Et un nouveau visage chez Electrabel. A 67 ans, le Belge Johnny Thijs, ancien patron de bpost, vient d'être nommé à la présidence du CA de la filiale belge d'Engie. Il remplace à ce poste la CEO de l'énergéticien français, Isabelle Kocher, qui se retire définitivement d'un conseil d'administration désormais majoritairement composé de Belges.
...

Et un nouveau visage chez Electrabel. A 67 ans, le Belge Johnny Thijs, ancien patron de bpost, vient d'être nommé à la présidence du CA de la filiale belge d'Engie. Il remplace à ce poste la CEO de l'énergéticien français, Isabelle Kocher, qui se retire définitivement d'un conseil d'administration désormais majoritairement composé de Belges. Qu'est-ce qui explique cette volonté d'Engie de " belgiciser " le pilotage d'Electrabel ? " Ils se sont rendu compte qu'envoyer des Parisiens à Bruxelles, ce n'est peut-être pas la meilleure approche pour convaincre ", déclare Johnny Thijs dans une longue interview accordée au Soir le week-end dernier. Mais l'homme précise : " Je ne veux pas être le mandaï des Français. (...) Ne me demandez pas de vendre un dossier aux autorités belges qui ne soit pas en même temps dans l'intérêt de ce pays ". Des propos qui font sourire un fin connaisseur du secteur. " Johnny Thijs sera le lobbyiste en chef d'Engie en Belgique ", dit-il. Pour cet observateur, il n'est absolument pas anodin qu'Engie soit allé choisir son poulain au nord du pays. " Le seul parti encore favorable à la prolongation des centrales, c'est la N-VA, rappelle-t-il. Et puis la menace de black-out qu'Electrabel va agiter aura bien plus de poids en Flandre, où le tissu industriel est plus important. Johnny Thijs a de très bons relais politiques ainsi qu'une vaste connaissance des milieux d'affaires. " Dans son interview au Soir, le nouveau président d'Electrabel commence d'ailleurs déjà son boulot. " On a frôlé le black-out l'hiver dernier, et Electrabel a fait des miracles pour sauver le pays. Il ne faut pas rêver : on ne va pas pouvoir répéter cela chaque année. C'est aux responsables politiques de faire ce qu'il faut. " Comprenez : prolonger trois réacteurs pendant " plutôt 20 ans que 10 ( la sortie du nucléaire est programmée chez nous entre 2022 et 2025, Ndlr). Si on le fait, il faut investir 1,3 milliard pour les mettre à niveau car les normes de sécurité évoluent. Alors autant bénéficier de cet investissement pendant 20 ans ". Ecolo a réagi à cette sortie, insistant pour que le programme de démantèlement soit respecté. L'expert en énergie de l'ULiège, Damien Ernst, expliquait quant à lui sur les ondes de La Première que si " l'argument avancé de la sécurité d'approvisionnement est faux, sur le fond, le fait de prolonger les centrales est une bonne idée pour plusieurs raisons : 8 millions de tonnes de CO2 évitées par an, des emplois sauvegardés dans la filière électronucléaire, etc. Il faudrait avoir la décence de dire que l'on n'arrête pas les investissements dans le nucléaire tant que nous n'avons pas complètement décarboné notre économie ". D'après notre connaisseur, l'enjeu pour Engie résiderait toutefois ailleurs. " Le groupe voudrait être débarrassé du passif nucléaire, dit-il. Les provisions nucléaires destinées à gérer les déchets ne sont déjà pas suffisantes, et la mission de Johnny Thijs sera de réduire cette réserve et de faire peser le plus possible ce risque sur le dos de l'Etat belge. "