La nouvelle est passée relativement inaperçue. On y revient parce qu'elle peut contribuer à infléchir la vision de l'économie de pas mal de citoyens.
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La nouvelle est passée relativement inaperçue. On y revient parce qu'elle peut contribuer à infléchir la vision de l'économie de pas mal de citoyens.Pourquoi est-ce donc si important ? Parce qu'à l'heure où tout le monde parle de mobiliser l'épargne pour financer l'économie réelle, les partenaires sociaux ont osé passer à l'acte. Les 100 millions d'euros proviennent de fonds sectoriels, alimentés par les cotisations sociales et destinés à offrir aux travailleurs du secteur du métal un complément de pension et autres avantages sociaux. Ils auraient pu, sagement, laisser leurs assureurs s'occuper de cet argent. Ils ont préféré investir directement dans des entreprises, sous forme de prêts ou de prises de participation. Les premiers dossiers devraient être bouclés en janvier 2017. Au lieu de se plaindre de la frilosité des banques, les partenaires sociaux du secteur du métal prennent eux-mêmes des risques. Au lieu de dénoncer " les actionnaires rapaces " qui exigent des rendements élevés quitte à délocaliser, ils jouent eux-mêmes les investisseurs à long terme. Cette implication est de nature à modifier le regard syndical sur la vie des entreprises. Dans les sociétés participantes, il y aura fatalement çà ou là des échecs et des restructurations. Où ira alors la priorité ? A la sauvegarde de l'emploi à tout prix ou à la préservation du capital de pension de l'ensemble des travailleurs cotisants ? " Des tensions surgiront évidemment de temps à autre, convient Nico Cué, secrétaire général des Métallos de la FGTB et président d'Invest for Jobs. Mais nous avons les compétences pour les régler. " Et de rappeler que les conflits ne représentent que 5 % des relations patrons-syndicats. Précisons cependant qu'Invest for Jobs ne souhaite pas être en position d'actionnaire majoritaire, ni même siéger dans les conseils d'administration. La même logique d'implication plus large dans l'économie réelle appuie les dispositifs comme le tax shelter pour les start-up ou le prêt Coup de pouce en Wallonie. Là, ce sont des citoyens qui sont incités à mobiliser une partie de leur épargne pour financer directement des entreprises de leur choix, sous forme de prises de participation pour le premier, de prêts pour le second. Dans les deux cas, cela modifie le regard sur l'entreprise. Tous ceux qui ont investi ont un intérêt financier direct à ce que la machine tourne, à ce que le coût du travail reste mesuré. Ils apprécient sans doute aussi différemment " les nuisances " d'une activité économique : des riverains vont moins pester contre le charroi généré par une entreprise dès lors que l'importance de ce charroi est aussi l'indice de l'importance de leurs dividendes ou intérêts à venir... Nous voyons la même chose avec les coopératives éoliennes, qui atténuent l'effet Nimby (Not In My BackYard). De l'autre côté, ces investissements citoyens responsabilisent aussi l'entrepreneur. Quand vous avez fait le tour des amis, des habitants du quartier, voire des travailleurs pour financer vos projets, vous leur devez un retour sur investissement. Et vous excluez a priori toute tentation de délocalisation. Un engagement moral, à tout le moins, dans une relation sans doute moins impersonnelle qu'avec une banque. Prêts Coups de pouce, tax-shelter, Invest for Jobs (bientôt suivis par d'autres fonds sectoriels ? ), crowdfunding, nous avons là un ensemble de petits pas qui, additionnés, peuvent soutenir une forme de réappropriation de l'économie. A condition que suffisamment de citoyens acceptent de prendre le risque de s'inscrire dans ces petits pas.