Les rues commerçantes belges semblent envahies par les enseignes néerlandaises. Nous étions déjà habitués à Zeeman, Blokker, Hema et autres Kruidvat, mais la tache d'huile néerlandaise semble s'agrandir de plus en plus. Pensez à Scotch & Soda et Dille & Kamille (qui vient d'ouvrir une seconde enseigne à Bruxelles après avoir ouvert en juin dernier sa première boutique en Wallonie). Et cette année, la boutique lifestyle Sissy-Boy ouvre quatre nouveaux magasins, la chaîne de vêtements Men at Work deux, et Albert Heyn compte déjà plus de quarante supermarchés en Flandre. Le nouveau concept de lunettes amstellodamois Ace & Tate débarquera en Belgique à la mi-octobre. Tout comme la boutique multimarques tendance We are Labels. Sur internet, les sites Bol.com et Flinders cartonnent en Flandre. En plus, pratiquement toutes les boutiques de la Veldstraat à Gand et du Meir à Anvers sont aux mains de grands propriétaires néerlandais.

Un accueil aimable

Les Belges se laissent-ils marcher sur les pieds? Comment les boutiques néerlandaises réussissent-elles à conquérir le coeur des clients belges ? Pas en étant le moins cher en tout cas. Les prix de Colruyt sont toujours plus bas que ceux d'Albert Heyn. Or, le grand épicier néerlandais souffle des clients à ses concurrents belges. Et malgré l'image négative des Hollandais en Belgique, Albert Heijn ne cache pas son ADN néerlandais.

"Une enquête approfondie a démontré que les Belges apprécient l'accueil dans les magasins néerlandais: un salut aimable à l'entrée et une attention et une aide personnelle sincère. Pour les Belges, cela peut sembler envahissant, mais nous le faisons dans nos magasins et cela fonctionne", raconte Kevin Vonckx, manager marketing pour Albert Heijn Belgique.

En outre, les Belges seraient attirés par la nouveauté, séduits par la garantie de goût - "si vous n'aimez pas, on vous rembourse"- proposée par la chaîne de supermarché.

Il y a des raisons historiques à l'esprit entreprenant hollandais. Depuis le seizième siècle, les Pays-Bas sont une véritable nation de commerce. En 1620, il y avait déjà 2600 magasins à Amsterdam. Cet esprit d'entrepreneur a transformé les Néerlandais en bons négociateurs. Ils sont flexibles et très bons en service clientèle.

Originalité

Les commerces néerlandais proposent parfois une offre un peu plus originale que leurs homologues belges. Bloomon est un bon exemple : un service d'abonnement très flexible qui livre des bouquets originaux à domicile. L'entreprise s'est mise à livrer dans les grandes villes flamandes en 2016. "Les gens attendaient vraiment notre service. Nous avons eu immédiatement un grand nombre d'abonnés. Évidemment, en Belgique il y avait déjà des sociétés qui livraient des fleurs à domicile. Mais chez nous, vous choisissez la fréquence. Et nous réalisons des bouquets un peu sauvages. Une petite enquête nous a révélé que c'est le style que préfèrent les clients belges", explique Monique Reinhold, la responsable en communication de Bloomon qui livre en Flandre et dans de grandes parties de Bruxelles. Tout comme pour les autres acteurs en ligne néerlandais, le service est excellent. La société livre en soirée et si le client est absent, elle dépose le bouquet de fleurs dans un seau d'eau à l'arrière ou chez un voisin.

Les chaînes néerlandaises déjà présentes sur le territoire belge essaient également de se renouveler. Présente depuis 1984 en Belgique, la chaîne Hema dissocie pour la première fois son offre de ce qu'elle fait aux Pays-Bas. "Plus qu'avant, on voit que chaque marché est unique et nécessite une approche personnalisée. Sur le plan de l'offre, mais aussi du marketing. C'est pourquoi nous avons vendu des objets à l'effigie des Diables rouges et nous menons ne campagne avec des blogueurs belges", explique-t-on chez Hema.

Iris De Feijter