Si vous habitez à Bruxelles et que vous vous faites régulièrement livrer des colis à domicile, il y a fort à penser que la plateforme Urbantz soit utilisée. Dans les faits, vous ne voyez que le livreur. Mais en coulisses, le logiciel de livraison est à l'oeuvre. " Notre projet est né de la rencontre entre des experts de la logistique du dernier kilomètre et des passionnés de nouvelles technologies collaboratives ", indique Michael Darchembeau, cofondateur d'Urbantz. Cette société bruxelloise, créée en 2015, a remporté en janvier le prix Rise - Innovative Starters délivré par Innoviris, l'Institut bruxellois pour la Recherche et l'Innovation, avec à la clé 500.000 euros de financement. " Ensemble, nous avons fait le constat qu'il n'existait pas de solution IT pour gérer la logistique de demain dans une capitale comme Bruxelles. Il faut savoir qu'aujourd'hui un véhicule sur cinq est un véhicule de livraison. Notre vision est de rendre les villes plus smart grâce à des opérateurs équipés avec une technologie comme Urbantz ".

"Il y a cinq ans, nous étions perçus comme des extraterrestres. Aujourd'hui, le coursier à vélo fait partie du paysage urbain." Olivier Bringard, administrateur délégué de Coursier wallon.

Le concept de smart city est aujourd'hui entré dans le langage commun. Il repose sur l'utilisation des nouvelles technologies pour faciliter la vie des usagers. La livraison de marchandises n'échappe pas à cette évolution. Le géant américain Amazon l'a bien compris avec la multiplication de ce que le groupe appelle des agences de livraison, présentes dans plusieurs pays européens. Amazon Logistics développe un réseau de delivery stations, des centres de dépôts spécialisés dans la livraison de petits colis.

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La fragmentation de la logistique

Principale évolution de cette problématique de la livraison : une fragmentation multiple. " Il y a d'abord l'apparition toujours plus grande de petits véhicules de livraison, confirme Cathy Macharis, professeure à la VUB. Les camions plus grands ont fait la place à des petites camionnettes. Il y a également de plus en plus de petits magasins et donc, la multiplication de petits points de ventes. Enfin, nous assistons aussi au déplacement des dépôts de stockage vers l'extérieur de la ville. Au final, avec le temps, cette problématique est devenue de plus en plus complexe. Nous assistons aujourd'hui à l'apparition de nouvelles initiatives citoyennes à côté des circuits classiques de livraison. Dans certaines villes européennes, certains appartements se transforment en petits dépôts de quartier. Les voitures des particuliers peuvent également transporter des marchandises. " Non seulement la vente en ligne connaît un succès croissant, mais les exigences des consommateurs en ce qui concerne la rapidité de la livraison sont toujours plus grandes. Se faire livrer son colis dans la journée n'est aujourd'hui plus de l'ordre du fantasme.

Mélanie Applincourt © PG

Les atouts de l'intelligence artificielle

" Concrètement, nous avons mis au point une solution numérique qui permet à tous nos clients d'optimaliser leurs livraisons. Cela commence en amont par l'organisation des tournées dans les différents entrepôts. Nous travaillons notamment avec un acteur comme CityDepot ", indique Mélanie Applincourt, cofondatrice d'Urbantz. Une application mobile permet, notamment, de scanner chaque colis et de connaître automatiquement sa position exacte dans la tournée de livraison. " Grâce à Urbantz, la préparation des tournées avec les meilleurs itinéraires est facilitée. Tous les livreurs reçoivent ensuite leur feuille de route sur leur smartphone. Les consommateurs peuvent enfin être informés en temps réel de l'état d'avancement de leur livraison. Grâce au prix bruxellois Rise, nous allons pouvoir développer les dernières techniques d'intelligence artificielle pour pouvoir améliorer les performances logistiques de manière continue et proposer toujours plus d'applications liées à ce segment devenu complexe qu'est la livraison à domicile. Une ville comme Bruxelles occupe une position centrale en ce qui concerne l'évolution des flux urbains. L'innovation dans ce secteur est très vive. Il n'y a pas de meilleur endroit pour réfléchir à la mise en place de solutions technologiques comme celle que nous proposons. "

"Nous avons fait le constat, en créant Urbantz, qu'il n'existait pas de solution IT pour gérer la logistique de demain dans une capitale comme Bruxelles ." Mélanie Applincourt, cofondatrice et COO d'Urbantz

En soutenant cette start-up, les autorités bruxelloises ont bien saisi l'importance de cette problématique. Selon le Bureau fédéral du Plan, les flux de marchandises devraient augmenter en Belgique de 68 % entre 2010 et 2030, alors que les déplacements de personnes se limiteraient à une croissance de 20 %. La pression du transport de marchandises devrait donc s'accentuer fortement. Avec au final, un enjeu également important pour la qualité de l'air en ville. Cette augmentation du trafic de marchandises a évidemment un impact important sur le rejet de CO2. C'est dans ce contexte que la livraison de colis par vélo est en plein essor.

Michael Darchembeau, cofondateur et "business development manager " d'Urbantz. © PG

30 à 40 colis par jour en deux roues

Si Bruxelles dispose aujourd'hui de plusieurs sociétés de livraison de colis à vélo, la Wallonie n'est pas en reste. Il y un an, la coopérative Coursier wallon voyait le jour. Elle est active, pour l'instant, sur deux villes: Namur et Mons. " Au départ, il y avait clairement une envie de répondre à une urgence environnementale. Aujourd'hui, les services que nous offrons répondent à une évolution des petits commerces dans les villes avec une demande toujours plus grande de livraisons efficaces et conviviales. " Olivier Bringard, administrateur délégué de Coursier wallon, s'est lancé dans l'aventure en 2013. Il est le seul coursier à vélo sur la ville de Mons. " Je livre en moyenne 30 à 40 colis par jour, du lundi au vendredi, en me calant sur les horaires des entreprises et des commerçants. La plupart des colis ont un poids inférieur à 30 kilos. Nous sommes demandeurs aujourd'hui de solutions numériques telles que celles proposées par Urbantz. C'est le principal outil manquant pour continuer à coller aux habitudes des consommateurs. Il y a cinq ans, nous étions perçus un peu comme des extraterrestres sur notre vélo, mais nous commençons à réellement faire partie du paysage urbain aujourd'hui. La principale exigence, pour nous, est d'avoir une bonne connaissance de l'environnement urbain du territoire que nous couvrons. "

Par Fabrice Lambert.