologique, les producteurs de porno sont partagés quant à l'avenir de la réalité virtuelle dans leur industrie. Certes, sur le Web, on trouve déjà bon nombre de sites spécialisés comme Virtual Real Porn ou Naughty America VR avec du contenu adapté à l'expérience immersive. Mais vu le matériel déployé, la production de ces films coûte cher, et le retour sur investissement n'est donc pas encore garanti. A Paris, le patron du label porno chic Marc Dorcel est d'ailleurs quelque peu réservé sur le succès futur de cette technologie fascinante : " En 2015 déjà, nous avons été les premiers à lancer sur le marché français une expérience X en réalité virtuelle, témoigne Grégory Dorcel, le fils de Marc, fondateur mythique de l'entreprise. Nous croyons à son potentiel créatif. Mais aujourd'hui, je ne suis toujours pas certain qu'il y ait un marché. La réalisation de ce genre de films coûte très cher et nous préférons attendre que les grands acteurs du Net s'y mettent vraiment avant de passer à la production industrielle ". Clin d'oeil à peine voilé à Facebook qui a racheté la société Oculus Rift en 2014 pour 2 milliards de dollars et qui peine toujours à imposer cette marque de casques de réalité virtuelle auprès du grand public... La prudence du CEO de Marc Dorcel peut aisément se comprendre. En 2009, le roi du X français avait en effet investi près de 2 millions d'euros dans le porno 3D. Espérant surfer sur le succès annoncé des téléviseurs compatibles avec la technologie " trois dimensions ", il a dû rapidement déchanter devant le peu d'intérêt des consommateurs pour ces écrans qui promettaient pourtant des reliefs inédits. Chat échaudé craint l'eau froide : Grégory Dorcel attend donc une réelle percée des casques de réalité virtuelle (VR) sur le marché mainstream avant de produire de nouveaux contenus décoiffants. D'autres spécialistes du secteur croient néanmoins au succès imminent de la VR , à l'instar de la journaliste Marie Maurisse qui vient de signer le livre Planète Porn, enquête sur la banalisation du X. Selon elle, les gens recherchent désormais une expérience personnalisée et ce désir passe par un service exclusif. " C'est la raison pour laquelle le consommateur ne va plus payer pour un DVD, mais bien pour passer un quart d'heure en privé avec une 'cam-girl' par écran interposé, détaille Marie Maurisse. Dans cette logique, la réalité virtuelle permet aussi à l'utilisateur d'être plus proche de l'autre et donc d'être partie prenante à une expérience inédite. " Le constat est d'autant plus vrai que la réalité virtuelle permet non seulement au spectateur d'être intégré dans des scènes filmées en compagnie d'actrices porno, mais aussi de se transformer en un avatar numérique qui peut vivre des rencontres scénarisées dans un univers purement virtuel, comme sur le site révolutionnaire VRXcity qui garantit une " interactivité accrue ". La réalité virtuelle sera-t-elle l'avenir du X ? Rédacteur en chef du magazine en ligne Le Tag parfait dédié à la culture porno, Stephen des Aulnois croit en tout cas en son succès : " C'est une vraie promesse pour le secteur, affirme-t-il. La réalité virtuelle n'est pas un simple gadget ; elle apporte une réelle valeur ajoutée. C'est assez spectaculaire, même si, aujourd'hui, il y a quand même un souci : la qualité de production est plus importante que la qualité de diffusion. Il faudra donc attendre les casques de nouvelle génération pour voir décoller le marché. Je suis cependant très optimiste, d'autant plus que la réalité virtuelle va se développer avec le succès de sex-toys connectés ." C'est en effet l'autre grande attente du marché : la possibilité de synchroniser les scènes de réalité virtuelle à des objets de plaisir que l'on peut directement connecter au sexe masculin comme au sexe féminin. Truffés d'électronique, ces " masturbateurs techno " ajoutent une dimension tactile au spectacle purement audiovisuel et renforcent dès lors l'expérience immersive des fantasmes vécus en direct. A terme, ce sont même des combinaisons entières tissées de capteurs intelligents que l'on promet aux amateurs de sensations réelles en monde virtuel... Apparus il y a quelques années déjà sur le marché du plaisir, les sex-toys connectés génèrent aussi, à eux seuls, un sacré business. Vibromasseurs contrôlés à distance, " bracelets phalliques " qui mesurent les performances sexuelles, jouets érotiques et interactifs pour partenaires géographiquement éloignés, etc. : l'imagination des concepteurs d'objets coquins n'a pas de limite et redonne du piment à une clientèle avide de nouvelles sensations. A Liège, la responsable de la " love boutique " Désir et Moi constate d'ailleurs cet engouement grandissant pour les sex-toys connectés. A côté de ses articles de lingerie et autres produits classiques censés booster la libido, Luana Pagano propose en effet une série de gadgets technologiques qui ont visiblement de plus en plus de succès. " Quand nous avons ouvert il y a deux ans, nous vendions déjà des sex-toys connectés, mais il faut reconnaître que la gamme s'est depuis fortement élargie, confie la responsable. Aujourd'hui, tous les jouets sexuels classiques existent en version connectée et nous en vendons au minimum un par jour. C'est une vraie tendance de fond. " Le best-seller parmi la quarantaine d'articles disponibles sur la boutique en ligne de cette adresse liégeoise ? Le We-Vibe Sensations In Sync, un vibromasseur en forme de U vendu 200 euros, qui s'utilise en couple ou en solo, et qui dispose d'une télécommande, ainsi que d'une application Android et iOS pour déclencher, via un smartphone, les vibrations à distance. Tous fabriqués à l'étranger, ces sex-toys connectés ne suscitent pas encore l'appétit de start-up belges, si ce n'est l'intérêt de l'un ou l'autre entrepreneur isolé qui développe, dans son coin, un projet novateur. A Bruxelles, l'ingénieur Jérôme Hordies de la société BNome travaille par exemple, à ses heures perdues, sur un projet de simulateur de mouvement sexuel qui pourrait être couplé à la technologie de réalité virtuelle. Rendez-vous dans quelques mois pour découvrir le prototype... Mais hors ce cas isolé, personne ne semble vouloir explorer le monde des sex-toys connectés en Belgique francophone, ni même se lancer dans la réalisation de scènes X en réalité virtuelle pour l'industrie du porno. Pourtant, parmi la trentaine de sociétés actives dans la VR en Région bruxelloise, il semblerait qu'au moins l'une d'entre elles ait déjà réalisé ce genre de prise de vues en sous-traitance, en toute confidentialité. Reste maintenant à identifier laquelle...