Rixensart, berceau technologique ? Cette localité du " B.W. " n'est pas forcément connue pour son écosystème start-up ou pour son innovation numérique. C'est pourtant là que s'est installée la petite équipe de huit personnes de Smovin, société qui entend digitaliser la gestion de biens immobiliers.
...

Rixensart, berceau technologique ? Cette localité du " B.W. " n'est pas forcément connue pour son écosystème start-up ou pour son innovation numérique. C'est pourtant là que s'est installée la petite équipe de huit personnes de Smovin, société qui entend digitaliser la gestion de biens immobiliers. Cette jeune pousse d'origine bruxelloise a choisi la verdoyante commune wallonne pour des questions de mobilité et bénéficier de subsides wallons. Smovin compte parmi les quelques start-up belges de la proptech, la technologie immobilière. Concrètement, elle propose une application en ligne de gestion locative automatisée pour les multi-propriétaires à la recherche d'une solution centralisée et informatisée pour gérer leurs différentes locations. Quelles sont les promesses de l'application ? D'abord, grâce à une connexion avec le compte en banque du propriétaire, elle surveille automatiquement si les loyers ont bien été versés. Si Smovin constate des retards de paiement, elle permet l'envoi de rappels prédéfinis par e-mail, SMS ou courrier. Ensuite, Smovin promet de faciliter l'indexation des montants. " Une indexation de loyer oubliée, c'est de l'argent perdu. Grâce à Smovin, vous êtes averti de toutes les opportunités d'indexation ", peut-on lire sur le site de la start-up. Elle rappelle donc à temps d'indexer les loyers et propose à l'utilisateur un calcul prédéfini ainsi qu'une lettre pré-remplie. Bien sûr, c'est encore au propriétaire de décider d'effectuer l'envoi. Enfin, Smovin propose de centraliser toutes les communications avec les locataires et une vue globale de la gestion financière, permettant entre autres d'établir un décompte. La cible de la jeune pousse ? Les particuliers. " Le marché des propriétaires particuliers se décompose en trois groupes, analyse Jim Hees, cofondateur de la start-up. Ceux qui font appel à un agent pour la gestion locative, acceptent de verser un pourcentage de l'ordre de 7% des loyers et qui n'ont pas besoin de nous. Ceux qui ne veulent pas dépenser d'argent et veulent tout faire eux-mêmes, qui ne voudront pas non plus utiliser Smovin. Et enfin, au milieu, les propriétaires qui travaillent et cherchent à libérer du temps. C'est évidemment eux que nous ciblons. " Aujourd'hui, Smovin revendique 5.100 biens en gestion sur l'application. En moyenne, les propriétaires inscrits sur Smovin gèreraient entre 16 et 25 biens. Le business model de Smovin est simple : il s'agit d'un SAAS ( software as a service), comprenez un logiciel qui tourne dans le cloud et que les utilisateurs peuvent utiliser en s'acquittant chaque mois d'un abonnement. Celui-ci s'élève à 5 euros par bien et par mois. Soit un revenu récurrent annuel de 60 euros par bien pour Smovin. Avec, bien sûr, l'idée que si tout se passe bien, les propriétaires qui auront pris la peine d'intégrer l'ensemble de leurs baux dans Smovin ne quitteront pas si facilement l'application. Il n'en aura pas fallu plus pour séduire des actionnaires. Si elle a commencé sur fonds propres, Smovin a rapidement réussi à séduire des business angels: le duo Philippe Van Ophem et Renaud Gryspeerdt, entrepreneurs en série qui avaient notamment fondé (et revendu) myShopi, ont injecté 200.000 euros l'année passée. A cette époque, l'équipe Smovin ne comptait que trois personnes et ne pouvait s'enorgueillir que de 250 biens dans son portefeuille. Le but était alors de continuer à développer le produit en lui-même ainsi que de se faire connaître et d'obtenir plus de biens. A côté d'une communication média classique, Smovin a consacré une partie du budget pour faire de la publicité en ligne, essentiellement sur Facebook et LinkedIn. " Une des données que l'on s'est vraiment employé à mesurer, précise Jim Hees, c'est l'impact de nos pubs en ligne pour voir où on peut le mieux toucher les propriétaires et si le modèle marketing était scalable. " Autrement dit, vérifier si l'investissement publicitaire permet bien à Smovin d'engranger plus de biens immobiliers sur la plateforme. Satisfaits de leur développement, notamment sur le marché flamand pour lequel la start-up a engagé une personne il y a quelques mois, les fondateurs prévoient une nouvelle levée de fonds de 800.000 euros qui fera entrer de nouveaux investisseurs. Aujourd'hui, les actionnaires de Smovin sont composés de l'équipe fondatrice, des deux business angels et de The Start-up Faktory où est née Smovin. Le but de ce nouveau tour de table : sortir des frontières belges et atteindre 30.000 biens d'ici la fin d'année 2020. " Notre application n'est pas destinée uniquement au marché belge, affirme Jim Hees. Elle peut fonctionner partout. En fait, nous devons simplement adapter les règles locales en matière de location de biens et intégrer les dispositions légales en matière d'index, de clauses de résiliation, etc. " A en croire le jeune entrepreneur, le tour de table serait bien avancé. Digital Attraxion, qui avait accordé un prêt convertible de 100.000 euros à Smovin, pourrait en faire partie. De même qu'une série de business angels et de... clients. " Oui, sourit Jim Hees, nos clients sont en réalité une cible parfaite pour trouver des investisseurs. D'ailleurs, Philippe Van Ophem, qui est entré au premier tour, était, au départ, un utilisateur de Smovin. " Pour arriver à son objectif de 30.000 clients à la fin de l'année prochaine, la jeune pousse compte évidemment recruter (passer de 8 à 20 personnes dans l'équipe) et doper son marketing. D'ici-là, Smovin continuera à recruter ses clients via les réseaux sociaux et les médias spécialisés. Mais elle envisage aussi des actions pour booster le bouche à oreille. Comment ? " Via du parrainage, répond Jim Hees. Les propriétaires se connaissent entre eux et c'est, selon nous, un bon canal. On va tester la formule et offrir 100 euros aux nouvelles recrues. " Les propriétaires qui n'ont qu'un seul bien en location ne rapporteront pas vraiment d'argent à la start-up mais ce n'est pas très grave car cela ne représente aucun coût réel. Par contre, ceux qui en possèdent 10 commenceront à rapporter après deux mois. Or, c'est précisément les multi-propriétaires que vise la jeune pousse de Rixensart. L'enjeu, c'est évidemment de convaincre la cible. " L'une des plus grandes difficultés consiste à changer les habitudes des propriétaires, admet Jim Hees. Comme il y a peu de concurrence sur ce segment, nous débroussaillons le terrain. " Parmi les plus gros freins : convaincre les utilisateurs de lier leur compte en banque à l'application. Bien sûr, il ne s'agit que d'algorithmes de vérification sans risque pour l'utilisateur. Reste que psychologiquement, certains craignent de laisser l'accès à leurs données bancaires... La prochaine levée de fonds doit aussi permettre à la start-up d'envisager pas mal d'autres développements. Outre l'ajout de nouvelles fonctionnalités (des outils de gestion technique, par exemple) qui pourraient être vendues en plus de l'application de base, les fondateurs prévoient de nouer des partenariats avec de gros acteurs. Comme les promoteurs immobiliers. " La majorité de leurs clients sont aussi les nôtres, analyse le cofondateur de Smovin. On pourrait imaginer qu'ils offrent deux ou trois ans de gestion locative gratuits via Smovin à l'achat d'un bien. C'est une valeur ajoutée pour leurs acheteurs qui ne coûte quasi rien sur la valeur d'un bien. " D'autres pistes de partenariats sont à l'étude. Il faut dire que Jim Hees voit loin : après l'objectif des 30.000 biens, il rêve d'atteindre les 200.000 dans toute l'Europe dans cinq ans. Sacré défi !