C'est par exemple le cas de Xavier Lépine, le président du directoire de La Française, une société de gestion d'actifs boursiers. Il propose d'indexer la rémunération des PDG sur les réductions de CO2. En d'autres mots, il propose de donner un bonus aux PDG écolos ! L'idée est plutôt séduisante: après tout, les PDG des grandes sociétés cotées en Bourse ont quasi tous un incitant salarial, mais uniquement basé sur des résultats financiers. Alors pourquoi ne pas ajouter à ces objectifs purement financiers, des objectifs de réductions de CO2 ?

Pour sauver le climat, il ne faut pas récompenser les attitudes moins déviantes, mais plutôt faire le pari de l'innovation

Le souci avec ce genre d'idée, c'est que si elle apparaît bonne, voire excellente à première vue, elle est hélas vite reléguée aux oubliettes, car elle comporte quelques vices à la base (1).

Première remarque: peut-on moralement donner un bonus financier uniquement à des PDG de sociétés très polluantes ou très émettrices de CO2, simplement parce qu'elles vont moins polluer ?

Deuxième remarque: rémunérer le PDG de la société polluante est injuste, car les fournisseurs de cette société - qui eux ne sont pas cotés en Bourse - seront également sollicités pour faire un effort, mais seront privés de cette rémunération !

Troisième remarque: ne va-t-on pas entrer dans une sorte de dérive qui consiste à vouloir tout récompenser ? Est-il moral de rétribuer un comportement "normal" qui consiste donc à essayer de moins polluer notre planète ? Après tout, note Vincent Auriac, président de Axylia (1), "les fonctionnaires, les chirurgiens et les enseignants ne touchent pas non plus de bonus". Ils font leur job tout simplement.

En réalité, ce qu'il faut surtout faire, c'est inciter et récompenser les comportements disruptifs comme celui d'Elon Musk, le fameux patron de Tesla. Il n'a pas eu besoin de bonus pour réduire les émissions de CO2 de ses voitures. Et pour cause: avec la fabrication de ses voitures électriques, il a joué à fond la carte de la disruption économique. Ce qu'il faut donc, ce n'est pas récompenser les attitudes moins déviantes, mais plutôt faire le pari de l'innovation. C'est nettement plus ambitieux pour notre climat.

(1) Vincent Auriac, président de Axylia (cabinet spécialisé dans investissements responsables), Les Echos, 30/11/15