En Europe, 2019 sera une année électorale. Voilà qui tombe bien car les exportateurs ont un message clair à transmettre aux autorités européennes. D'après la nouvelle édition du baromètre Credendo /Trends-Tendances consacré à l'export, 87 % des entreprises belges invitent l'Union à prendre des mesures pour se défendre face aux décisions protectionnistes du président américain Donald Trump. Cela représente une progression de 10 points par rapport au précédent baromètre sur le sujet, en 2017.

Les entreprises considèrent que la faiblesse politique de l'Union européenne est l'une des principales causes de l'instabilité croissante à travers le monde, juste derrière la politique de Donald Trump mais largement devant le terrorisme international ou la Russie de Poutine. Ce positionnement résonne comme un appel franc à une affirmation plus énergique de l'Europe dans le débat planétaire. " La plupart des grandes entreprises du continent ont une représentation à Bruxelles, précise Bénédicte Wilders, directrice " Internationalisation " chez hub.brussels, l'agence bruxelloise pour l'accompagnement des entreprises. Elles rencontrent régulièrement les autorités européennes et peuvent faire passer ce genre de messages. "

Les sciences du vivant demeurent le secteur le plus porteur en termes d'exportation. La biotechnologie (+4 %) et la pharmacie (+9 %) creusent même leur avance sur les autres secteurs économiques, par rapport au baromètre 2017.

Cela étant, Bénédicte Wilders insiste sur le fait que réclamer des " mesures " ne signifie pas forcément des " représailles ". " Une économie ouverte comme la nôtre n'a rien à gagner d'une escalade protectionniste ", explique-elle. " Une guerre commerciale, c'est du lose-lose, renchérit Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB. Certes, chacun doit défendre ses intérêts mais, en veillant à rester constructif, à l'image du président de la commission Jean-Claude Juncker quand il a rencontré Donald Trump cet été. "

Les premières conséquences des mesures protectionnistes américaines se font en tout cas ressentir : 17 % des entreprises belges disent en subir déjà un impact négatif. La proportion grimpe jusqu'à 37 % pour celles qui réalisent plus de 75 % de leur chiffre d'affaires à l'export. Et 80 % des entreprises craignent une intensification des politiques protectionnistes qui affecterait le commerce international dans les prochains mois.

Bénédicte Wilders © belgaimage

Un Brexit qui reste loin

L'autre source d'inquiétude commerciale en Europe, c'est bien entendu le Brexit. Mais faut-il vraiment parler " d'inquiétude " ? Moins de 40 % des répondants pensent que le Brexit sera effectif au printemps prochain comme prévu. Et à peine 11 % ont adapté leurs plans d'exportation en fonction de cette sortie du Royaume-Uni de l'Europe. Les chiffres sont à peine meilleurs pour les plus gros exportateurs. " C'est interpellant, estime Nabil Jijakli, deputy CEO de Credendo. Nous sommes à quelques mois de l'échéance et les entreprises ne s'y préparent pas ou très peu. C'est incroyable. On parle quand même de notre quatrième partenaire commercial. " Il s'attend toutefois à une accélération de la prise de conscience dans les dernières semaines, à l'image de ce que nous avons vécu lors du passage à la monnaie unique.

Nabil Jijakli © Pg

" Beaucoup d'entreprises ne se rendent pas bien compte de tous les impacts du Brexit, ajoute Bénédicte Wilders. Les accords bilatéraux avec nos partenaires commerciaux intègrent souvent un critère d'origine européenne des produits. Si les composants qui viennent du Royaume-Uni ne sont plus repris dans le calcul, certains produits risquent de passer sous le seuil requis pour être reconnus comme d'origine européenne. Combien ? C'est difficile à déterminer mais il y aura des traces. Quand je vois que 61 % des entreprises affirment que le Brexit n'aura pas d'impact sur elles, nous ne sommes pas loin du déni. " Les agences régionales et le SPF Economie multiplient pourtant les actions pour tenter de conscientiser les entreprises. Il existe notamment un " Brexit Scan " qui permet d'évaluer les impacts on line.

Pieter Timmermans se montre un peu moins alarmiste sur ce point. Il est convaincu que les secteurs potentiellement les plus touchés (textile, machine et équipement, pharmacie) suivent la question de très près et informent leurs membres. " Notre demande fondamentale envers les autorités politiques est de réaliser le Brexit à une date fixe et clairement annoncée, dit-il. Nous préférons un basculement d'un coup à des petits accords d'année en année qui obligeraient chaque fois les entreprises à s'adapter. "

Prise de conscience climatique

Notre enquête le montre : 81 % des entreprises s'attendent à devoir de toute façon naviguer dans un monde de plus en plus instable. La proportion est même légèrement supérieure (84 %) parmi les entreprises qui n'exportent pas, ainsi que chez les francophones (86 %). " Mais la source de cette instabilité planétaire n'est pas celle qu'on aurait imaginée il y a encore quelques années, souligne Nabil Jijakli. Dans l'enquête, les entreprises en imputent en effet la responsabilité d'abord aux Etats-Unis, notre allié et très gros partenaire commercial, et à l'Europe elle-même. "

En troisième place, on trouve le dérèglement climatique, pointé par 40 % des répondants. " Une prise de conscience, que je qualifierais de salutaire ", commente le deputy CEO de Credendo. Cela tend à confirmer l'importance croissante des préoccupations environnementales dans les entreprises, peut-être plus encore que dans l'ensemble de la société. Beaucoup d'entre elles ont investi pour réduire leurs consommations d'énergie et de matières premières. " Elles sont aussi à la pointe du côté des solutions, ajoute Bénédicte Wilders. C'est aussi un défi positif, qui ouvre des parts de marché. Dans nos missions économiques, nous mettons de plus en plus en avant le secteur de la construction durable ou de la gestion des déchets par exemple. Aujourd'hui, il est bien plus qu'une niche. "

L'irruption des nouvelles technologies n'est, elle, pas vraiment considérée comme un facteur d'instabilité (19 % des entreprises la citent). Mais attention à ne pas en tirer des conclusions trop hâtives : cela signifie-t-il que les entreprises ne s'en soucient guère (un peu comme pour le Brexit) ou, au contraire, qu'elles sont déjà bien armées pour suivre les rapides évolutions de ce secteur ? Pour l'heure, la question est ouverte.

La banque, premier partenaire

Autre leçon de notre baromètre : afin de promouvoir leurs exportations, les entreprises misent d'abord sur leur site internet (56 %), les foires et salons (44 %), la prospection sur place (32 %) ou les réseaux sociaux (23 %). De manière assez étrange, les scores de tous ces outils marketing sont à la baisse par rapport à nos enquêtes précédentes. On notera également que les missions économiques classiques restent très prisées du côté francophone (23 %) mais pas du tout du côté flamand (10 %).

Le premier partenaire des entreprises exportatrices est la banque (30 %, +5 % depuis 2016) devant les agences régionales (24 %, -7 % depuis 2016). " Les banques ont mené pas mal de campagne pour les attirer, constate Bénédicte Wilders. Je ne vois pas cela comme une concurrence mais bien un outil complémentaire pour le soutien aux exportateurs.

Notre accompagnement est plutôt géographique. Et le leur, davantage financier. Il arrive d'ailleurs que leurs aides soient garanties par des produits publics. Les banques sont présentes dans les missions économiques, nous organisons des séminaires ensemble. Les entreprises ont besoin de l'ensemble des soutiens. " On notera toutefois que 39 % des répondants affirment ne recevoir aucune aide publique pour l'expansion de leurs exportations...

Enquête en ligne réalisée par Roularta du 17 septembre au 17 octobre 2018. 946 cadres d'entreprises (dont 42 % de CEO) ont répondu au questionnaire.

17%

La proportion d'entreprises belges estimant déjà ressentir les effets des mesures protectionnistes américaines.