Un "tremblement de terre"

La décision de Twitter de suspendre "de façon permanente" le compte personnel du président républicain (88 millions d'abonnés) est "un tremblement de terre", estime auprès de l'AFP l'universitaire Florence G'sell, spécialiste du droit numérique.

Une mesure unilatérale justifiée par un "risque de nouvelles incitations à la violence" deux jours après l'assaut du Capitole par ses partisans, rapidement suivie par Facebook, Instagram et Snapchat, et qui a provoqué une pluie de réactions à l'échelle mondiale, relançant le débat sur la puissance et la régulation des géants du net.

Et les critiques ne sont pas venues que des partisans du président républicain.

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé "problématique" cette éviction des principales plateformes numérique, a indiqué lundi son porte-parole. "Il est possible d'interférer dans la liberté d'expression, mais selon les limites définies par le législateur, et non par la décision d'une direction d'entreprise", a-t-il ajouté. "La régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l'oligarchie numérique elle-même", a déploré le ministre français de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire.

L'opposant russe Alexeï Navalny a dénoncé - sur Twitter - "un acte de censure" basé sur "l'émotion et des préférences politiques". Kate Ruane de la puissante association américaine de défense des droits civiques ACLU a elle estimé "que tout le monde devrait s'inquiéter quand ces entreprises ont le pouvoir de retirer des personnes de leurs plateformes qui sont devenues indispensables à l'expression de milliards d'individus".

"11 septembre des réseaux sociaux"

Le commissaire européen Thierry Breton, qui a présenté mi-décembre deux projets européens de législation pour tenter de mettre fin aux dérives des géants du numérique, a de son côté comparé la décision de Twitter à un "11 septembre des réseaux sociaux".

Depuis leur création, les réseaux sociaux se sont toujours abrités derrière la Section 230 du "Communications Decency Act" de la législation américaine, qui empêche les poursuites judiciaires liées aux contenus publiés par des tiers et les exonère de responsabilité civile et pénale en ne retenant que leur rôle d'hébergeur.

"Le dogme de la section 230, qui est le dogme sur lequel les réseaux sociaux ont constitué leur force depuis 2000 (...) vient de s'effondrer, et c'est un monument qui s'effondre dans l'espace informationnel", a déclaré le commissaire européen lundi. "Pour la première fois dans l'histoire des réseaux sociaux, cet acte reconnaît donc par ceux qui sont les principaux acteurs qu'ils ont une responsabilité éditoriale".

"C'est une censure encadrée par les conditions générales" des réseaux sociaux, dont ces derniers restent seuls maîtres, nuance l'avocate spécialiste du numérique Christiane Féral-Schuh. "Aux Etats-Unis, le 1er amendement protège les citoyens américains contre toute atteinte à leur liberté d'expression, mais la Cour Suprême a également considéré que les acteurs privés pouvaient modérer comme ils le voulaient leurs espaces de discussions", rappelle-t-elle, interrogée par l'AFP.

Quel encadrement législatif?

"Cela donne une justification totale à ce que nous avons fait depuis un an, cette régulation des réseaux sociaux (...) qui répond très précisément à ce type de questions. Et si jamais elle était mise en oeuvre, jamais ce qui s'est passé aux Etats-Unis n'aurait pu se produire", a assuré M. Breton lundi auprès de journalistes.

"Les textes législatifs ne suffiront pas à réguler le problème", estime au contraire Christiane Féral-Schuhl. "Il y a un problème transnational et on a besoin de collaborer avec ces acteurs, sous le contrôle a posteriori du juge, puis de faire appliquer ces décisions à l'intérieur de nos frontières".

Reste donc à savoir ce que fera l'administration Biden, après une audition particulièrement tendue en novembre des fondateurs de Facebook et Twitter au Sénat américain, autour de la désormais fameuse "section 230."

Pour Florence G'sell, "ce qui est prévu en Europe et qui pourrait beaucoup intéresser les Américains, c'est de mettre en place une procédure dans la mise en oeuvre des décisions de modération, une faculté de contestation de ces décisions, et la possibilité de saisir une instance tierce pour régler le litige".

Pour cela "il faut légiférer" en Europe comme aux Etats-Unis, et "clarifier quel régime s'applique aux responsables politiques, mais aussi plus largement à tous les acteurs du débat public", explique-t-elle. "Je pense que les plates-formes sont prêtes à collaborer. Mais il ne faut pas être naïf, il y a des enjeux financiers énormes, elles ont beaucoup profité de la polarisation".

Ménage sur Twitter, Parler déconnecté, le réseau social Gab explose

Le réseau social Gab a profité de la suspension de plusieurs comptes Twitter, dont celui du président Donald Trump, et de la mise hors ligne de son rival Parler pour gagner des centaines de milliers d'abonnés ces dernières heures, ont affirmé lundi ses dirigeants.

Environ "600.000 à 700.000" internautes s'inscrivent actuellement chaque jour sur la plateforme, a indiqué Andrew Torba, co-fondateur et directeur général de ce réseau social créé en août 2016, dans une vidéo postée lundi... sur Twitter.

Gab a enregistré plus de 40 millions de visiteurs uniques sur la semaine écoulée, a-t-il ajouté, soit le quadruple de son trafic total de décembre, selon le site SimilarWeb.

Le site, dont le nom signifie "bavardage" en anglais, n'a pas communiqué de total d'abonnés à date. Sollicité par l'AFP, son responsable technique, Fosco Marotto, n'a pas immédiatement donné suite.

Dans son dernier rapport annuel, publié en avril 2019, Gab, basé en Pennsylvanie, disait compter plus de 900.000 abonnés. "C'est notre heure", s'est réjoui Andrew Torba dans une autre vidéo postée vendredi sur Twitter. "C'est notre tour de briller."

Depuis minuit lundi, heure de Californie (08H00 GMT), le principal concurrent de Gab sur son créneau de la liberté d'expression sans restriction, Parler, a été mis hors ligne.

Cette suspension a suivi la décision d'Amazon de couper l'accès de Parler à ses serveurs, après que Google et Apple eurent retiré l'application de leurs plateformes de téléchargement d'applications.

Andrew Torba a affirmé être en contact avec l'entourage de Donald Trump en vue de lui ouvrir un véritable compte sur Gab, que la plateforme a déjà préparé. Il n'y a pour l'instant qu'un compte reprenant ses messages existants sur Twitter, fort d'1,1 million d'abonnés.

Tout comme Parler, Gab s'est imposé comme un refuge pour les partisans de Donald Trump et plus largement les tenants de la droite dure, même s'il récusait toute étiquette politique.

La plateforme avait notamment été mise en accusation après que l'extrémiste Robert Bowers y avait posté plusieurs messages haineux avant d'attaquer, en octobre 2018, une synagogue de Pittsburgh et de faire 11 victimes.

Gab avait alors été privé d'accès aux serveurs de GoDaddy.com, qui l'hébergeait jusque-là. Il ne lui avait fallu qu'une semaine pour revenir en ligne.

Selon Andrew Torba, la plateforme n'est aujourd'hui plus sous la menace d'une suspension car totalement indépendante.

Gab "protège l'expression légale" et écarte les propos incitant à la violence, ainsi que les contenus pornographiques, a-t-il affirmé dans plusieurs vidéos postées ces derniers jours.

Selon le New York Times, des manifestants présents mercredi à Washington se seraient coordonnés et galvanisés notamment via Gab. Une affirmation qu'a réfutée Andrew Torba. "Ils essayent de présenter Gab comme un endroit où la violence est organisée, ce qui est absolument faux", a-t-il martelé. "Nous n'avons aucune tolérance pour la promotion de la violence."

Un "tremblement de terre" La décision de Twitter de suspendre "de façon permanente" le compte personnel du président républicain (88 millions d'abonnés) est "un tremblement de terre", estime auprès de l'AFP l'universitaire Florence G'sell, spécialiste du droit numérique.Une mesure unilatérale justifiée par un "risque de nouvelles incitations à la violence" deux jours après l'assaut du Capitole par ses partisans, rapidement suivie par Facebook, Instagram et Snapchat, et qui a provoqué une pluie de réactions à l'échelle mondiale, relançant le débat sur la puissance et la régulation des géants du net.Et les critiques ne sont pas venues que des partisans du président républicain.La chancelière allemande Angela Merkel a jugé "problématique" cette éviction des principales plateformes numérique, a indiqué lundi son porte-parole. "Il est possible d'interférer dans la liberté d'expression, mais selon les limites définies par le législateur, et non par la décision d'une direction d'entreprise", a-t-il ajouté. "La régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l'oligarchie numérique elle-même", a déploré le ministre français de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire. L'opposant russe Alexeï Navalny a dénoncé - sur Twitter - "un acte de censure" basé sur "l'émotion et des préférences politiques". Kate Ruane de la puissante association américaine de défense des droits civiques ACLU a elle estimé "que tout le monde devrait s'inquiéter quand ces entreprises ont le pouvoir de retirer des personnes de leurs plateformes qui sont devenues indispensables à l'expression de milliards d'individus". "11 septembre des réseaux sociaux"Le commissaire européen Thierry Breton, qui a présenté mi-décembre deux projets européens de législation pour tenter de mettre fin aux dérives des géants du numérique, a de son côté comparé la décision de Twitter à un "11 septembre des réseaux sociaux".Depuis leur création, les réseaux sociaux se sont toujours abrités derrière la Section 230 du "Communications Decency Act" de la législation américaine, qui empêche les poursuites judiciaires liées aux contenus publiés par des tiers et les exonère de responsabilité civile et pénale en ne retenant que leur rôle d'hébergeur."Le dogme de la section 230, qui est le dogme sur lequel les réseaux sociaux ont constitué leur force depuis 2000 (...) vient de s'effondrer, et c'est un monument qui s'effondre dans l'espace informationnel", a déclaré le commissaire européen lundi. "Pour la première fois dans l'histoire des réseaux sociaux, cet acte reconnaît donc par ceux qui sont les principaux acteurs qu'ils ont une responsabilité éditoriale"."C'est une censure encadrée par les conditions générales" des réseaux sociaux, dont ces derniers restent seuls maîtres, nuance l'avocate spécialiste du numérique Christiane Féral-Schuh. "Aux Etats-Unis, le 1er amendement protège les citoyens américains contre toute atteinte à leur liberté d'expression, mais la Cour Suprême a également considéré que les acteurs privés pouvaient modérer comme ils le voulaient leurs espaces de discussions", rappelle-t-elle, interrogée par l'AFP.Quel encadrement législatif? "Cela donne une justification totale à ce que nous avons fait depuis un an, cette régulation des réseaux sociaux (...) qui répond très précisément à ce type de questions. Et si jamais elle était mise en oeuvre, jamais ce qui s'est passé aux Etats-Unis n'aurait pu se produire", a assuré M. Breton lundi auprès de journalistes."Les textes législatifs ne suffiront pas à réguler le problème", estime au contraire Christiane Féral-Schuhl. "Il y a un problème transnational et on a besoin de collaborer avec ces acteurs, sous le contrôle a posteriori du juge, puis de faire appliquer ces décisions à l'intérieur de nos frontières".Reste donc à savoir ce que fera l'administration Biden, après une audition particulièrement tendue en novembre des fondateurs de Facebook et Twitter au Sénat américain, autour de la désormais fameuse "section 230."Pour Florence G'sell, "ce qui est prévu en Europe et qui pourrait beaucoup intéresser les Américains, c'est de mettre en place une procédure dans la mise en oeuvre des décisions de modération, une faculté de contestation de ces décisions, et la possibilité de saisir une instance tierce pour régler le litige".Pour cela "il faut légiférer" en Europe comme aux Etats-Unis, et "clarifier quel régime s'applique aux responsables politiques, mais aussi plus largement à tous les acteurs du débat public", explique-t-elle. "Je pense que les plates-formes sont prêtes à collaborer. Mais il ne faut pas être naïf, il y a des enjeux financiers énormes, elles ont beaucoup profité de la polarisation".