Pour prendre rendez-vous chez notre médecin, la plupart d'entre nous dégainons encore notre téléphone pour passer un coup de fil. Une vieille habitude qui pourrait pourtant être rapidement remplacée. Il faut dire qu'à l'heure où tout est à portée de clic sur un téléphone portable, appeler son généraliste, attendre qu'il décroche et qu'il vérifie son agenda devient ringard pour certains. D'ailleurs, les nouvelles générations ne semblent plus prêtes à continuer cette pratique. Ils veulent pouvoir non seulement obtenir un rendez-vous chez leur " doc' " quand ils veulent (comme pour tout autre rendez-vous chez un professionnel, d'ailleurs) mais aussi recevoir immédiatement une réponse à leur problème. Les applis mobiles répondent parfaitement à cette demande et il semble que ce marché soit en plein développement.
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Pour prendre rendez-vous chez notre médecin, la plupart d'entre nous dégainons encore notre téléphone pour passer un coup de fil. Une vieille habitude qui pourrait pourtant être rapidement remplacée. Il faut dire qu'à l'heure où tout est à portée de clic sur un téléphone portable, appeler son généraliste, attendre qu'il décroche et qu'il vérifie son agenda devient ringard pour certains. D'ailleurs, les nouvelles générations ne semblent plus prêtes à continuer cette pratique. Ils veulent pouvoir non seulement obtenir un rendez-vous chez leur " doc' " quand ils veulent (comme pour tout autre rendez-vous chez un professionnel, d'ailleurs) mais aussi recevoir immédiatement une réponse à leur problème. Les applis mobiles répondent parfaitement à cette demande et il semble que ce marché soit en plein développement. Il n'y a qu'à observer le marché français où plusieurs start-up font la course pour arriver en tête. Les deux sociétés les plus en vue s'appellent Doctolib et Mondocteur. La première a réalisé un troisième tour de table de 18 millions en octobre 2015, tandis que la seconde a obtenu, en février 2016, 12 millions d'euros supplémentaires de la part de son actionnaire majoritaire, le groupe Lagardère. Le pari de ces start-up ? Emporter le marché de la prise de rendez-vous pour les docteurs et les cabinets médicaux (370.000 clients potentiels) à qui elles proposent un abonnement mensuel pour ce service. Derrière ces deux leaders, le marché hexagonal compte également de plus petits acteurs (Keldoc, rdvmedicaux.com, etc.). Les utilisateurs de ces différents systèmes français se compteraient en millions. Si les chiffres belges sont forcément moins importants, quelques entrepreneurs y voient également un marché juteux et proposent, eux aussi, leur solution de prise de rendez-vous pour les pros de la médecine. C'est ce que font, en Belgique, les start-up Progenda, Doctena ou DoctorAnytime. DoctorAnytime, lancée en Belgique par un ancien cadre de chez Take Eat Easy, est une spin-off de la start-up grecque du même nom. L'entité belge a levé en décembre 2016 pas moins de 1 million pour développer son activité à Bruxelles et Anvers et convaincre les médecins. Pour y parvenir, Sylvain Niset, directeur général pour la Belgiquede DoctorAnytime, ne manque pas d'arguments. En tête de sa liste : le gain de temps promis aux praticiens qui ne doivent plus décrocher le téléphone et peuvent donc se consacrer à leur patientèle. Sans oublier un gain en visibilité pour des professionnels à qui la publicité est interdite. La plateforme propose, en effet, une sorte d'annuaire regroupant les pros de la médecine qui font appel à elle. Le business de DoctorAnytime ? Un abonnement mensuel payé par les praticiens pour l'utilisation du service et la présence dans l'annuaire. Il leur en coûte entre 65 et 80 euros par mois selon la durée de leur engagement. Un montant relativement faible mais récurrent qui peut se révéler très rentable, d'après Sylvain Niset. " Nous n'avons qu'une structure de coût assez faible, admet le boss de la start-up. Les développements technologiques sont réalisés par la maison mère en Grèce et nous prenons en charge les développements commerciaux et le marketing. Donc, même avec un nombre limité de médecins, notre business peut très bien tourner. " Et de préciser que le " marché est énorme, avec 35.000 praticiens en Belgique ". Ce marché, certaines start-up veulent l'adresser en allant déjà bien plus loin que la prise de rendez-vous. Sélectionnée parmi nos 50 start-up prometteuses en fin 2016, ViviDoctor invente la consultation virtuelle. C'est d'ailleurs de là que vient son nom : Virtual Visit Doctor. Pour les personnes très occupées ou qui ne souhaitent plus se déplacer chez un docteur pour des rendez-vous " de routine ", la jeune société propose un système d'appel vidéo de 10 minutes. La start-up estime que cette durée permet au médecin d'aller à l'essentiel et de ne pas perdre de temps. C'est aussi la durée idéale pour lui assurer une certaine rentabilité... En effet, ViviDoctor joue aussi la carte du prix. S'adressant pour l'instant aux hôpitaux privés avant de toucher directement les généralistes dans les semaines à venir, la start-up a imaginé des abonnements au mois et à l'année (14,90 et 9,90 euros/mois) ou un payement à la consultation de 19,90 euros. Un montant qu'aucun praticien ne demande à ses patients pour une consultation traditionnelle, généralement plus longue. D'après Sidar Ok, le responsable de la start-up, le système s'applique parfaitement aux rendez-vous de routine ou aux suivis de certaines opérations qui ne nécessitent pas d'auscultation. L'idée paraît loufoque ? ViviDoctor n'est pourtant pas la seule à lancer les consultations virtuelles. Dans le cadre d'un hackathon bruxellois lancé à l'initiative de l'ASBL Sharify, des candidats entrepreneurs ont eux aussi imaginé un projet baptisé DoctorME, proposant des consultations par smartphone. Et au Royaume-Uni, PushDoctor défie la gratuité des soins de santé avec des consultations vidéo payantes (entre 35 euros pour 10 minutes et 75 euros pour 30 minutes de consultation). Cette start-up ne parvient pas seulement à convaincre quelque 7.000 praticiens ; des investisseurs y croient fermement : Push Doctor a en effet déjà levé plus de 9,4 millions de livres (en plusieurs tours) pour tenter d'imposer son modèle outre-Manche. Reste que la partie n'est pas gagnée pour ces start-up qui veulent mettre le grappin numérique sur les docteurs. L'écosystème des praticiens reste, en partie, très traditionnel. " Les convaincre d'adopter un outil numérique constitue le plus gros enjeu ", admet Sylvain Niset de Doctor-Anytime. Mais les choses évoluent rapidement et le numérique chamboule de plus en plus les cabinets médicaux, et même leur pratique de la médecine. Ils se voient déjà confrontés, depuis de nombreuses années, à la montée en puissance du Web dans l'information des patients. Déjà en 2013, le site français Patients et Web pointait que 57 % des internautes utilisaient Internet pour des recherches médicales. Nombre de médecins voient cette évolution comme un problème voire, une menace. Mais pour le médecin suisse et consultant e-santé Jean Gabriel Jeannot, il faut y voir " une opportunité ". " Le temps disponible à la consultation étant limité, la recherche d'informations par le patient lui-même est essentiel ", écrit-il dans une note partagée en ligne. Et de suggérer aux praticiens de diriger leurs patients vers des sites médicaux de qualité, voire d'y prendre une part active. En marge, les pros de la santé doivent également faire face à l'arrivée du sacro-saint système de notations que l'on retrouve sur de plus en plus de sites, d'Amazon à Uber. C'est ce que fait, chez nous, la start-up Wisdoc, qui se dit diplomatiquement orientée sur la " recommandation par la communauté ". Wisdoc, disponible en version web ou appli, entend proposer aux patients un outil de recherche de médecins. Un genre d'annuaire complet des spécialistes de la santé (elle avance 437.092 médecins référencés au Benelux et en France) doublé d'un système de notations. Les internautes peuvent en effet recommander - ou pas - des médecins sur le site. Les patients potentiels peuvent alors rechercher les praticiens près de chez eux et les filtrer selon le nombre de recommandations. Une pratique qui ne plaît pas franchement au Conseil national de l'Ordre des médecins... Dans un avis de novembre 2016, il soutient que " les appréciations des patients laissées sur des forums [...] sont subjectives et non vérifiables. Par ces évaluations, les patients peuvent infliger un préjudice au médecin. Par ailleurs, ces évaluations influencent l'exercice du droit au libre choix du médecin par les autres patients. " Un accueil plutôt mitigé donc, qui témoigne de la bousculade par le numérique des codes établis chez les praticiens, lesquels sont déjà fortement touchés depuis 2014 par le tsunami du dossier médical informatisé (DMI), version électronique du dossier médical généralisé (DMG). C'est d'ailleurs ce que s'emploie à développer la start-up liégeoise Andaman7, en prenant néanmoins le point de vue du patient. L'application mobile lancée par Vincent Keunen a pour objectif de mettre le dossier médical numérisé en permanence dans la poche du patient. " Le patient participe activement à son propre traitement, insiste l'entrepreneur. Le but consiste à ce qu'il ait accès à toutes ses infos de santé (médical, régime, sommeil, activités physiques, etc.) en toute situation et à ce qu'il puisse gérer les dossiers de toute sa famille. " Pour y parvenir, Andaman7 doit parvenir à donner accès aux données médicales de plusieurs sources : les hôpitaux en tête, qui sont généralement les plus numérisés pour le moment, les particuliers eux-mêmes qui peuvent encoder des informations et agréger celles de leurs objets connectés et, bien sûr, les médecins généralistes et autres praticiens. Pour obtenir les infos des médecins, Andaman7 compte surtout s'appuyer sur les éditeurs de logiciels de gestion qui travaillent avec les spécialistes en jouant la carte de la compatibilité. La start-up, qui compterait 8.000 utilisateurs, a déjà noué un partenariat avec le CHU de Liège et discute avec plusieurs hôpitaux en Wallonie et à Bruxelles. Elle est aussi parvenue à séduire pas mal d'investisseurs belges de renom (Meusinvest, Bernard Delvaux, de la Sonaca, Jacques Gallois, de EVS, ou Thierry Pierson, co-fondateur d'Ogone). Andaman7 surfe sur une tendance lourde, puisque le dossier médical finira inévitablement par s'imposer. Nombre d'autorités publiques s'y consacrent en effet. Le DMI partagé pourrait entraîner une révolution (déjà à l'oeuvre) bien plus grande encore pour le corps médical. En effet, il contribue, à sa mesure, à la multiplication phénoménale de données médicales que seule l'informatique est en mesure de traiter. Face au développement des nouvelles technologies, les NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives), le dossier médical digital deviendra une nécessité. Pensez un peu : le séquençage de l'ADN dans le diagnostic d'un cancer n'est déjà plus réalisable par le médecin s'il n'est pas aidé par un logiciel. " L'analyse génomique d'une seule tumeur exige, par exemple, le traitement de 20.000 milliards d'informations ", écrivait, l'an passé, le docteur Alexandre, observateur avisé de la techno médecine, pour le site Contrepoints.org. L'homme croit d'ailleurs fermement que dans les années à venir, " les médecins vont être dépassés par des systèmes experts comme Watson d'IBM, dotés d'une intelligence artificielle de plus en plus développée. Notre dossier médical va s'enrichir de milliards d'informations par jour et le médecin n'aura plus la possibilité d'analyser les masses de données de l'ère de la génomique. Il se contentera de lire l'ordonnance, d'expliquer le diagnostic et le traitement à son patient, mais ne prendra plus lui-même la décision. " Angoisse ?