Deux touristes, l'air perdu, se tiennent devant le Pavillon chinois, à Laeken, en lisière du domaine royal. Ils viennent de passer devant un panneau sur lequel figurent les heures d'ouverture, mais le bâtiment est fermé. Le Pavillon, imposant avec sa profusion de décorations chinoises, est cerné de barrières de chantier arborant le logo d'une firme de surveillance. La façade donne une impression de désolation. Des étançons soutiennent deux grands balcons. Le bois, les carreaux et les laques sont endommagés par l'exposition aux intempéries et les infiltrations d'eau. La dorure des colonnes est ternie par endroits. Sur une des façades latérales, deux grands trous béent dans le vitrage de la haute double porte. D'autres fenêtres montrent également des traces de vandalisme. Devant une des entrées, un auvent vermoulu protège des chutes de débris. Sur l'autre façade latérale, quelques fenêtres sont condamnées par des panneaux d'aggloméré. La dépendance (à l'origine des écuries et remises) derrière le pavillon est elle aussi clôturée par de hautes barrières.
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Deux touristes, l'air perdu, se tiennent devant le Pavillon chinois, à Laeken, en lisière du domaine royal. Ils viennent de passer devant un panneau sur lequel figurent les heures d'ouverture, mais le bâtiment est fermé. Le Pavillon, imposant avec sa profusion de décorations chinoises, est cerné de barrières de chantier arborant le logo d'une firme de surveillance. La façade donne une impression de désolation. Des étançons soutiennent deux grands balcons. Le bois, les carreaux et les laques sont endommagés par l'exposition aux intempéries et les infiltrations d'eau. La dorure des colonnes est ternie par endroits. Sur une des façades latérales, deux grands trous béent dans le vitrage de la haute double porte. D'autres fenêtres montrent également des traces de vandalisme. Devant une des entrées, un auvent vermoulu protège des chutes de débris. Sur l'autre façade latérale, quelques fenêtres sont condamnées par des panneaux d'aggloméré. La dépendance (à l'origine des écuries et remises) derrière le pavillon est elle aussi clôturée par de hautes barrières. Le kiosque, où les touristes achètent normalement leur billet d'entrée, est barricadé avec des planches. Un bout de papier signale laconiquement que le musée est fermé pour rénovation. Le tunnel qui conduit à la Tour japonaise en passant sous l'avenue Van Praet est barré. Le Pavillon chinois, la Tour japonaise et l'annexe, qui composent les Musées d'Extrême-Orient, filiale des Musées royaux d'Art et d'Histoire, sont fermés depuis 2013. " Ils ont été fermés pour des raisons de sécurité, explique Johan Vanderborght, porte-parole de la Régie des bâtiments, le gestionnaire immobilier du gouvernement fédéral, qui a la charge de ces édifices. " Dans le Pavillon chinois, une partie des éléments décoratifs de toiture n'étaient plus stables. Ils ont été démantelés et les balcons ont été étançonnés par mesure de précaution. Mais c'est surtout l'enveloppe extérieure qui nous inquiète. L'ornementation n'est pas faite pour notre climat. Tous les éléments de la façade qui se détachent ont été enlevés. Dans la Tour japonaise, il y a des infiltrations d'eau dans une dalle de béton. Cela cause un problème de stabilité, mais il n'y a pas de risque d'effondrement. " Le fait que les bâtiments se situent à l'écart, dans un parc, est un inconvénient. " Le site est aux prises avec le vandalisme. Le Pavillon chinois aussi est visé, malgré les clôtures et la surveillance, reconnaît Johan Vanderborght. Nous envisageons de condamner tout le rez-de-chaussée avec des panneaux de bois. " Les bâtiments des Musées d'Extrême-Orient comptent parmi les joyaux architecturaux de la capitale. Ils ne sont pas réellement orientaux, mais des imitations européennes d'édifices orientaux. La Tour japonaise a été commandée en 1901 par le roi Léopold II à l'architecte parisien Alexandre Marcel. Léopold II avait compris que l'Extrême-Orient représentait des débouchés lucratifs pour le grand pays industrialisé qu'était alors la Belgique. Il finança la construction sur ses avoirs personnels, mais fit don de la tour à l'Etat belge pour qu'il en fasse un musée des produits d'exportation belges et japonais. Non loin, il fit construire par l'architecte un restaurant de luxe empruntant l'aspect d'un pavillon chinois. A l'arrière, on érigea une dépendance, où les clients du restaurant pourraient garer leur voiture hippomobile ou automobile. Comme il s'avéra difficile de lui trouver un exploitant, le pavillon devint également un musée commercial. " Ces trois bâtiments composent un ensemble unique. Beaucoup d'autres chinoiseries n'ont pas été conservées, raconte Nathalie Vandeperre, conservatrice. En outre, Alexandre Marcel a fait venir à Bruxelles quelques décorateurs français de premier plan. L'ornementation des intérieurs est phénoménale ; rien que pour ça, ces bâtiments sont importants. Il s'est également donné la peine de commander des éléments architecturaux authentiques en Extrême-Orient. Les boiseries sculptées extérieures du Pavillon chinois, par exemple, viennent de Chine. " La majeure partie de l'intérieur du Pavillon n'est pas d'origine chinoise. La grande salle du rez-de-chaussée ressemble à la salle des fêtes d'un palais rococo français ; à l'étage, il y a des salons particuliers de style japonais et indien. En 1921, les bâtiments ont été transférés du ministère des Affaires étrangères à celui des Sciences et des Arts. Après la Seconde Guerre mondiale, la Tour japonaise fut fermée au public. Le Pavillon chinois, lui, fut transformé en musée de la porcelaine chinoise d'exportation. " Nous possédons une riche collection, qui donne une vision représentative de la porcelaine de luxe fabriquée spécialement pour l'Occident, explique Nathalie Vandeperre. C'était presque trop beau pour être vrai : exposer de la porcelaine d'exportation dans cet ancien musée destiné aux produits d'exportation, qui plus est dans cet intérieur somptueux où elle est si bien mise en valeur. " Ce rôle, le pavillon l'a rempli jusqu'à sa fermeture en 2013. La Tour japonaise a rouvert en 1989 à l'occasion d'Europalia Japon. Un tunnel fut creusé sous l'avenue Van Praet pour les visiteurs. Depuis l'Expo 58 et l'aménagement de l'A12, l'avenue était une voie d'accès très fréquentée vers le centre de Bruxelles : la traverser à pied était devenu trop dangereux. Au début, le rez-de-chaussée a accueilli des expositions temporaires de la collection japonaise, puis le centre de gravité se déplaça vers l'art japonais d'exportation. En 2006, le Musée d'Art japonais est inauguré dans la dépendance rénovée, où d'autres parties de la collection sont exposées. En 2012, la dernière année complète d'ouverture des Musées d'Extrême-Orient, 28.500 visiteurs s'y sont rendus. Pendant toutes ces années, les cinq niveaux de la Tour japonaise ont rarement été ouverts au public. Pourtant, ils sont uniques en leur genre. Certains éléments de l'intérieur richement décoré proviennent de mausolées de shoguns japonais. Au Japon, beaucoup ont disparu ; à Laeken, ils ont été conservés dans leur état d'origine. " On dit souvent que la Tour japonaise n'est pas accessible parce que, de là-haut, on peut voir ce qui se passe à l'intérieur du Palais royal, explique Nathalie Vandeperre. Mais en fait, les étages ne sont accessibles que par un escalier en colimaçon en bois, c'est tout simplement dangereux pour les visiteurs. " Il y a toutefois une lueur d'espoir que que ces bâtiments puissent rouvrir leurs portes d'ici quelques années. Deux bureaux travaillent à une étude préparatoire pour la restauration, annonce Johan Vanderborght. Nous espérons pouvoir démarrer les travaux du Pavillon chinois en juin 2019, et ceux de la Tour japonaise fin de cette année. On en profitera pour moderniser l'électricité et la ventilation. Nous prévoyons un budget de 1,8 million d'euros. "Mais dans quel état est l'intérieur des bâtiments ? " Pour conserver l'intérieur, les bâtiments restent chauffés ", souligne Johan Vanderborght. Quid des trous actuels dans les fenêtres ? " Ils auraient dû être immédiatement recouverts de panneaux de bois ", réagit Johan Vanderborght, effaré. " Les choses bougent, mais cela ne se voit pas encore de l'extérieur, assure Nathalie Vandeperre. Ce n'est pas une ruine complète. " La Régie des bâtiments a déjà effectué plusieurs fois des travaux sur le site. L'extérieur de la Tour japonaise a été repeint en 2008, par exemple. Et les recommandations des restaurateurs pour la conservation de l'intérieur des bâtiments ont toutes été suivies. " Le gouvernement bruxellois se fait néanmoins des soucis. Le ministre-président Rudi Vervoort (PS), qui a aussi le patrimoine dans ses attributions, a lancé en octobre de l'année dernière une procédure de classement pour les trois bâtiments. Le parc du Pavillon chinois est déjà classé depuis 1997 pour ses arbres remarquables. " Mais les bâtiments n'étaient effectivement pas encore protégés, entérine le porte-parole de Rudi Vervoort. Ce patrimoine d'une valeur exceptionnelle est en danger. Il se trouve dans un état extrêmement préoccupant. La procédure de classement va permettre d'impliquer les Monuments et Sites dans la restauration. Nous pourrions ainsi avoir un droit de regard sur les études et travaux prévus. " Quant à savoir si cela accélérera la restauration, la question reste ouverte. " Du fait de la procédure de classement, les études comme les travaux doivent recevoir l'aval des Monuments et Sites, fait remarquer Johan Vanderborght. Cela peut avoir une influence sur le calendrier des travaux. " Le ministre-président Rudi Vervoort n'est pas non plus convaincu que les Musées d'Extrême-Orient vont rouvrir rapidement après la restauration. " Nous savons que le gouvernement fédéral n'est pas pressé d'investir dans les grands musées fédéraux ", observe son porte-parole. Depuis 2013, les Musées royaux d'Art et d'Histoire ont dû accepter une forte réduction de leur subvention publique et de leur personnel. L'institution voudrait ouvrir de nouvelles salles dans le musée du Cinquantenaire et travaille à un master plan pour repenser tout l'agencement et ce, alors qu'elle doit encore économiser 2 % de plus par an jusqu'en 2019. Pourtant, la directrice générale ad interim, Alexandra De Poorter, serait toute disposée à détacher à nouveau du personnel à Laeken après la restauration, pour que les Musées d'Extrême-Orient redeviennent accessibles aux visiteurs. " Nous espérons avoir d'ici la réouverture des éclaircissements quant à la manière dont nous pouvons organiser tout cela ", avance-t-elle avec prudence. Zuhal Demir (N-VA), secrétaire d'Etat à la Politique scientifique et en charge du musée, est en faveur de la réouverture. " L'ensemble du site est d'une importance historique et patrimoniale énorme, fait-elle savoir par l'entremise de sa porte-parole. Il va sans dire qu'il doit être à nouveau accessible au public le plus rapidement possible. " Sur la question de la présentation de la collection, Nathalie Vandeperre reste floue. " Nous sommes en train de repenser tous les circuits dans l'ensemble du musée. Nous allons peut-être créer un lien avec d'autres collections. Nous ne sommes pas obligés de faire la même chose qu'il y a 10 ans. Mais la première exigence est de réparer le contenant, avant de pouvoir lui rendre un contenu. "Par Wim Ver Elst.