Après la mégafusion d'AB InBev dans la bière, c'est le tour de la pharma de battre des records. L'américain Pfizer a annoncé une fusion avec l'irlandais Allergan valorisée environ 160 milliards de dollars, dettes comprises. Ce qui va donner naissance au plus grand groupe mondial du médicament (63,5 milliards de dollars de ventes annuelles, 110.000 salariés). Il portera toujours le nom de Pfizer.
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Après la mégafusion d'AB InBev dans la bière, c'est le tour de la pharma de battre des records. L'américain Pfizer a annoncé une fusion avec l'irlandais Allergan valorisée environ 160 milliards de dollars, dettes comprises. Ce qui va donner naissance au plus grand groupe mondial du médicament (63,5 milliards de dollars de ventes annuelles, 110.000 salariés). Il portera toujours le nom de Pfizer.L'opération est très mal perçue aux États-Unis, car elle a largement un but fiscal. À travers cette fusion, le siège de Pfizer passera en Irlande, le nouveau groupe pourra alors économiser un tiers des taxes payées aux USA, en particulier sur les bénéfices des filiales étrangères. Selon Pfizer, le taux moyen sur le bénéfice du groupe passera de 25% à 17% ou 18%.Ce déménagement hors des États-Unis est appelé "inversion" (fiscale). Il a été notamment pratiqué par Burger King, qui est devenu canadien, ou Liberty Global, qui est maintenant britannique. Bien que le Trésor américain ait mis en place des mesures pour combattre cette pratique, il semble que Pfizer passera à travers les mailles du filet.Clinton et Trump critiquent la fusionLes principaux candidats républicains et démocrates ont vivement critiqué l'opération. "Le fait que Pfizer quitte notre pays avec une perte énorme d'emploi est écoeurant. Nos politiciens devraient être honteux", a commenté Donald Trump, le favori des primaires républicaines. Hillary Clinton, la favorite démocrate, se montre plus mesurée, mais tout aussi opposée: "Cela fait trop longtemps que les puissants groupes exploitent les failles qui permettent de dissimuler leurs bénéfices hors du pays pour réduire leurs taxes", a-t-elle déclaré.Le CEO de Pfizer, Ian Read, défend le volet fiscal de la fusion en avançant que les dollars économisés iront dans la recherche et d'autres programmes, alors que jusqu'ici l'entreprise est obligée de laisser une partie du cash hors des USA pour éviter qu'il ne soit taxé à son retour.Les principaux médicaments produits par Pfizer sont, par ordre d'importance, les vaccins Prevenar, le Lyrica (contre les douleurs neuropathiques), l'Embrel (anti-inflammatoire), le Lipitor (anti-cholesterol) et le Viagra. Le champion d'Allergan est le Botox (plus de 600 millions de dollars rien qu'au 3e trimestre 2015).Une fusion en attendant un split ?La fusion s'inscrit à contre-courant d'une tendance du secteur où les entreprises tendent à se concentrer sur un nombre réduit de médicaments "performants" pour améliorer la rentabilité. Les deux entreprises semblaient convaincues de cette orientation stratégique. Ainsi Pfizer a revendu Zoetis, actif dans la pharmacie animale, et Allergan, ses génériques, à Teva.Le volet fiscal de l'opération explique sans doute ce changement de stratégie, en plus des habituelles économies attendues d'une fusion de cette ampleur (2 milliards de dollars sur les trois premières années).Le deal est compliqué par la perspective envisagée dans le futur. Après la fusion, le nouveau groupe pourrait se diviser en deux entreprises. La première serait centrée sur les médicaments et traitements à forte croissance, dont le Botox. L'autre réunirait les médicaments à croissance plus modérée, qui ont perdu l'exclusivité conférée par les brevets. Les dirigeants de Pfizer et d'Allergan ont déclaré que le dossier sera examiné d'ici 2018.Pfizer est présent en Belgique où le groupe occupe 2.500 personnes dans la production, la recherche et la distribution. Notamment à Puurs, où se situe la plus grande unité européenne de production et d'emballage du groupe (1.300 personnes). Allergan possède une filiale en Belgique.