Il faut à peu près tout repenser dans l'enseignement primaire et secondaire belge. A l'heure où le gouvernement de la Communauté Wallonie-Bruxelles travaille encore à faire aboutir son pacte d'excellence, ce constat implacable se lit en filigranes dans L'école du renouveau, le nouvel ouvrage proposé par le professeur d'économie de l'UCL Jean Hindriks et Kristof De Witte, enseignant à la KU Leuven.
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Il faut à peu près tout repenser dans l'enseignement primaire et secondaire belge. A l'heure où le gouvernement de la Communauté Wallonie-Bruxelles travaille encore à faire aboutir son pacte d'excellence, ce constat implacable se lit en filigranes dans L'école du renouveau, le nouvel ouvrage proposé par le professeur d'économie de l'UCL Jean Hindriks et Kristof De Witte, enseignant à la KU Leuven. Quelques chantiers évoqués : une spécialisation du corps professoral, une école moins élitiste et une meilleure utilisation des outils digitaux. " Nous sommes clairement à un tournant dans la façon de penser notre enseignement ", entonnent les deux auteurs, dont le livre aligne de multiples données objectives sur l'état de nos écoles et présente les voies prises par divers pays étrangers, voisins et plus lointains. " Dans notre précédent ouvrage, L'école de la réussite (Itinera, 2017), certains nous avaient reproché de réaliser un diagnostic sans proposer des solutions, évoque Jean Hindriks. Ici, en plus de comparer des situations concrètes en Flandre et en Communauté Wallonie-Bruxelles avec d'autres pays, nous proposons des pistes d'avenir. " Par exemple, le professeur d'économie de l'UCL ne partage pas l'idée d'une école " verticale ", où le gouvernement impose un programme au corps professoral.Un chiffre édifiant témoigne de la nécessité du changement : 65 % des enfants qui entament un cursus scolaire feront un métier qui n'existe pas encore aujourd'hui. " C'est sur ce point qu'il est nécessaire de revoir la manière d'enseigner, estime Jean Hindriks. Puisque les matières sont en constante évolution et qu'Internet permet l'accès à de multiples connaissances, un professeur ne doit plus transmettre un savoir mais plutôt apprendre à utiliser ce savoir. " Cette école " modèle ", que les auteurs appellent horizontale, pourrait ainsi s'apparenter au système des facultés d'Université. Une école située à Ixelles pourrait ainsi être spécialisée dans les arts et la culture, tout comme une autre située à Etterbeek serait davantage axée sur les mathématiques, tout en proposant un cursus commun." En Ontario, au Canada, il existe aussi un tronc commun, à savoir des matières que suivent tous les élèves, mais à l'intérieur duquel on propose plusieurs orientations pédagogiques, précise Jean Hindriks. Les mathématiques sont ainsi obligatoires mais les élèves peuvent choisir une orientation plus pratique ou théorique en fonction de leurs affinités. Ils ont même le choix d'apprendre la robotique en primaire. Pourquoi ne pas intégrer de la finance ou de l'économie aussi dès le plus jeune âge en Belgique ? C'est une façon d'approcher les mathématiques... Il faut également créer plus de ponts avec les entreprises. " " Ce tournant a déjà été opéré, pas mal d'écoles commenceront dès la rentrée 2019 à restructurer leur tronc commun, argue Kristof De Witte. Le signal très positif, c'est que ce mouvement vient de la base : les enseignants et le pouvoir organisateur exigent plus d'autonomie et proposent des solutions. " Avantage ultime d'un tel système : il ne nécessite pas d'augmenter les moyens mis à disposition. Il suffit " juste " de donner plus de pouvoir aux professeurs et aux directions d'écoles. Les auteurs, pour qui cette école du renouveau serait " un pas de plus vers une école moins élitiste, avec plus de mixité sociale " devraient présenter bientôt leur ouvrage aux ministres belges concernés. Par Géry Brusselmans.