Dans l'écosystème des start-up, des tas de structures gravitent autour des entrepreneurs : les incubateurs, les accélérateurs, les couveuses à jeunes pousses, les fonds de capital-risque (venture capital), les business angels... Et puis, on trouve des " ovnis" sur ce créneau : les start-up studios. Pas encore très nombreux, il en existe déjà en France, en Allemagne, au Danemark et aussi en Belgique. En Europe, le plus connu d'entre eux n'est autre que Rocket Internet, le géant allemand coté en Bourse et fondé par les frères Samwer que l'on retrouve notamment, sous différentes formes, derrière Jumia, Hello Fresh, Zalando, Delivery Hero ou FoodPanda.
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Dans l'écosystème des start-up, des tas de structures gravitent autour des entrepreneurs : les incubateurs, les accélérateurs, les couveuses à jeunes pousses, les fonds de capital-risque (venture capital), les business angels... Et puis, on trouve des " ovnis" sur ce créneau : les start-up studios. Pas encore très nombreux, il en existe déjà en France, en Allemagne, au Danemark et aussi en Belgique. En Europe, le plus connu d'entre eux n'est autre que Rocket Internet, le géant allemand coté en Bourse et fondé par les frères Samwer que l'on retrouve notamment, sous différentes formes, derrière Jumia, Hello Fresh, Zalando, Delivery Hero ou FoodPanda. Le concept, que d'aucuns appellent aussi " usines à start-up ", prend autant de formes qu'il existe de start-up studios. Mais tous affichent certaines caractéristiques communes. Il s'agit d'entreprises dont la vocation consiste à produire des start-up en série, sur la base d'idées qui, le plus généralement, naissent en interne. A l'inverse des incubateurs qui accueillent les entrepreneurs ayant une idée de business et qui les financent, les start-up studios font naître de nouvelles idées et en financent les premiers développements. Ils en sont d'ailleurs les principaux actionnaires dans un premier temps. Et pour aider leurs boîtes à se lancer, les start-up studios disposent d'une structure qui mutualise les compétences en matière de finances, de marketing, de comptabilité, etc. C'est sur ce modèle qu'est né, en 2011, eFounders, un start-up studio franco-belge à l'initiative de Quentin Nickmans (le Belge) et Thibaud Elzière (le Français). Spécialisé dans le software as a service, leur start-up studio compte aujourd'hui neuf entreprises, s'apprête à en lancer quatre autres cette année et prépare déjà trois nouvelles start-up pour la suite. Ensemble, les différentes entreprises d'eFounders ont déjà levé 45 millions d'euros et font travailler environ 330 personnes. A Bruxelles, Barefoot, un autre start-up studio, a également fait parler de lui ces derniers mois. Dirigé par Augustin Van Rijckevorsel, il a déjà développé cinq start-up. Avec son concept d'usine à start-up exclusivement orientée B to B, le jeune patron, sous ses airs de hipster avec sa longue barbe, est déjà parvenu à attirer de grands noms autour de lui. Tant parmi ses investisseurs, son conseil que les partenaires de ses start-up. On retrouve ainsi des personnalités comme Christophe Salanon (cofondateur de Meetic), les familles de Selliers de Moranville, De Strooper ou encore Moorkens, Hugues Rey (le boss de Havas), François Pernot (le patron de Media Participation : éditions du Lombard, Dupuis, etc.), Alexandre Almajeanu, etc. Barefoot et eFounder développent, chacun, les idées en interne. Chez eFounders, c'est le plus souvent Thibaud Elzière qui débarque avec de nouveaux concepts. " Ils me viennent des problèmes quotidiens que j'ai pu rencontrer dans les développements de mes précédentes boîtes, ou bien de mon quotidien chez eFounders, commente-t-il. On peine parfois à expliquer d'où elles viennent et à convaincre qu'on ne tombera jamais à court d'idées. C'est pourtant le cas. " Il faut dire que Thibaud Elzière n'est pas un novice en start-up : il a notamment fondé Fotolia, banque de données de photos revendue à Adobe pour... 800 millions d'euros ! Et son associé, Quentin Nickmans, ancien du BCG, a lui aussi déjà fondé, dirigé et vendu des start-up. Chez Barefoot, c'est aussi son fondateur Augustin Van Rijckevorsel qui alimente la boîte à idées. Ensuite, les studios cherchent les talents qui prendront les places de CEO et de responsables produits de chaque start-up. " C'est une étape cruciale car il faut absolument trouver les bons profils ", admettent les deux start-up studios belges. Dans un premier temps, les responsables des start-up (CEO et responsable IT) peuvent facturer eFoudners pour leur prestation, le temps de monter la boîte et de faire avancer le projet. Ensuite, ils passent associés et actionnaires et deviennent des créateurs de start-up comme les autres, qui comptent le studio parmi leurs actionnaires et sur l'équipe duquel ils peuvent s'appuyer pour les finances, le soutien marketing, les RH, etc. Le studio devient-il, dès lors, une " belle-mère " encombrante ? " On est assez présent au début, admet Thibaud Elzière, mais l'idée consiste vraiment à ce que la start-up quitte le nid après 18 mois et soit totalement indépendante. " Malgré tout, eFounders a parfois été amené, avant l'envol de la start-up, à se séparer du CEO pour s'assurer qu'elle prenne la voie que le studio impose : celle d'une one billion dollar company. Bien sûr, le modèle du studio peut se révéler gourmand financièrement. Dans un premier temps, il finance seul l'ensemble des développements, sans attendre les premiers revenus. Cela nécessite d'avoir assez de fonds propres puisque le retour n'arrivera qu'en cas de dividendes (rare dans l'univers numérique) ou au moment de la vente. Et puis, il faut, bien sûr, un fond de roulement important : la mise en place coûte à eFounders au moins 500.000 euros par start-up. Chez Barefoot, le jeune CEO du studio évoque de son côté 250.000 euros pour chaque start-up. De vrais investissements donc, même si les deux studios belges se basent sur un modèle de start-up qui doit rapidement générer ses premiers revenus via les entreprises qui souscrivent à ses services. Les neufstart-up d'eFounders génèrent, d'ailleurs, déjà un revenu mensuel récurrent de... 1,9 million d'euros, selon son fondateur. Mais avant d'arriver à la rentabilité et l'autonomie financière de leurs start-up, les studios ont besoin d'investisseurs. En plusieurs fois, eFounders a levé 10 millions d'euros pour permettre à son " holding " de déployer ses start-up. Parmi les investisseurs, on retrouve les fondateurs mais également Bruno Vanderschueren (cofondateur de Lampiris), Oleg Tscheltzoff (cofondateur de Fotolia et serial investisseur que l'on retrouve chez Molotov, Delivery Hero, etc.) ou encore Fritz Mertens (Petercam). Du côté de Barefoot, Augustin Van Rijckevorsel a effectué, à l'automne 2016, une levée de fonds de 1 million d'euros, essentiellement auprès de business angels et de family offices. Il est actuellement en pleine seconde levée de fonds. Les deux studios espèrent aujourd'hui attirer les familles belges et les family offices à investir dans les start-up. Un temps, eFounders avait imaginé un fonds en marge du studio dans lequel les familles et industriels belges pourraient prendre part. L'idée était d'impliquer les investisseurs dans l'univers numérique. " Cela ne s'est pas fait, admet Thibaud Elzière, car certains avaient l'impression d'un conflit d'intérêts puisque nous sommes à la fois entrepreneurs du studio et investisseurs. On a donc laissé tomber l'idée d'un fonds structuré mais nous nous apprêtons à leur proposer un Club eFounders. Celui-ci leur permettrait d'investir en direct, de manière privilégiée, dans nos start-up, dès leur lancement et aussi d'assurer le suivi aux tours d'investissement suivants. " Une réflexion qu'Augustin Van Rijckevorsel mène de son côté également puisque Barefoot est confronté aux mêmes besoins de financement pour ses start-up. eFounders est déjà parvenu à attirer dans ses jeunes pousses quelques-uns des plus beaux fonds de venture capital (VC) comme Alven Capital, Point Nine Capital, Balderton Capital, Seventure Partners, etc. Pourquoi dès lors cibler les familles belges ? " On constate que les familles belges investissent peu dans le numérique aujourd'hui car c'est un domaine généralement à 1.000 lieues de leur business, détaille Thibaud Elzière. Or, le concept du start-up studio s'inscrit généralement dans la durée puisqu'on estime qu'il nous faudra environ neuf ans avant de vendre les premières start-up. Là où les VC veulent des retours plus rapides, les familles s'inscrivent plus dans la durée. " L'argument de ces start-up pour les investisseurs ? " D'abord un label de qualité qui doit les rassurer, insiste Augustin Van Rijckevorsel. Le passage des start-up dans un studio apporte une certaine crédibilité puisque l'équipe fondatrice est experte dans cette mécanique et cela doit les rassurer. Sans compter qu'au niveau financier, les performances des VC en Europe sont généralement plus faibles que leurs équivalents américains. De toute manière, investir dans ces fonds est extrêmement difficile pour la classe d'investisseurs que nous ciblons. En entrant dans nos start-up, ils arrivent au moment où la valorisation des boîtes n'a pas explosé et cela leur permet des retours attractifs. " Sans toutefois avancer de chiffres réels puisqu'aucun des deux studios n'a encore vendu de start-up. Crédibles, les start-up studio comme véhicule d'investissement ? Pour Raphaël Abou, CEO d'Allyum, cabinet spécialisé dans la gestion et les opérations financières des entreprises, l'idée ne manque pas d'intérêt. " Les start-up studios sont spécialisés et nourrissent un véritable objectif de sortie. Pour des familles ou des family offices, les studios sont une alternative intéressante pour avoir accès à des dossiers intéressants et assurer une diversification. Il peut être dangereux, pour des familles, d'investir en direct dans des start-up si elles ne connaissent pas le domaine. Les studios ont généralement fait un vrai travail de sélection parmi leurs idées et développent le plus souvent de bons dossiers. " Pour Thibaut Claes, innovation manager chez Startups.be, considérer les start-up studios comme des véhicules d'investissements " peut faire sens sur papier". "C'est cohérent de se dire que l'on investit dans plusieurs start-up et que si l'une d'elles émerge, on peut co-investir par la suite donnant ainsi un accès privilégié à un dealflow, explique-t-il. Au niveau du retour, c'est difficile à ce stade d'affirmer que passer par les start-up studios est plus intéressant que via un fonds. Les fonds imposent des management fees de 2 à 2,5 %, par contre même si le pourcentage des investisseurs dans les start-up d'un studio est plus grand, le studio a plus de frais aussi. Après, tout dépend aussi de la qualité du studio, il faut un vrai track record antérieur, un véritable focus sur un créneau en particulier et une véritable méthodologie qui peut être répliquée. " Des conditions que les deux start-up studios belges commencent tout doucement à rencontrer. eFounders, actif depuis plus longtemps, aligne déjà de très belles start-up, avec de vrais revenus, et de grosses levées de fonds. De son côté, Barefoot est en train de convaincre une série de grosses entreprises - IBSR, Axa, etc. - d'utiliser ou d'investir dans ses jeunes pousses. Pour Cédric Biart, investisseur dans Barefoot, " le risque de l'investissement est haut comme dans toute start-up mais amélioré par la diversification sur des projets multiples. Mais, le profil évolue dans le temps puisque la visibilité qui se crée améliore le profil de risque ". Reste, bien sûr, aux studios belges à réaliser les premières ventes de start-up, qui seront déterminantes. Notamment pour les investisseurs...