La Route du Rhum est probablement à la voile en solitaire ce qu'est la Coupe du Monde au football. Organisée tous les quatre ans, elle est le grand rendez-vous à ne pas manquer pour les fans de navigation. En novembre prochain, Jonas Gerckens, un skipper belge, en prendra le départ. Mais avant d'y arriver, la route sera encore longue. La préparation du sportif sera évidemment cruciale, mais être au meilleur de sa forme ne sera peut-être pas l'étape qui lui aura demandé le plus d'énergie. Car pour Jonas Gerckens, être skipper ce n'est pas uniquement chercher les meilleurs vents et la trajectoire parfaite, c'est aussi gérer son projet de A à Z. Et cela commence par la recherche de sponsors, indispensables soutiens pour financer son périple. " Il faut compter au moins 250.000 euros pour s'engager en GP2. C'est le minimum, mais cela peut monter bien plus haut ", glisse d'emblée Jonas Gerckens, qui a également un oeil attentif sur toutes les étapes qui précèdent le départ. Développement du bateau, recherche du meilleur équipement, il est responsable de tout. " Il faut être un véritable chef d'entreprise et porter de nombreuses casquettes, ajoute le navigateur. Skipper, c'est une dizaine de métiers. "
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La Route du Rhum est probablement à la voile en solitaire ce qu'est la Coupe du Monde au football. Organisée tous les quatre ans, elle est le grand rendez-vous à ne pas manquer pour les fans de navigation. En novembre prochain, Jonas Gerckens, un skipper belge, en prendra le départ. Mais avant d'y arriver, la route sera encore longue. La préparation du sportif sera évidemment cruciale, mais être au meilleur de sa forme ne sera peut-être pas l'étape qui lui aura demandé le plus d'énergie. Car pour Jonas Gerckens, être skipper ce n'est pas uniquement chercher les meilleurs vents et la trajectoire parfaite, c'est aussi gérer son projet de A à Z. Et cela commence par la recherche de sponsors, indispensables soutiens pour financer son périple. " Il faut compter au moins 250.000 euros pour s'engager en GP2. C'est le minimum, mais cela peut monter bien plus haut ", glisse d'emblée Jonas Gerckens, qui a également un oeil attentif sur toutes les étapes qui précèdent le départ. Développement du bateau, recherche du meilleur équipement, il est responsable de tout. " Il faut être un véritable chef d'entreprise et porter de nombreuses casquettes, ajoute le navigateur. Skipper, c'est une dizaine de métiers. " Elu récemment meilleur marin belge de l'année 2017, le sportif nourrit de belles ambitions. Spécialiste des courses en classe Mini, il s'est récemment lancé en classe 40, la catégorie supérieure. Il espère déjà y briller lors de sa première participation à la célèbre course française. " Le meilleur résultat belge est 14e, explique Jonas Gerckens. Pour moi, cela sera le minimum syndical. Une place dans le top 5 est un objectif réaliste. " Une ambition sportive qui a de quoi attirer les sponsors. Toutefois, le marin dispose d'autres arguments, notamment la réputation de son sport. Epargnée par les scandales, la voile a la cote auprès des entreprises à la recherche de visibilité. Les droits télévisés étant libres, les courses sont ainsi largement diffusées et reprises dans les journaux du monde entier. Les chiffres sont d'ailleurs plutôt surprenants. Pour le dernier Vendée Globe, outre les deux millions de visiteurs assistant au départ, plus de 600 journalistes étaient présents sur les quais de Saint-Malo. Une médiatisation qui devrait être comparable pour la prochaine Route du Rhum. Le sportif pourra donc espérer un large intérêt des médias, notamment belges. " Le fait d'avoir un représentant de son pays dans une épreuve reine d'un sport suscite toujours de l'intérêt. Je n'y connais rien en curling, mais si la Belgique était représentée aux Jeux olympiques, je m'y intéresserais forcément. Il suffit de voir l'engouement derrière le tireur Lionel Cox, lors de sa médaille à Londres, en 2012 ", explique Jonas. Un intérêt qui s'est d'ailleurs vérifié lors de l'annonce de sa participation à la Route du Rhum, l'info ayant été relayée sur la plupart des médias du pays. Pour attirer les sponsors, le marin met également l'accent sur le projet qu'une entreprise peut construire autour de cette participation. " On souhaite qu'avant le début de la course, l'investissement pour me soutenir soit rentabilisé par tout ce que nous mettons en place, explique le skipper. La visibilité, c'est le bonus. " Il propose ainsi des conférences, des visites sur son bateau et des séances de team building. " Il y est possible de faire beaucoup de parallèles entre la course en voile et la vie d'entreprise. Les valeurs comme le courage, l'aventure, le dépassement de soi sont des thématiques que l'on retrouve dans les deux cas. " Différents arguments qui ont déjà convaincu plusieurs sociétés. A quelques mois de la course, Jonas Gerckens a ainsi pu signer plusieurs contrats, mais espère élargir son soutien. " Nous n'avons pas encore la somme souhaitée, mais je participerai à la course de toute façon. Disons que tout sponsor supplémentaire me permettra de vivre une course plus confortable ", sourit le skipper. Si l'intérêt grandit autour de ce sport, les sommes dont il est question sont encore bien loin de celles en jeu dans d'autres disciplines. Le dernier vainqueur du Vendée Globe a ainsi touché 100.000 euros. Une somme à diviser entre toute l'équipe, soit une trentaine de personnes. Autant dire pas grand-chose. De son côté, Jonas Gerckens est l'un des rares Belges à pouvoir vivre de sa passion. Il estime ses revenus à 1.500 euros net par mois. " On dit souvent que pour devenir millionnaire avec la voile il faut être milliardaire ", plaisante le skipper, qui ne se plaint pas pour autant de sa situation. " Ce n'est pas spécialement une mauvaise chose. Cela permet de garder un esprit sain dans le sport. " Parmi ses sponsors, le skipper pourra compter sur Volvo, une entreprise qui a pris l'habitude de soutenir son sport. " C'est celui dans lequel nous sommes le plus actif avec le golf ", explique René Aerts Jr., le directeur des relations publiques de Volvo pour la Belgique. La marque dispose d'ailleurs de sa propre course, la Volvo Ocean Race, l'une des compétitions par équipe parmi les plus réputées au monde. Rachetée au début des années 1970 par la société, elle est aujourd'hui un véritable outil de communication. " Lorsqu'ils l'évoquent, les skippers parlent de 'la Volvo' pour la désigner ", explique fièrement René Aerts Jr. Organisée tous les trois ans, cette course en équipe se déroule en plusieurs étapes, avec systématiquement une belle visibilité pour la marque. Celle-ci explique attirer ainsi 2,4 millions de visiteurs lors des différents départs et arrivées pour une couverture télévisée de plus de 7.600 heures. En Belgique, Volvo est également un sponsor connu des skippers. La société est ainsi partenaire de la fédération francophone de voile, d'Emma Plasschaert et de la médaillée olympique Evi Van Acker. Pour son partenariat avec Jonas Gerckens, la marque s'est engagée pour trois ans. " On ne souhaite pas préciser à quel niveau, mais disons que l'investissement dépasse les 100.000 euros ", sourit le responsable. Un contrat qui ne pourrait d'ailleurs être qu'un début. " Nous pensons déjà à plus long terme, pourquoi pas sur cinq ans ", ajoute René Aerts Jr., visiblement conquis par ce sport. " Nous nous associons parfaitement aux valeurs de la voile, souligne encore le responsable marketing. Nous trouvons plus de sens à soutenir un sport comme celui-là plutôt que la Formule 1, malgré que l'on soit un constructeur automobile. " Si Jonas Gerckens attire des sponsors connaisseurs de sa discipline, il est également parvenu à convaincre des entreprises plus inattendues dont Circus, une société spécialisée dans les paris sportifs. " Nous sommes actifs, en matière de sponsoring, dans le foot et le cyclisme, explique Thomas Dusart, directeur marketing de Circus. Le foot, parce qu'il représente la majorité des paris et le cyclisme parce qu'il est excellent en matière de création de notoriété. La voile, avec un événement populaire comme la Route du Rhum, est aussi un bon moyen de toucher un public très large. " Peu connaisseur du milieu, le responsable se lance prudemment dans cette aventure. " Nous avons signé pour une année d'abord, le temps de voir où on met les pieds, mais la collaboration pourrait très bien se renouveler par la suite ", précise Thomas Dusart, qui espère avoir flairé le bon coup, comme il y a peu. "Nous nous étions lancés de manière assez semblable, l'année dernière, en soutenant l'équipe cycliste Wanty-Gobert. Ils ont finalement participé au Tour de France et étaient dans presque toutes les échappées. Avec notre logo placé juste au-dessus des fesses des coureurs, nous étions sur toutes les télés. Notre retour sur investissement était environ de 20 fois notre mise ", sourit le responsable. Il faudra attendre fin novembre pour savoir si la voile de Jonas Gerckens suscite autant l'intérêt que le bas du dos des cyclistes. Par Arnaud Martin..