Le géant de l'e-commerce à nouveau dans la tourmente. Cette fois, Amazon n'est pas épinglé pour les conditions de travail de ses employés, mais pour ses pratiques de gestion des stocks. Un reportage choc de l'émission Capital, diffusé la semaine passée par M6, a révélé que la firme de Jeff Bezos jette, dans ses cinq entrepôts français, des quantités impressionnantes de produits invendus. Le journaliste, qui a infiltré les entrepôts de Chalon-sur-Saône (entre Dijon et Lyon), a mis au jour un système complet de destruction de produits neufs aussi variés que des jouets, des couches pour bébés, des télévisions, etc. Il s'agirait essentiellement de produits stockés par Amazon pour le compte de vendeurs tiers. D'après des estimations de source syndicale, pas moins de 3,2 millions d'objets neufs auraient été détruits par la firme alors qu'ils étaient tout à fait vendables.

La raison de cette pratique pour le moins troublante à l'heure où le monde fait face aux défis écologiques et tente de généraliser le recyclage et les pratiques d'économie circulaire ? Comme de nombreuses entreprises, Amazon veut " optimiser " ses espaces de stockage. Pour bien comprendre, il faut savoir que la firme propose plusieurs types de produits en vente sur son site : ceux qu'il vend lui-même pour son propre compte, ceux de vendeurs tiers qui les gardent chez eux et les expédient eux-mêmes, et ceux de vendeurs tiers qui les confient à Amazon. La firme américaine propose en effet un service baptisé " expédié par Amazon " qui permet aux commerçants de vendre sur Amazon sans devoir gérer les stocks et les envois. Mais ce dernier service n'est pas gratuit : les vendeurs tiers s'acquittent de " frais de traitement " sur chaque produit vendu ainsi que d'un abonnement sur le stockage des produits dans les centres de distribution d'Amazon. Le prix de cette " location d'espace " ne s'élève qu'à 26 euros par mètre cube par mois lors du premier semestre du contrat. Mais lorsque la location s'étend au-delà de six mois, Amazon parle de location " longue durée "... et les montants de location explosent : 500 euros par mètre cube par mois passé ces six mois... et 1.000 euros par mois au-delà d'un an. Pour éviter de débourser des montants élevés de location ou des frais de rapatriement de leurs produits, les vendeurs ont la possibilité d'ordonner à Amazon la destruction desdits produits... Pour certains, il est donc plus intéressant d'abandonner leurs produits que de les récupérer... ou de les donner.

La firme de Jeff Bezos a réagi sur Twitter au sujet de cette polémique. Elle minimise la pratique : " Seule une petite fraction des produits invendus est détruite, la grande majorité est recyclée, revendue, retournée ou donnée ". Et elle met la destruction de produits sur le dos de la réglementation française : " En ce qui concerne les donations des vendeurs tiers de la marketplace, les règlementations en vigueur relatives à la TVA imposent que les vendeurs s'acquittent de la TVA sur les donations, ce qui n'est pas économiquement viable. "