Fiat Chrysler (FCA) avait proposé lundi au constructeur français une "fusion entre égaux" pour former le numéro 3 mondial de l'industrie automobile.

La proposition avait été saluée par les marchés et l'Etat français, mais des points cruciaux restent à régler et le dialogue se poursuit entre les deux entreprises. La valorisation des deux parties reste à négocier et Paris réclame des garanties notamment sur la gouvernance et l'emploi.

"Le conseil d'administration se réunira mardi", a indiqué Renault à l'AFP. Il s'agira d'approuver ou non l'ouverture de négociations exclusives avec FCA.

Lundi dernier, les administrateurs avaient déjà décidé à l'unanimité sauf l'abstention d'un représentant syndical "d'étudier avec intérêt l'opportunité d'un tel rapprochement".

FCA a assuré que la fusion ne se traduirait par aucune fermeture de sites de production, tout en évoquant des synergies annuelles supérieures à 5 milliards d'euros.

Le groupe, qui pèserait plus de 30 milliards d'euros en bourse, produirait 8,7 millions de véhicules par an.

- Siège à Amsterdam -

Si on y ajoute les volumes de Nissan et Mitsubishi, alliés japonais de Renault, le nouvel ensemble produirait près de 16 millions de véhicules par an, loin devant ses poursuivants Volkswagen et Toyota (environ 10,6 millions chacun).

La nouvelle entité serait détenue à 50% par les actionnaires du constructeur italo-américain et à 50% par ceux de Renault. Elle serait cotée à Paris, New York et Milan. Son siège serait installé à Amsterdam (Pays-Bas).

John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, l'emblématique président de Fiat, et actuel président de FCA, serait pressenti pour devenir président de la nouvelle entité, tandis que Jean-Dominique Senard, actuel président de Renault, deviendrait président exécutif.

Nissan, dont Renault détient 43% du capital, avait écarté il y a quelques semaines un projet d'intégration plus avancé avec le constructeur français.

Pris de court par le projet de fusion entre Renault et FCA, Nissan (qui détient 15% de Renault mais sans droit de vote) aborde "avec prudence" le dossier, selon des sources japonaises. Mais il semble favorable aux partages de technologies avec FCA.

M. Senard, présent cette semaine à Tokyo avec le directeur général de Renault, Thierry Bolloré, a tenté de rassurer son allié de 20 ans, avec qui les relations se sont détériorées depuis l'affaire des malversations présumées de l'ancien patron de Renault, Carlos Ghosn.

- Doute -

L'Etat français, premier actionnaire de Renault, avec 15% du capital, a affiché son soutien au rapprochement avec Fiat Chrysler.

Ce projet "est une réelle opportunité pour Renault et pour l'industrie automobile française", a déclaré vendredi à l'AFP le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.

Mais il a souligné qu'il "veillera(it) au strict respect de quatre conditions: le respect de l'alliance Renault Nissan, la préservation des emplois et des sites industriels, une gouvernance équilibrée et la participation du futur groupe au projet européen de batterie électrique".

Depuis lundi, des voix se sont élevées pour mettre en doute la réalité des synergies calculées par Fiat Chrysler ou critiquer un rapprochement qui ne valoriserait pas suffisamment le groupe Renault.

La proposition financière de FCA "semble équitable, elle a été approuvée par le conseil d'administration. C'est à prendre ou à laisser, et rapidement !", a lancé une source dans l'entourage du groupe turinois, citée par le quotidien Les Echos.

Selon des sources proches du dossier, cette sortie, qui a créé le trouble à Paris, serait une maladresse de communication. "Ce type de proposition est forcément négociable", souligne une personne bien informée des discussions en cours.

Autre élément troublant: le patron de FCA, Mike Manley, a vendu mardi des actions du groupe pour 3,46 millions de dollars (3,1 millions d'euros) alors que le titre flambait au lendemain de l'offre d'alliance avec Renault. Un porte-parole de FCA a assuré qu'il s'agissait pour lui de "couvrir des dépenses personnelles".