Hormis une étude allemande limitée de 2008, c'est la première fois qu'une réponse scientifique est apportée à la question du lien entre les prix de l'électricité et les performances économiques.
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Hormis une étude allemande limitée de 2008, c'est la première fois qu'une réponse scientifique est apportée à la question du lien entre les prix de l'électricité et les performances économiques. Entre 2008 et 2015, les chercheurs Gert Bijnens, Joep Konings et Stijn Vanormelingen ont rassemblé des données de 24 secteurs et de dix pays dotés d'une économie similaire d'un point de vue technologique. Ils ont calculé l'élasticité des prix de l'électricité par rapport à la création d'emplois et aux investissements. Une baisse de 10% du prix de l'électricité entraînerait une croissance de 3% des emplois et de 6% des investissements. "Il s'agit fort probablement d'une sous-estimation", affirment Gert Bijnens et Joep Konings. "Nous n'avons pas tenu compte de la création d'emplois indirecte. Pour faire simple: si une usine de production de voitures électriques vient s'installer en Belgique, ces emplois sont pris en compte dans l'étude, mais pas ceux créés chez un fabricant de batteries ou dans l'Horeca." Les scientifiques n'ont pas non plus pris en compte le fait que, en moyenne, l'industrie belge consomme davantage d'électricité que son pendant dans les autres pays. Pourtant, la perte d'emplois dans les secteurs électro-intensifs (sidérurgie, raffinerie, papier, chimie) est plus élevée que dans ceux où l'électricité représente une part moindre des coûts globaux (construction mécanique, électronique, habillement et tabac). Gert Bijnens: "les études montrent en outre que les emplois dans l'industrie sont "meilleurs" pour les personnes concernées, qui perçoivent un salaire plus élevé par exemple."Chaque année, Deloitte calcule, à la demande de Febeliec, le handicap énergétique dont souffrent les industriels belges. Ceux-ci paient entre 10,5% et 34% de plus pour l'électricité que leurs voisins. "La suppression de cet écart au moyen d'une baisse de prix de 30% permettrait de créer 36.000 emplois et de générer 1,5 milliard d'euros d'investissements." "Le gouvernement répète sans arrêt son mantra "jobs, jobs, jobs". La balle est dans son camp et la voie du but est libre; il ne lui reste qu'à la pousser au fond des filets", estime Luc Sterckx, président de Febeliec. "Une diminution de 10% de la facture d'électricité représente, pour toute l'industrie, 200 à 250 millions d'euros par an. Et cette somme pourrait être compensée par les cotisations sociales, les recettes TVA plus élevées, etc." Luc Sterckx cite l'exemple de la société pharmaceutique GSK qui, il y a deux ans, a annoncé que son site de Wavre était passé à côté d'un investissement en raison des prix élevés de l'électricité, bien que les dépenses liées à celle-ci ne soient pas la principale source de coûts. C'est pourquoi Febeliec plaide depuis des années pour l'introduction d'une norme énergétique, un système dans lequel les prix de l'énergie, à l'instar des charges salariales, ne peuvent excéder ceux des pays voisins. Bien que cette norme figure dans l'accord de gouvernement aussi bien au niveau flamand qu'au fédéral, son exécution est restée lettre morte jusqu'à présent. Peter Claes et Luc Sterckx imputent cette situation à l'appréhension, qui règne au sein des partis politiques depuis la débâcle de la Turteltaks, d'un déplacement des charges. En effet, si les entreprises paient moins, ce sont les particuliers qui devront régler la différence. Le gouvernement veut en outre traduire sa vision dans un seul pacte énergétique, de la sortie du nucléaire aux réseaux de chaleur en passant par la norme énergétique. Cependant, aucun accord politique n'a encore pu être trouvé à ce sujet. "La norme énergétique constitue néanmoins une condition préalable nécessaire, quelle que soit la décision prise concernant le système énergétique de l'avenir."