Touring et Proximus ont frappé un grand coup en lançant un service appelé ConnectMy.car, destiné aux voitures de sociétés. Il capte les données du moteur et enregistre le comportement du véhicule pour mieux détecter les problèmes techniques et analyser la conduite du véhicule. Le dispositif propose aussi de convertir le signal 3G/4G du réseau mobile Proximus en service wi-fi.
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Touring et Proximus ont frappé un grand coup en lançant un service appelé ConnectMy.car, destiné aux voitures de sociétés. Il capte les données du moteur et enregistre le comportement du véhicule pour mieux détecter les problèmes techniques et analyser la conduite du véhicule. Le dispositif propose aussi de convertir le signal 3G/4G du réseau mobile Proximus en service wi-fi. Ce n'est pas le seul service de suivi des voitures de société. TomTom en propose plusieurs, directement ou pour des entreprises de location ou de distribution de voitures. Le loueur ADL envisage de proposer cette option à ses clients " au troisième ou quatrième trimestre de cette année ". " Dans les années qui viennent, il y aura un avalanche de nouvelles applications dans ce domaine ", assure son administrateur délégué pour la Belgique, Horsten Miel. Même Coyote s'intéresse à ce marché. Des services de télémétrie existent depuis plus de 15 ans pour les véhicules utilitaires, lourds ou légers. Ils permettent aux gestionnaires de flotte de savoir où sont les véhicules, de gérer le temps de travail du personnel, de scruter le style de conduite - y compris les excès de vitesse - et de mieux gérer la consommation. Ils peuvent aussi analyser les tachygraphes pour évaluer les temps de conduites restants, élément précieux pour organiser les livraisons en respectant les réglementations. La transposition de ce type de services à la voiture de société répond à divers besoins, comme le suivi du profil de conduite (agressive, douce), qui peut déboucher sur des primes d'assurances réduites. Les loueurs sont aussi intéressés par une vue en temps réel de la santé technique des véhicules, afin d'en prévenir les pannes. "Pour le moment, c'est encore un marché marginal, d'environ 1 à 2 % pour les voitures. En comparaison, 30 à 40 % du parc des véhicules utilitaires a recours à la télémétrie", indique George de Boer, leader of connected car initiatives chez TomTom, qui équipe actuellement plus de 720.000 véhicules, en majorité des utilitaires. Il y a deux raisons qui expliquent pourquoi ces dispositifs sont peu utilisés pour les flottes de voitures de société. D'une part, il y a la protection de la vie privée (au moins pour l'usage privé du véhicule) et, d'autre part, le coût du service. Le suivi d'un véhicule nécessite l'installation d'un matériel spécifique et la souscription d'un abonnement au service de télémétrie. " Il est plus difficile d'obtenir un abonnement mensuel pour ce type de service sur une voiture de société, notamment car elles roulent moins que les utilitaires, explique George de Boer. Le gain économique est moindre, le monitoring doit être bon marché. Toutefois, le coût de ce type de service recule avec le développement des technologies. " Hier, la télémétrie d'un véhicule imposait la pose d'un boîtier spécial doté d'une puce GPS, d'une carte SIM. Aujourd'hui, un smartphone peut suffire. Une appli peut établir un profil de conduite en utilisant le capteur GPS et l'accéléromètre, et ensuite envoyer les données sur un réseau mobile. Le service peut être amélioré en recourant à un dongle, une clé à brancher sur la prise de diagnostic du véhicule (port OBD) - dont le coût de production est modeste - et qui est relié au smartphone par Bluetooth. Une entreprise anversoise, en collaboration avec Coyote, a mené une expérience sur une flotte d'une vingtaine de voitures équipées de boîtiers. Un accord a été conclu entre les conducteurs et leur employeur : le coût des véhicules (location et assurance) sera revu à la baisse à condition que la conduite ne soit pas agressive et que les conducteurs respectent les limitations de vitesse. C'est la société Coyote qui fournit à l'employeur les rapports de conduite et les statistiques sur les dépassements de vitesse. " Le service a été lancé sur une base volontaire, et il y avait beaucoup de demandes ", assure Vincent Hebert, CEO de Coyote Benelux. Sur le plan technique, le dispositif est simple : il n'y a que le boîtier Coyote, bien connu du grand public, qui intègre une puce GPS et une carte SIM, l'abonnement et une facturation du service par Coyote. Dans le cas du service Touring Proximus, le dispositif est plus complexe : le smartphone est couplé à un dongle, un boîtier branché sur le port OBD, dont sont équipés tous les véhicules. Ce petit boîtier va capter les données techniques de la voiture pour en détecter ou prévenir les pannes. Il contient une carte SIM branchée sur le réseau Proximus, et une puce wi-fi pour fournir l'accès à Internet aux personnes transportées dans le véhicule. Le tout revient à 20 euros par mois. L'obstacle du respect de la vie privée paraît rédhibitoire pour certains gestionnaires de flotte, comme Jean-Marie Lejeune, président de l'Association francophone des fleet managers (AFFM), qui gère le parc de CMI. " Ce type de suivi risque d'être mal perçu par les conducteurs, assure-t-il. Pour les véhicules techniques et de livraisons, cela se justifie, le patron est en droit de savoir où se trouvent ses techniciens. Mais, pour une voiture de société avec une part d'usage privé, c'est autre chose. La géolocalisation est un sujet délicat. " Tous les fournisseurs de service de tracking cherchent la parade et proposent des avantages pour attirer le client. Le dispositif lancé par Coyote joue sur le coût moindre des assurances et de la location du véhicule. L'employeur peut rétrocéder une part de ce gain aux conducteurs, lesquels ne sont pas géolocalisés par l'employeur. Dans le service décrit plus haut, Coyote fournit à ce dernier un rapport sur les dépassements de vitesse mais ne lui fournit pas les données sur les déplacements. La vie privée est ainsi protégée. Le service de Touring et de Proximus, ConnectMy.car, cherche aussi à amadouer le conducteur en avançant des avantages comme l'accès au wi-fi dans la voiture (2 Gb par mois). Le dispositif est plus large que celui de Coyote. Il inclut cinq services : un suivi de conduite qui peut détecter si la voiture est pilotée plus ou moins dynamiquement, la transmission en temps réel des paramètres du moteur, le relevé des kilomètres à usage professionnel, le wi-fi et l'assistance Touring qui peut être demandée via le dispositif. L'employeur disposera donc de plus d'informations sur l'usage du véhicule. " Le conducteur peut choisir de déconnecter certains services s'il ne veut pas être détecté, avance Lorenzo Stefani, qui participe à la commercialisation du service pour Touring. Mais ce dispositif peut relever tous les cas de dépassement de vitesse, avec le lieu, la vitesse atteinte et la durée du dépassement. " Le niveau des informations partagées avec le fleet manager dépendra de l'accord conclu dans le cadre de la car policy. ConnectMy.car en est encore à ses premiers pas : le service est testé par une trentaine d'utilisateurs de Touring et de Proximus depuis deux mois. Il sera étendu à un essai pilote clientèle de 250 voitures en juin. Il est prévu d'y adjoindre d'autres services (comme le paiement des parkings) destinés à attirer les conducteurs. TomTom cherche à calmer les inquiétudes. " Quand on parle de télémétrie, on pense à des systèmes de track and trace, de géolocalisation, précise George de Boer. Mais ce n'est pas la localisation qui est la plus importante pour les sociétés de leasing, elles sont plus intéressées par les informations sur l'état technique du véhicule. Il y a moyen de développer un service où la géolocalisation reste privée. Au niveau de l'entreprise, les managers de flottes ont en moyenne 250 voitures à gérer, ils n'ont pas le temps de s'inquiéter de savoir qui est où. "Parmi les loueurs, ALD, un des principaux acteurs du marché belge, se prépare à proposer une option de suivi des flottes de voitures de société à ses clients. " Nous avons acquis une expérience dans d'autres marchés comme la Grande- Bretagne, où les entreprises ont des responsabilités légales sur l'usage des véhicules ", avance Horsten Miel, general manager d'ALD. Les entreprises britanniques doivent s'assurer que les conducteurs des véhicules d'entreprise roulent de manière sûre et que tout a été fait pour éviter des accidents, ce qui a légitimé plus tôt l'usage de dispositifs de monitoring embarqués. " La perception dépend des pays. En Autriche ou en Allemagne, ce type de service est plus difficile à proposer, car la protection de la vie privée est encore plus sensible que chez nous. Mais on observe des changements dans la perception, notamment avec le développement de l'Internet des objets. " Le service touche 15.000 véhicules en Grande-Bretagne.ALD espère lancer un service (optionnel) d'ici la fin de l'année. Avec tous les arguments déjà développés plus haut : suivre en temps réel l'état technique de la voiture pour prévenir les pannes, mais également le profil de conduite et la consommation afin d'optimiser les budgets carburants. Et la localisation ? " Nous ne savons pas si cela sera inclus dans le service, nous devons encore effectuer une analyse légale ", précise Horsten Miel. TomTom Telematics, de son côté, tâte le marché en développant des services à l'attention des fleet managers, comme celui conclu avec BP pour le suivi de la consommation de véhicules de flottes. Il propose aux assureurs un service pour suivre des véhicules et développer des assurances à l'usage et selon le profil de risque de conduite, qui peuvent servir aux particuliers comme aux flottes. Qui est le demandeur ou le bénéficiaire de ces services de suivi embarqué ? Cela peut-être le gestionnaire de la flotte, qui va chercher un fournisseur de services. Ou aussi le loueur, qui peut proposer à ses clients de partager certaines données. L'objectif final est de réduire les coûts : carburant, réparations, remplacement des pièces d'usure (pneus, plaquettes), assurance. Pour que ça marche, l'employeur ne devra pas se montrer trop invasif au niveau de la géolocalisation, et les avantages devront être suffisants pour attirer les conducteurs. " On peut les aider à trouver une place de parking et à mieux gérer leurs parcours ", avance Horsten Miel. Ce qui signifie que les services pourrait intégrer une navigation intelligente. George de Boer, de TomTom, estime que le succès de ces services " va dépendre de la valeur ajoutée perçue par le conducteur. S'ils ne sont pas assez bons ou assez faciles à utiliser, le business case ne peut réussir. " Ces dispositifs, bien réglés, peuvent aussi avoir un effet sur le nombre d'accidents. Lorsque les conducteurs ont conscience que leur conduite est observée, les plus agressifs tendent à rouler de manière plus douce. Le loueur LeasePlan a mené plusieurs études sur des flottes connectées et constaté que le suivi des véhicules entraînait une baisse des accidents. En 2015, une observation faite sur 7.000 véhicules connectés (75 % de voitures) avait montré un recul de 12 % des constats d'accident et de 8 % de la consommation. Une autre, réalisée en Italie, sur 16.000 voitures équipées en télémétrie, montrait que le nombre d'accidents reculait de quasiment un tiers. De quoi redorer l'image de la voiture de société.