Deux enfants jouent dans le jardin qui borde une imposante demeure. Rachel vient de trouver la pointe d'une vieille flèche. Bruce, son copain de jeux, vole soudainement le trophée de la jeune fille aux cheveux bruns et court se cacher dans un coin du jardin. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds. Il tombe lourdement au fond d'un puits désaffecté et réveille des centaines de chauves-souris. L'enfant est tétanisé.
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Deux enfants jouent dans le jardin qui borde une imposante demeure. Rachel vient de trouver la pointe d'une vieille flèche. Bruce, son copain de jeux, vole soudainement le trophée de la jeune fille aux cheveux bruns et court se cacher dans un coin du jardin. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds. Il tombe lourdement au fond d'un puits désaffecté et réveille des centaines de chauves-souris. L'enfant est tétanisé. " Pourquoi tombons-nous, Bruce ? ", demande son père après l'avoir secouru. Le petit garçon ne répond pas. " Pour mieux apprendre à nous relever ", conclut Thomas Wayne. De sa peur des chauves-souris, le petit garçon en tirera une force. Il deviendra Batman, un des super-héros les plus populaires de la culture américaine. Un héros incarné plusieurs fois à l'écran. Notamment par Christian Bale, dans le film Batman Begins, sorti en 2005. Fred Colantonio ne poursuit pas encore les gangsters de la cité ardente. Ce Liégeois conseille les entreprises et les organisations depuis plus de 10 ans. Ses pouvoirs : la communication, les réseaux sociaux, le coaching et l'entrepreneuriat. Il vient de rentrer de Montréal lorsque nous le rencontrons. Il s'apprête déjà à repartir pour Nantes où il poursuit son cycle de conférences. Des talks où il aborde ce sujet qui nous touche tous profondément : nos échecs. Il en a d'ailleurs tiré un livre : Rebondir sur l'échec pour mieux réussir(1). Ce criminologue de formation s'intéresse aux héros plutôt qu'aux criminels. " Le métier du criminologue, c'est de regarder le comportement d'un individu au sein d'un groupe. Et de voir ce que fait cet individu pour sortir du rang, dévier, voire de devenir un délinquant ", explique Fred Colantonio. Il s'attaque dès lors à faire l'exercice inverse. Sur base de sa grille de lecture criminologique, il décide d'analyser les comportements des individus qui sortent positivement des rangs. Qui réussissent. Il s'intéresse très vite à ces grandes figures mondiales à qui le succès semble acquis. Il tente de déterminer les raisons qui expliquent de tels parcours. Il conclut cette analyse criminologique en 2012 en développant une méthode d'attitude à adopter pour réussir professionnellement : l'attitude des héros. Mais Fred Colantonio ne s'arrête pas là. " La plupart du temps, on place des gens qui ont une trajectoire hors norme sur un piédestal ", constate-t-il. Ces stars du business, du sport ou des arts ont une vie tellement hors du commun que l'on ne s'y identifie plus. " Or ce que j'ai découvert en m'intéressant à Richard Branson, Steve Jobs, Thomas Edison, James Dyson, Warren Buffet, Elon Musk, etc., est que finalement, ils ont un parcours très accidenté. Ils ont des hauts et des bas ", poursuit-il. Fred Colantonio montre donc à quel point ces stars sont finalement très humaines. Qu'elles sont responsables de leur parcours. " Personne ne se chargera de notre réussite à notre place. On n'est pas toujours responsable de ce qui nous arrive, mais bien de ce que l'on en fait. Nous sommes responsables de notre trajectoire ", martèle-t-il. Echouer est encore mal vu en Europe. Contrairement aux Etats-Unis. A travers ce livre, Fred Colantonio souhaite relativiser cette notion d'échec. Non pas la glorifier, mais la dédramatiser. " Dès que l'on veut sortir de la route principale pour créer sa propre voie, on est nécessairement confronté à l'adversité ", explique-t-il. Et les difficultés apparaissent même lorsque l'on reste dans sa zone de confort. " Qu'on le veuille ou non, il y a des moments où l'on trébuche. On n'apprend pas à marcher du premier coup. L'échec n'est pas un diplôme, c'est un point de passage ", martèle-t-il. Pour Fred Colantonio, il y a deux perceptions majeures de l'échec : la spirale négative ou l'attitude constructive. " Dans la spirale négative, l'échec est vécu comme un cul-de-sac. Un événement dont tu ne te relèves pas. Un stigmate à vie ", explique le Liégeois. L'échec peut aussi être une source d'enseignement pour la suite de notre histoire. Il peut être l'occasion de rebondir, nous emmener vers d'autres aventures, rencontrer d'autres personnages, connaître de nouveaux succès et de nouveaux échecs. Cette attitude constructive caractérise les héros. Pas uniquement ceux de la finance, de l'entrepreneuriat, du sport ou du showbiz, mais aussi ceux de nos entreprises, de nos organisations, de nos villes, de nos villages, de notre rue. Pour Fred Colantonio, être un héros est à la portée de tous. Mais comment sortir de cette spirale négative et adopter une attitude constructive ? L'auteur propose trois leviers pour passer de l'un à l'autre et ainsi rebondir. " On ne peut savoir que l'on a échoué que si on avait fixé un objectif ", explique-t-il. Autrement dit : si on ne définit pas notre niveau d'exigence, on ne connaît pas de limites. On ne sait donc pas s'en approcher ou les dépasser. L'échec est une occasion de revoir nos objectifs. Et pas forcément à la baisse. On peut par exemple poser des étapes intermédiaires. " Si je veux courir un marathon, je dois peut-être commencer par 10 kilomètres puis par un semi-marathon. La destination finale n'a pas changé, mais la manière d'y parvenir est différente ", poursuit le criminologue. Un échec peut aussi nous amener à changer d'objectif. Qu'est-ce que je souhaite pour la suite ? Il n'est pas nécessaire d'échouer pour clarifier notre degré d'exigence. On peut faire cet exercice à tout moment. Après un échec, il est important de faire le point sur ses forces et ses faiblesses. " Dans le processus d'absorption du choc, c'est capital ", clame Fred Colantonio. C'est ce que les psychologues appellent la résilience. " Dans notre rapport à l'échec, la résilience consiste à survivre au revers, surmonter l'épreuve et revenir à qui nous sommes en intégrant l'impact subi, écrit-il dans son livre. Miser sur ses forces permet de stopper l'hémorragie. " Lorsqu'un échec survient, on a tendance à croire que l'on a échoué partout. Que l'on est un raté. On généralise notre échec à l'ensemble de notre vie. Or, nous n'avons peut-être échoué que dans notre travail, que dans ce dossier précis, que dans notre vie de famille, que dans cette relation. Mettre les choses à plat permet d'accepter que l'on a échoué là mais que l'on réussit aussi ici. On relativise donc les événements qui nous arrivent. On prend conscience que l'on doit travailler nos faiblesses et miser sur nos forces pour rebondir. " Quand on gagne, on est généralement heureux de le partager. Aucun échec ne mérite d'être vécu seul. Parce que c'est là que l'on a le plus besoin des autres. C'est quand on est vulnérable ", explique Fred Colantonio. Il faut donc veiller à bien s'entourer. S'éloigner des personnes toxiques, qui se nourrissent de notre malheur. Et se rapprocher de celles qui croient en notre potentiel. S'entourer de personnes positives. (1) "Rebondir sur l'échec pour mieux réussir", éditions L'attitude des Héros, 2017. Disponible sur www.lattitudedesheros.com, 15 euros.