Thalys espère bien renouer avec la croissance grâce à son service low cost Izy. Le transporteur avait lancé le service en avril 2016, il a remporté un succès honorable, avec 400.000 passagers sur 12 mois d'activité. Pour le mettre en place, il avait loué deux rames TGV de 355 places à la SNCF, ornées de vert, qui roulaient une à deux fois par jour entre les capitales belge et française à un tarif démarrant à 19 euros par trajet, plafonné à 59 euros, contre 99 euros pour un trajet en Thalys classique (trajet prix à la dernière minute) (1). Ce prix réduit est possible car les trains Izy roulent en France sur une ligne classique, au péage moins coûteux, ce qui allonge un peu le trajet (2h15 vs 1h22 pour le Thalys à grande vitesse).

Passer de 355 à 726 sièges par trajet

La société Thalys entend fortement augmenter l'offre à petit prix l'été prochain en faisant rouler des rames doubles pour le service low cost Izy. Jusqu'à présent elle fait rouler des rames simples de 355 places, mais elle va aussi recourir les jours les plus demandés à des doubles rames (des UM, unités multiples dans le jargon ferroviaires) qui auront une allure un peu bariolée : une rame Izy, verte, sera accouplée à une rame Thalys bordeaux de 371 places, ce qui fera une offre de 726 sièges par trajet (plus les strapontins vendus à 15 euros). Cette approche est purement économique : Thalys ne devra plus louer 2 rames TGV à la SNCF, comme il le fait depuis avril 2016, mais une seule, ce qui réduira les coûts. Thalys dispose d'un parc de 26 rames bordeaux, et a revu son plan de transport pour dégager des rames pour participer au service Izy. Au total, l'offre sera augmentée de 6%.

Une nouvelle baisse des coûts

Cette sensible montée en puissance porte à la fois sur une augmentation de l'offre et des efforts sur les coûts. Il n'est pas certain, en effet, que le service ait été rentable sur la première année de lancement. En faisant rouler des rames doubles, la société Thalys espère réduire encore les frais de péage ferroviaire par siège. "Faire rouler des rames doubles ne coûte pas beaucoup plus cher, en péage, qu'une rame simple" indique Bruno Dierickx, directeur commercial de Thalys.

Izy, un des principaux concurrents du Thalys rouge. © PG

Une offre pour relancer la croissance nulle de Thalys

Le service Izy est inspiré du TGV low cost de la SNCF, Ouigo, et vise à répondre à la concurrence du covoiturage (Blablacar surtout) et des autocars, et à doper la demande pour un réseau qui stagne. Les trains à grande vitesse couleur bordeaux relient Paris, Bruxelles, Amsterdam et quelques villes allemandes (Cologne, Düsseldorf) tourne depuis dix ans autour des 6,6 millions de voyageurs annuels. Izy a été lancé pour jouer la carte du low cost. Tout est fait pour raboter les coûts : les tickets ne sont disponibles que sur le net, et ne sont pas remboursables.

Doubles rames, deux couleurs

Izy ne va toutefois pas aussi loin qu'Ouigo. La SNCF a fait réaménager des rames pour ce service, supprimant la voiture bar (toujours déficitaire) pour ajouter des sièges. Une double rame Ouigo peut transporter 1288 passagers (rames à doubles étages). Thalys s'est limité à utiliser du matériel existants : rames TGV de la SNCF juste revêtue d'une déco extérieure verte pour l'identité, et rame Thalys bordeaux, toutes roulant avec une voiture bar fermée. Cela limite les investissements, au prix d'une petite confusion pour les passagers, qui verront des rames doubles Janus, avec une partie bordeaux et une autre, verte. "On réfléchit à voir comment bien identifier le service Izy pour les rames bordeaux" dit Bruno Dierickx, "mais cela ne devrait pas poser de problème. L'offre Izy est à présent connue, et il y a déjà eu des trajets Izy réalisés avec des rames bordeaux, il n'y a pas eu visiblement de confusion pour les passagers. Les voyageurs font bien la différence entre le service Izy à petit prix, en 2h15 et celui des lignes Thalys, à grande vitesse et avec wifi inclus."

Mieux que Ouigo, le TGV low cost de la SNCF

L'avantage par rapport aux rames Ouigo est que les rames "classiques" utilisées par Izy comportent des sièges de première classe, vendus sous la marque XL. Les passagers peuvent y accéder à un prix modéré, à partir de 29 euros. Il y aura peut-être même moyen d'y voyager au prix plancher car Thalys annonce que les sièges XL seront vendus au même tarif que les siège standards lorsque ces derniers auront, dans un trajet donné, été totalement vendus.

Ce démarrage low cost s'explique par la prudence de la société Thalys. Elle voulait d'abord vérifier que le service low cost ne siphonne pas trop les recettes business des trains bordeaux. Cela aurait mis en péril le rentabilité de toutes les opérations. Thalys est un service international, il ne peut être subsidié comme le sont les transports nationaux de passagers. Des enquêtes menées auprès des passagers ont rassuré Agnès Ogier, CEO de Thalys : environ 60% des passagers n'auraient pas pris le train. Le concept Izy semble donc ne pas trop toucher la clientèle business, qui accepte de payer plus cher pour aller plus vite. Les horaires d'Izy sont aussi fixés pour ne pas trop attirer les voyageurs d'affaires.

"Nous revoyons les horaires en fonction de la clientèle qui est très majoritairement un trafic de loisir" continue Bruno Dierickx, "nous renforçons les jours où cette demande est la plus élevée, le vendredi, le dimanche et le lundi et pendant les vacances scolaires."

Notons que les trains Thalys et Izy sont opérés par la société THI Factory, qui appartient à 60% à la SNCF et à 40% à la SNCB. Par commodité l'entreprise se présente sous le nom de Thalys.

(1) Les tarifs Izy débute à 10 euros par trajet Bruxells-Paris pour quelques places non garanties. Si le train est rempli, ces passagers voyagent dans la voiture bar (qui est fermée). Les strapontins sont vendus à 15 euros. Le tarif de base des sièges standard est de 19 euros. Le prix maximum est de 59 euros (69 euros pour les sièges standard XL). Ces tickets ne sont pas flexibles et ne peuvent être réservés que sur le net. Les tarifs Thalys débutent à 29 euros mais sont vendus à 99 euros à courte échéance (départ dans la semaine) en Comfort 2 et à 149 euros en Comfort 1 (avec repas). Pour un voyageur qui se décide à la dernière minute, cela représente donc une économie de 40% (59 euros au lieu de 99 euros l'aller simple).