Il ne fait aucun doute que Michael O'Leary a voulu provoquer les patrons d'aéroport avec sa dernière idée: des tickets gratuits. Il a évoqué l'idée à Londres, lors d'un congrès de gestionnaires d'aéroport qu'il a voulu amuser et bousculer. "J'ai cette vision que d'ici cinq à 10 ans, les tarifs de Ryanair seront gratuits. Dans ce cas, les vols seront pleins et on gagnera de l'argent en partageant les revenus des aéroports générés par les dépenses des voyageurs dans leurs boutiques et leurs restaurants."
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Il ne fait aucun doute que Michael O'Leary a voulu provoquer les patrons d'aéroport avec sa dernière idée: des tickets gratuits. Il a évoqué l'idée à Londres, lors d'un congrès de gestionnaires d'aéroport qu'il a voulu amuser et bousculer. "J'ai cette vision que d'ici cinq à 10 ans, les tarifs de Ryanair seront gratuits. Dans ce cas, les vols seront pleins et on gagnera de l'argent en partageant les revenus des aéroports générés par les dépenses des voyageurs dans leurs boutiques et leurs restaurants." Les aéroports ont toujours avancé que les revenus commerciaux leur permettaient de modérer les redevances comptées aux compagnies. Ryanair suit un autre raisonnement, qui n'est pas sans fondement. Les aéroports, en particulier ceux des capitales, génèrent d'importantes recettes commerciales dopées par la multiplication des magasins (30 à 40 % des revenus, parkings compris). Et les clients de ces magasins sont, en fait, attirés par les compagnies aériennes, lesquelles ne bénéficient d'aucun retour. Au contraire : alors que le prix des tickets diminue, les redevances facturées par les aéroports tendent à augmenter. Les patrons des compagnies aériennes (et pas seulement Michael O'Leary) sont de plus en plus tendus sur le sujet. Le patron de Ryanair, qui ne déteste pas la caricature, a qualifié les gestionnaires d'aéroport, devant qui il s'exprimait à Londres, de "bandits de grand chemin qui voient les ventes des commerces et des restaurants augmenter avec le nombre des passagers. Tout cela sur le dos d'un Irlandais pauvre et stupide qui attire tous ces gens à des tarifs de plus en plus bas." Ryanair n'est pourtant pas la compagnie la plus mal placée dans la relation avec les aéroports. Elle s'est développée en négociant des tarifs très bas et même des subsides (modérés par la Commission européenne) auprès d'aéroports régionaux (dont Charleroi). La compagnie a aussi une forte expérience de partage de revenus en encaissant des commissions sur les locations de voitures et réservations d'hôtels réalisées sur son site web. Elles sont comptabilisées dans les revenus hors tickets, les recettes "ancillaires", qui représentent 20 % des ventes. Ryanair espère d'ailleurs les porter à 30 % en 2020. Les aéroports ne vont pas se précipiter pour partager leurs recettes avec Ryanair et bousculer leur business model. Mais certains seront sans doute tentés par une promesse de croissance. Il devient de plus en plus difficile de négliger une compagnie devenue numéro un européen, qui prévoit 119 millions de passagers pour l'exercice 2017 (clôturé fin mars), et 200 millions en 2024. Ryanair fera tout pour "monnayer" sa position auprès des aéroports, pour baisser les redevances et, si possible, grapiller au passage une part des revenus commerciaux. Le ticket sera peut-être parfois gratuit, mais le café et la pizza à l'aéroport pourraient coûter plus cher.