Elles font partie de notre quotidien. Ou plutôt de la vie des 67 % de Belges qui possèdent un smartphone. Qu'elles soient dédiées à un réseau social, à un jeu, à un service de messagerie ou à une institution bancaire, les applications mobiles rythment l'existence des mobinautes qui veulent se divertir ou se simplifier la vie. Depuis leur apparition dans l'App Store d'Apple en 2008 et leur déploiement dans d'autres boutiques virtuelles, le marché mondial des applis n'a fait que croître et devrait générer cette année un chiffre d'affaires de 51 milliards de dollars, selon le bureau de consultance App Annie spécialisé dans l'économie mobile. Soit une augmentation de 24 % par rapport à 2015. Mieux, ce chiffre devrait même doubler à moyen terme pour atteindre les 100 milliards de dollars à l'horizon 2020...
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Elles font partie de notre quotidien. Ou plutôt de la vie des 67 % de Belges qui possèdent un smartphone. Qu'elles soient dédiées à un réseau social, à un jeu, à un service de messagerie ou à une institution bancaire, les applications mobiles rythment l'existence des mobinautes qui veulent se divertir ou se simplifier la vie. Depuis leur apparition dans l'App Store d'Apple en 2008 et leur déploiement dans d'autres boutiques virtuelles, le marché mondial des applis n'a fait que croître et devrait générer cette année un chiffre d'affaires de 51 milliards de dollars, selon le bureau de consultance App Annie spécialisé dans l'économie mobile. Soit une augmentation de 24 % par rapport à 2015. Mieux, ce chiffre devrait même doubler à moyen terme pour atteindre les 100 milliards de dollars à l'horizon 2020... A priori réjouissante pour les différents acteurs du secteur, cette nouvelle est toutefois occultée par une étude livrée récemment par Recode, un site américain respecté et dédié aux nouvelles technologies. Selon ses contributeurs, le boom des applis serait en effet " fini " et l'avenir serait carrément sombre pour les nouveaux arrivants. Traduction : les propriétaires de smartphone téléchargeraient moins d'applications mobiles qu'avant, se focalisant essentiellement sur les plus populaires d'entre elles qui, malgré tout, accusent le coup. Selon Recode, les 15 applis les plus populaires aux Etats-Unis (parmi lesquelles on trouve notamment Facebook, Instagram, YouTube ou encore WhatsApp) auraient accusé une baisse moyenne de 20 % de téléchargements entre mai 2015 et mai 2016, à l'exception de Snapchat et Uber qui, elles, sont toujours à la hausse. Si la sonnette d'alarme est bel et bien tirée, le drame n'est toutefois pas pour demain : ces mêmes applications comptent toujours des millions d'utilisateurs et, chaque jour, de nouveaux consommateurs viennent grossir les rangs des mobinautes, principalement dans les pays émergents, ce qui explique que le marché mondial des applis ne fait que croître et qu'il devrait donc doubler dans les années qui viennent. Sur les 3 millions d'applis disponibles dans les boutiques des grands noms du marché que sont Apple, Google et Microsoft, les mêmes noms reviennent invariablement dans le hit-parade des plus téléchargées, laissant des centaines de milliers d'autres désespérément dans l'ombre. Après les premières années d'euphorie, la fièvre du téléchargement tous azimuts est en effet retombée sur les smartphones, vidant peu à peu les écrans des icônes " superflues ". En 2014 déjà, l'institut ComScore spécialisé en recherche marketing indiquait que deux tiers des mobinautes américains (65,5 % exactement) ne téléchargeaient plus aucune application certains mois, se contentant de gérer quelques applis privilégiées (une douzaine en moyenne par personne, selon la moyenne mondiale). Energivores et encombrantes, les plus dispensables n'ont donc pas survécu à la sélection naturelle. Normal : selon l'institut Pew Research Center, 47 % des applis disponibles n'ont jamais dépassé le seuil des 500 téléchargements... Le glas sonne-t-il dès lors pour toute une série d'applis qui restent sur le carreau ? Les marques doivent-elles vraiment garder confiance en ce canal de communication et, si oui, que peuvent-elles faire pour sortir de la masse nébuleuse des 3 millions d'applis disponibles sur le marché ? Consultant indépendant en stratégie mobile et fondateur du cabinet de conseil ThinkMobile, Alexandre Jubien ne veut pas céder au vent de panique qui souffle actuellement sur le secteur. " C'est vrai qu'il y a saturation au niveau des applis grand public et qu'il est très compliqué de se faire une place dans l'offre existante, commente cet expert français, mais il y a encore tout un marché qui se développe au niveau des applications de niche. Aujourd'hui, pour s'approprier l'univers des applis, une marque doit migrer d'un monde d'annonceurs vers un monde d'éditeurs. Elle ne doit plus se contenter de vendre simplement son produit, elle doit devenir une entreprise de services et fournir du contenu pertinent. La marque doit sortir de son discours marketing classique et être centrée sur l'utilisateur. Dans cette logique, les applis doivent avoir une fonction utilitaire ". Pour illustrer son propos, Alexandre Jubien évoque quelques exemples de marques qui ont réussi à négocier le virage d'une appli au contenu pertinent pour séduire un large public avec un vrai service à la clé : Nike et son appli de coaching sportif Running, L'Oréal et son simulateur de maquillage en réalité augmentée Makeup Genius ou encore AXA et son application Drive qui analyse le trajet en voiture d'un utilisateur pour lui donner ensuite des conseils personnalisés afin d'améliorer sa conduite. Mais pour le fondateur de ThinkMobile, ce sont surtout les applis de niche qui ont le plus de chances de sortir du magma des programmes disponibles, puisqu'elles s'adressent à une communauté spécifique qui fait marcher à merveille le bouche-à-oreille sur le réseau comme Wemoms dédié aux jeunes mamans ou Kwalito qui vérifie la composition des produits alimentaires pour les végétariens ou les allergiques au gluten. Si un contenu utile et pertinent se révèle désormais essentiel pour les marques qui veulent sortir du lot, les progrès enregistrés dans les nouvelles technologies n'en sont pas moins essentiels pour le développement de nouvelles applis. " Nous fêtons bientôt notre sixième anniversaire et, en six ans, le marché a totalement évolué, explique Christophe Chatillon, fondateur et CEO de Tapptic, une agence digitale spécialisée dans la conception d'applications mobiles. Ce qui est certain, c'est que l'application classique est morte, mais que le champ des nouvelles opportunités est colossal. Il n'y a jamais eu autant de potentiel pour faire des nouvelles applications sur différents écrans : smartphones, télés connectées, voitures interactives, montres intelligentes, casques de réalité virtuelle... Aujourd'hui, l'utilisateur recherche surtout une expérience et c'est pourquoi notre job évolue vers un nouvel axe, les smart services, c'est-à-dire les services intelligents qui vont de plus en plus se développer grâce aux moteurs de recommandations et aux bots, ces fameux assistants personnels qui permettent de mieux comprendre l'utilisateur. Aujourd'hui, les applications doivent être multi-écrans, intelligentes et centrées sur des besoins stratégiques ". Et Christophe Chatillon de citer cette déclaration d'Eric Schmidt, président exécutif d'Alphabet, la nouvelle holding qui chapeaute Google : " On est en train de quitter le monde du mobile first pour entrer dans le monde de l'A.I. first, cette intelligence artificielle qui va tout changer. " Convaincu que le futur du consommateur passe par ces assistants virtuels, le quatuor GAFA - Google, Apple, Facebook et Amazon - a déjà pris les devants et travaille d'arrache-pied à la mise au point de ces nouveaux " robots " qui pourraient aussi bousculer le marché des applis. Grâce à cette intelligence artificielle qui sera de plus en plus à même de répondre aux questions du mobinaute et, surtout, de lui proposer des options de loisirs, de services ou d'achats avant même qu'un souhait ne soit émis, chaque géant du Net espère développer une espèce de " super application " incontournable, connectée à d'autres, qui garderait ainsi l'internaute dans son propre écosystème. Bref, que vous ayez envie de vous faire livrer une pizza, de réserver un billet de train ou de lire un article de presse, tout pourrait passer, à l'avenir, par une seule et même application, par exemple Facebook Messenger, grâce à un bot qui vous éviterait ainsi de devoir ouvrir successivement d'autres applications sur votre smartphone pour satisfaire vos désirs. Ce qui réduirait, à terme, le nombre d'icônes indispensables sur votre écran... S'il y a effectivement une tendance, pour les tout grands acteurs du Net, à vouloir développer un seul et unique écosystème commercial sur leur propre plateforme, l'heure de la suprématie totale de Facebook ou de Google n'a pas encore sonné pour autant et les marques peuvent donc encore nourrir, aujourd'hui, l'espoir d'occuper l'écran des mobinautes. "Persévérer et exécuter une excellente idée porte encore ses fruits, observe Raffaele Gesulfo, diplômé de la Solvay Business School et aujourd'hui product designer à San Francisco pour la start-up Narvar, spécialisée dans le marketing online. Le récent succès fulgurant de Telegram, l'application de messagerie sécurisée, prouve qu'il n'est pas impossible de percer sur un marché saturé. Une autre voie pour s'illustrer, certes moins évidente, est de lier par exemple une appli à un objet connecté pour créer une proposition de valeur unique. La tendance actuelle est de mesurer tout ce qui peut être mesuré dans notre environnement, de notre rythme cardiaque à l'humidité dans notre jardinière. Et ce n'est qu'un début... " A l'instar des marques qui veulent émerger sur les smartphones, les éditeurs de presse cherchent aussi le moyen de sortir du lot quand il s'agit, pour les mobinautes, d'aller chercher une information via telle ou telle appli. Ancien responsable de la rubrique numérique au journal français Les Echos, Frédéric Filloux est aujourd'hui éditeur du blog spécialisé MondayNote dédié aux médias et, dans son dernier article consacré aux éditeurs de presse, il invite ces derniers à s'inspirer ni plus ni moins de l'univers des jeux vidéos pour booster leur appli. " Les éditeurs de presse ont beaucoup à apprendre de l'industrie du gaming, surtout quand il s'agit de tester et de promouvoir une application, écrit-il en substance, que ce soit en termes de design ou de monétisation. " S'inspirer d'autres mondes, étonner le mobinaute avec un contenu pertinent, se rendre utile voire même indispensable, jouer la carte de l'intelligence artificielle et des objets connectés... Voilà déjà quelques pistes à explorer pour les marques qui veulent survivre et peut-être même durer dans le marché saturé des applis. Car délivrer le bon produit à la bonne cible au bon moment reste, plus que jamais, d'actualité.