"On doit être visionnaire. Notre ambition : créer des emplois supplémentaires et encourager les investissements. 250 millions d'euros investis et environ 1.200 emplois créés d'ici 2019. " Charles Michel s'est montré enthousiaste à la sortie de la conférence de presse organisée par Google pour le lancement des travaux destinés à l'extension de son data center à Ghlin, près de Mons. Avec son casque de chantier aux couleurs du géant du Web, le Premier ministre nous a replongés quelques années en arrière : en 2013, un autre Premier ministre, d'une autre couleur politique, arborait le même sourire. Elio Di Rupo avait inauguré la deuxième extension de cette implantation. Google a, en effet, inauguré son centre de données en 2009 avant d'y réaliser différents agrandissements.

Mais derrière le prestige d'avoir un géant du Net comme Google qui investit en Wallonie, se pose bien sûr la question de l'impact réel de cette installation en termes d'emplois. Car, on le sait, un data center constitue une activité gourmande en termes d'espace et d'énergie... avec un faible taux d'emplois directs. Google annonce 350 emplois temps plein pour son site de Ghlin. Mais le bilan officiel déposé à la Banque nationale par Crystal Computing (le nom de l'entreprise de Google qui gère le data center) n'en affichait que 101 pour l'année 2016. Le reste ? Des agents de sécurité, de la restauration collective, des techniciens en informatique, des ingénieurs électromécaniques, des gestionnaires des installations. Essentiellement des sous-traitants. Pour arriver au chiffre de 1.200 emplois évoqué par le Premier ministre, il faut en fait intégrer... les entreprises de construction qui travaillent actuellement sur le chantier à Ghlin, mais dont une bonne partie arrêteront leur mission d'ici l'inauguration des bâtiments.

Bien sûr, l'investissement du moteur de recherche en Wallonie est important : au total, plus d'un milliard a été déboursé par Google sur le site de Ghlin. Avec pas mal d'effets indirects, mais difficilement mesurables sur l'écosystème local. Et la firme Crystal Computing commence à payer (un peu) d'impôts : en 2016, elle reversait quelque 6 millions d'euros à l'Etat belge sur 21 millions d'euros de bénéfices. " Ce qui fait 27,65 % d'impôts, analyse Pascal Flisch, business developper chez Trends Information Services. On voit que le mécanisme d'intérêts notionnels, dont Google avait probablement bénéficié au début, commence à se déconstruire et que la firme n'a pas cherché à réaliser un ruling fiscal. " Reste que le principal client du data center n'est autre que... Google, à Dublin, qui lui a versé, en 2016, 295 millions d'euros (constituant donc son chiffre d'affaires). Mais on ignore évidemment la manière dont ces deux structures travaillent et à quoi correspondent réellement ces montants.