En 1917, dans le feuilleton littéraire Les Aventures scientifiques du baron de Münchausen d'Hugo Gernsback, l'aristocrate narrateur envoie aux Terriens des messages depuis Mars. Sur la " planète rouge ", il trouve des cubes géants en métal ajouré, suspendus au-dessus du sol - ce sont les centrales grâce auxquelles les Martiens purifient l'air en éliminant le CO2 de l'atmosphère. Ces installations paraissent étranges, mais le baron se demande : " Dans combien de temps devra-t-on purifier l'air de l'atmosphère terrestre à cause des centrales à charbon ? ".
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En 1917, dans le feuilleton littéraire Les Aventures scientifiques du baron de Münchausen d'Hugo Gernsback, l'aristocrate narrateur envoie aux Terriens des messages depuis Mars. Sur la " planète rouge ", il trouve des cubes géants en métal ajouré, suspendus au-dessus du sol - ce sont les centrales grâce auxquelles les Martiens purifient l'air en éliminant le CO2 de l'atmosphère. Ces installations paraissent étranges, mais le baron se demande : " Dans combien de temps devra-t-on purifier l'air de l'atmosphère terrestre à cause des centrales à charbon ? ". Ce moment est arrivé... il y a probablement 100 à 200 ans. Malgré les avancées en matière d'énergies renouvelables, il semble que la quantité de CO2 produite au cours du siècle à venir entraînera une hausse des températures sur Terre de 1,5 °C par rapport à l'époque préindustrielle. Cette augmentation pourrait même dépasser 2 °C. Si l'on en croit l'accord de Paris adopté en 2015, c'est trop : les Etats du monde entier se sont engagés à la limiter, de préférence à 1,5 °C, en tout cas à 2 °C maximum. Pour atteindre cet objectif, les modèles climatiques exigent que bien avant la fin du 21e siècle les humains sachent éliminer de l'atmosphère les milliards de tonnes de CO2 qu'ils y ont envoyées. Ces interventions de grande ampleur ont pour nom la géo-ingénierie. Les élus répugnent à s'y intéresser depuis longtemps, mais ils doivent maintenant s'en préoccuper plus sérieusement. Doper les mécanismes de la Terre permettant d'éliminer le carbone dans l'atmosphère (notamment la photosynthèse) peut contribuer aux " émissions négatives " qu'exige l'accord de Paris. Mais l'ensemble de la planète ne peut être recouvert de forêts. Ainsi, si les humains choisissent la géo-ingénierie pour purifier l'atmosphère, il est probable qu'ils se tournent à terme vers des technologies capables d'extraire directement le CO2 de l'air. Ces dernières années, deux entreprises - l'une canadienne et l'autre suisse - ont construit des centrales pilotes. Pour l'instant, elles en capturent quelques tonnes par jour seulement, et non les millions indispensables pour une bonne gestion du climat. Espérer que ce mode de géo-ingénierie se développe pour résoudre le paradoxe du traité de Paris est problématique. Tant que cette technique nécessaire reste floue, il est très facile d'invoquer puis de reporter la prise de décisions. Les dirigeants doivent admettre qu'ils parient sur des dispositifs dont la mise en oeuvre et les effets secondaires restent inconnus pour l'instant. Mais ils doivent aussi reconnaître l'espoir - et les dangers - que suscite une autre forme de géo-ingénierie : le refroidissement de la planète grâce à l'augmentation de la lumière solaire qu'elle renvoie dans l'espace, en éclaircissant certains types de nuages ou en injectant dans la stratosphère une fine couche de particules similaires à celles qu'on observe après une éruption volcanique. Des chercheurs de Harvard ont l'intention de lancer en 2018 les premières expériences dans la stratosphère pour déterminer les effets physiques et chimiques potentiels d'un tel voile de particules. Parmi les réponses au changement climatique, ces méthodes sont exceptionnelles, car elles offrent un moyen de contrer rapidement les incidences des gaz à effet de serre qui se trouvent déjà dans l'atmosphère. Elles pourraient nous dépanner sans délai pendant les décennies ou les siècles nécessaires à la réduction des émissions, qui sont le problème sous-jacent. Elles contribueraient aussi à contenir les pics de température, qui provoquent la majorité des dégâts dus au réchauffement climatique. Mais l'état des discussions sur la géo-ingénierie solaire est quasiment à l'opposé de celui sur les émissions négatives. Les technologies de géo-ingénierie solaire n'ont pas été discrètement intégrées aux stratégies de lutte contre le changement climatique, les bénéfices que l'on peut en tirer ont donc été minimisés et l'accent a uniquement été mis sur les risques qu'elles font courir à la plantète : elles modifieraient les régimes de précipitations, ainsi que les températures moyennes et maximales. Si une telle manipulation du climat n'est pas conçue correctement, ou si elle ne se passe pas comme prévu, la vie des gens s'en trouvera gravement dégradée au lieu d'être légèrement améliorée. C'est inquiétant, car ce type d'action pourrait parfaitement être mis en oeuvre par un pays ou un groupe de pays de façon à n'avantager qu'eux-mêmes. Ces périls potentiels ont poussé certains à exiger l'interdiction du déploiement de ces techniques. Mais ce serait sous-estimer les véritables risques liés au réchauffement climatique. Il vaudrait mieux examiner sérieusement les avantages et les inconvénients de la géo-ingénierie mis en lumière par les évaluations, notamment le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) à propos du réchauffement planétaire de 1,5 °C, qui sera publié en 2018. Ces questions doivent aussi être intégrées aux débats stratégiques, notamment au " dialogue de facilitation " qui sera organisé par l'ONU en vue d'honorer l'accord de Paris. Ces objectifs ont peu de chances d'être atteints sans de nouvelles mesures telles que les émissions négatives. Trouver les moyens les plus efficaces et justes d'y parvenir nécessitera peut-être encore d'autres initiatives innovantes. Mais, en l'absence de débat franc et détaillé, nous ne le saurons probablement jamais. Par Oliver Morton.