Développer une start-up pour espérer la vendre ultérieurement à un grand groupe constitue pour une certaine partie des jeunes entrepreneurs un objectif inavoué. Certains observateurs prêtent par exemple ce dessein aux start-up de livraison de repas type Deliveroo (ou avant, Take Eat Easy) tant le business model de ces entreprises pose question. Pour pas mal d'analystes terre à terre de l'économie, le développement d'entreprises en vue de la revente dépasse l'entendement.
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Développer une start-up pour espérer la vendre ultérieurement à un grand groupe constitue pour une certaine partie des jeunes entrepreneurs un objectif inavoué. Certains observateurs prêtent par exemple ce dessein aux start-up de livraison de repas type Deliveroo (ou avant, Take Eat Easy) tant le business model de ces entreprises pose question. Pour pas mal d'analystes terre à terre de l'économie, le développement d'entreprises en vue de la revente dépasse l'entendement. Mais chez eFounders, l'exit n'est pas un tabou. C'est même une partie de l'objectif. C'est ce qui fait d'eFounders un start-up studio pionnier en Belgique. Le concept ? Imaginer des idées novatrices, monter les projets, en faire des start-up puis les laisser voler de leurs propres ailes en conservant une participation dans chacune d'elles. eFounders a été déployé chez nous par un duo franco-belge d'entrepreneurs. Le Belge, Quentin Nickmans, ancien du BCG qui avait, avant cela, lancé EatingDesk, start-up active dans la livraison de repas, revendue au groupe Resto-In. Et le Français, Thibaud Elzière, qui avait fondé en 2004 la firme Fotolia, plateforme de vente de photos rachetée en 2014 par le géant Adobe pour la somme de 850 millions de dollars. Depuis son lancement voici cinq ans, ce ne sont pas moins de neuf start-up qui ont été lancées par le duo d'entrepreneurs (voir "Cinq ans de start-up en série"). Toutes sont actives dans le même créneau, le software as a service (SaaS) : c'est-à-dire proposer l'accès à un logiciel B to B dans le cloud, sur abonnement. " Nous créons des logiciels pour les entreprises de 20 à 2.000 employés, précise Quentin Nickmans. C'est un marché extrêmement porteur car les entreprises sur ce segment ont des marges importantes et des revenus récurrents et prévisibles. " L'avantage du secteur SaaS ? Les start-up commencent à générer des revenus dès le premier jour de commercialisation du produit et offrent des marges de 50 à 80 % ! Aujourd'hui, les jeunes pousses d'eFounders génèrent déjà, d'après le studio, pas moins de 1,5 million d'euros de revenus mensuels récurrents ! Contrairement aux incubateurs qui soutiennent les projets que des entrepreneurs extérieurs développent, chez eFounders, les idées viennent de l'intérieur. Thibaud Elzière et Quentin Nickmans n'en manquent pas. A partir de ce moment-là, ils analysent le marché et la faisabilité du projet. Ils recrutent deux " cofondateurs " : un CEO et un CTO qui, durant les premiers mois, rentrent leurs factures pour leurs prestations puis deviennent les véritables porteurs du projet, secondés par l'équipe d'eFounders, 13 personnes expertes en produit, en marketing, vente et design qui viennent soutenir les fondateurs. A ce stade, la répartition des parts dans la start-up s'articule comme suit : le CEO et le CTO obtiennent respectivement 25 % des parts et eFounders détient le reste, une partie en tant que troisième cofondateur et l'autre pour l'investissement réalisé durant les premiers mois. Après neuf mois de mise en place, l'équipe commence à chercher les investisseurs extérieurs pour espérer, après 18 mois, laisser la start-up voler de ses propres ailes. Et ne plus garder que le lien capitalistique. A l'arrivée, eFounders détient donc des parts dans une série de start-up dont elle espère obtenir un retour au fil des ans. " On ne lance pas des boîtes pour les vendre, insiste néanmoins Thibaud Elzière. Si dans 15 ans, on possède 20 % dans 50 start-up qui nous versent des dividendes, je suis absolument ravi. Mais il ne faut pas se leurrer : dans l'industrie de la tech, rares sont les start-up qui restent indépendantes. On observe généralement un mouvement de consolidation. Et l'on ne crache pas sur des exit non plus. " L'ambition d'eFounders est gigantesque. " Nous visons une création de valeur aussi importante, voire plus importante qu'un Rocket Internet, s'aventure Thibaud Elzière. Mais avec un groupe plus pérenne et une philosophie plus entrepreneuriale. " Et l'homme avance un objectif chiffré : " On pourra dire qu'on a réalisé quelque chose de vraiment très bien si, d'ici cinq ans, la valeur des entreprises lancées par eFounders dépasse le milliard d'euros. Cela avec une équipe eFounders relativement réduite comprise entre 10 et 20 personnes, sans tenir compte des équipes des start-up elles-mêmes qui sont indépendantes et n'interviennent pas sur le payroll du studio. " Ambitieux. Pour y parvenir, eFounders entend créer trois à quatre start-up chaque année. Pour l'année 2017, quatre projets sont d'ores et déjà sur les rails, mais Thibaud Elzière et Quentin Nickmans ne dévoilent encore rien. Par contre, les premières années de vie d'eFounders parlent déjà pour eux. Durant les quatre premières années, cinq start-up ont vu le jour en Belgique, en France et aux Etats-Unis : Mailjet, TextMaster, Mention (spin-off d'un autre projet baptisé PressKing et qui a fait un " pivot "), Aircall et Front. Toutes affichent déjà un joli résultat : elles ont chacune réalisé au moins une levée de fonds. Et pas auprès de n'importe qui : les responsables d'eFounders peuvent s'enorgueillir d'avoir trouvé de belles pointures de l'investissement : Alven Capital en France, Point Nine Capital en Allemagne ou Balderton Capital au Royaume-Uni. Pour ce qui est des Etats-Unis, Front a conclu un tour de financement de 10 millions de dollars auprès de Social Capital, déjà actionnaire d'entreprises renommées telles que Slack ou Intercom. Au total, 37 millions d'euros ont été levés par les cinq jeunes pousses. Ce qui monte à environ 125 millions d'euros la valorisation de l'ensemble des start-up de la galaxie eFounders. Et en 2016, eFounders a mis sur le marché quatre nouvelles entreprises : Spendesk, Hivy, Forest et Illustrio. Mais pour le moment, eFounders n'en " profite " pas encore. Le studio demeure dans une phase d'investissement. Les deux fondateurs, Thibaud Elzière et Quentin Nickmans ont commencé par investir eux-mêmes un peu plus de 3 millions d'euros dans les premiers projets. Avant de lever 5 millions d'euros en juin 2015, notamment auprès de l'ancien associé de Thibaud Elzière dans Fotolia, Oleg Tscheltzoff. Aujourd'hui, selon le cofondateur, chaque projet coûte entre 500.000 et 1 million d'euros en phase de lancement. Le studio estime à 2 à 3 millions d'euros par an les besoins de cash nécessaire pour relever son ambition de lancer quatre firmes par an, tout en faisant tourner le studio. " Un start-up studio nécessite un fonds de roulement important, concède Thibaud Elzière. Et des fonds propres durant les premières années puisqu'il faut compter environ neuf ans avant de pouvoir espérer réaliser la première vente. " Il reste encore une partie des 6 millions levés l'an passé ce qui signifie qu'il reste, si tout va bien, aux responsables eFounders deux à trois années à financer avant que le studio ne soit financièrement autonome (grâce à la vente d'une des start-up). Ainsi, eFounders pourrait encore réaliser une levée de fonds pour cette période. Mais les fondateurs ne la veulent pas trop importante, histoire de ne pas trop se diluer alors que la valeur de leurs participations ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, eFounders reste majoritairement dans les mains des fondateurs Quentin Nickmans et Thibaud Elzière, le reste dans celles d'Oleg Tscheltzoff. Mais ils envisagent de faire entrer dans le projet quelques amis entrepreneurs. Dès lors, eFounders pourrait donc bien, dans les mois qui viennent, annoncer une " petite " levée de fonds. Reste à savoir si elle interviendra avant ou après celles de ses diverses start-up qui totalisent toutes, aujourd'hui, 250 emplois...