Dans les rues de Bruxelles, les livreurs de plats de restaurant se multiplient. Ils endossent les couleurs de Deliveroo, de Takeaway.com (ex-Pizza.be) ou bien d'UberEATS. Les automobilistes ne peuvent plus faire de déplacement sans les croiser, sur leur vélo ou leur scooter. En l'espace de huit mois, la plupart des coursiers qui oeuvraient pour la start-up belge Take Eat Easy ont forcément troqué leur sac contre une grosse boîte rigide de la concurrence. La demande en coursiers est telle que la plupart, repris par Deliveroo ou UberEATS, ont rapidement pu remonter sur leur vélo. En Belgique, les coursiers de Take Eat Easy ont d'ailleurs quasi tous touché leurs derniers émoluments, grâce à SMart, coopérative de travailleurs autonomes, qui les encadre et leur a versé pas moins de 340.000 euros.
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Dans les rues de Bruxelles, les livreurs de plats de restaurant se multiplient. Ils endossent les couleurs de Deliveroo, de Takeaway.com (ex-Pizza.be) ou bien d'UberEATS. Les automobilistes ne peuvent plus faire de déplacement sans les croiser, sur leur vélo ou leur scooter. En l'espace de huit mois, la plupart des coursiers qui oeuvraient pour la start-up belge Take Eat Easy ont forcément troqué leur sac contre une grosse boîte rigide de la concurrence. La demande en coursiers est telle que la plupart, repris par Deliveroo ou UberEATS, ont rapidement pu remonter sur leur vélo. En Belgique, les coursiers de Take Eat Easy ont d'ailleurs quasi tous touché leurs derniers émoluments, grâce à SMart, coopérative de travailleurs autonomes, qui les encadre et leur a versé pas moins de 340.000 euros. Du côté des employés belges de la start-up la plus en vue de l'écosystème numérique, il semble que peu soient restés sur le carreau. Près d'une centaine de jeunes travaillaient, fin juillet 2016, pour Take Eat Easy en Belgique. Et la majorité est, fort heureusement, active aujourd'hui. Il faut dire que le jour même de l'annonce de la faillite, " on a vu s'organiser une forte mobilisation des fondateurs et du management, souligne Jonathan Lefèvre qui était general manager pour la Belgique et a désormais rejoint la firme d'e-commerce Vente-Exclusive. Un fichier Excel a été réalisé avec les listes d'e-mails et des infos sur les employés et ce fichier a tourné dans l'écosystème pour faire connaître les profils des employés. " " Take Eat Easy était une boîte exceptionnelle avec une équipe incroyable et beaucoup de talents, nous avait à l'époque assuré Thibaud Elzière, cofondateur du start-up studio belge eFounders. Nous nous sommes très tôt rapprochés des fondateurs et avons reçu cette liste d'employés et avons pris contact avec plusieurs d'entre eux. " Comme lui, pas mal d'entreprises, souvent des jeunes pousses, ont essayé de recruter parmi les talents de la firme en faillite. " C'était incroyable, se souvient Manon Brulard, membre du customer support de Take Eat Easy qui occupe désormais le poste de COO de l'initiative BeCentral. On a tous été appelés assez rapidement. Et beaucoup n'ont pas dû chercher du travail. " Même son de cloche pour Philippe De Schutter, ancien city manager de Take Eat Easy à Anvers. " Rapidement, nos profils LinkedIn ont chauffé, témoigne l'actuel responsable des opérations chez UberEATS en Belgique. J'ai reçu huit propositions sérieuses de jobs sans même avoir postulé. " Il faut dire que Take Eat Easy, très médiatisée à la suite de ses levées de fonds pour plus de 16 millions d'euros, affichait un parcours rare pour une start-up belge. Elle a connu une croissance étonnante, sur un marché hyper concurrentiel. En 12 mois à peine, la firme était passée de 10 à 160 employés. Présente dans deux villes à ses débuts, elle a rapidement lancé une activité dans une vingtaine de villes, en Belgique, en France et en Espagne notamment. Selon les dires de son CEO Adrien Roose, au moment de la fin de l'aventure, Take Eat Easy dénombrait pas moins de 3.200 restos partenaires et 350.000 clients. Sans oublier des milliers de coursiers. " Ce fut une expérience assez unique, témoigne Jonathan Lefèvre. Cette hyper-croissance était peu commune chez nous et beaucoup de recruteurs ont reconnu les accomplissements, les efforts réalisés et l'expérience acquise par les différents profils au sein de Take Eat Easy. Les profils de supports clients sont très recherchés, de même que les profils IT qui n'ont eu aucun mal à retrouver un job, en quelques jours à peine. " Ces profils IT et développeurs ont souvent rejoint de grosses structures comme des banques ou des sites web, tels Kapaza. " Cela n'a rien d'étonnant, réagit Jean-Christophe Libbrecht, qui était cofondateur et CTO de Take Eat Easy. On a dû engager 17 développeurs et chefs de projets en six mois à peine. C'est souvent dans des grosses structures qu'on est allé les chercher. " Les autres profils n'ont souvent pas eu trop de peine non plus à retrouver un job. On retrouve des anciens employés un peu partout. Certaines entreprises en ont même accueilli plusieurs. Notamment Vente-Exclusive, le spécialiste des ventes privées, qui en a recruté quatre. Parmi eux, Jonathan Lefèvre ou Magali De Jaegher (ancienne responsable des opérations devenue project manager chez Vente-Exclusive). " Vente-Exclusive est aussi une entreprise en pleine croissance et la firme connaît quelques-uns des challenges que l'on a connus au travers de Take Eat Easy, analyse la jeune femme. Ils recherchaient l'expérience et les connaissances acquises là-bas. " Pareil pour Heetch, la start-up française de co-voiturage (actuellement dans l'oeil du cyclone dans l'Hexagone après un jugement défavorable). La jeune pousse a engagé plusieurs membres de la team Take Eat Easy, dont Raphael Fenaux qui y porte le titre de head of tools and process. L'expérience mise à profit au sein de Take Eat Easy, le jeune homme l'applique au sein de Heetch qui rencontre les mêmes défis : améliorer les outils et process de ses collègues, passés de 40 à 70 en peu de temps, de sorte à ne pas devoir doper les ressources humaines au même rythme que la croissance de la boîte. Et bien sûr, dans le domaine - toujours très hot - de la foodtech, les start-up sont allées puiser dans les ressources humaines de Take Eat Easy. UberEATS en tête, elle qui s'est d'ailleurs rapidement installée dans les anciens locaux du fleuron belge de la livraison de repas. Plusieurs " anciens Take Eat " ont naturellement rejoint la firme qui se lançait à Bruxelles. Ainsi, Philippe De Schutter a voulu rester dans le secteur. " Quelle ambiance chez Take Eat Easy, je m'amusais et je voulais retrouver le même genre d'opportunité, détaille l'actuel courier & restaurant operation manager d'UberEATS. C'est moi qui ai postulé et comme j'avais lancé les activités de Take Eat Easy à Anvers, j'ai pu être le premier à travailler au lancement d'UberEATS en Belgique. " Une trahison pour un ancien de la firme en faillite ? " Pas du tout, réagit Philippe De Schutter. UberEATS n'a jamais été un concurrent direct sur le terrain. " Deliveroo, le concurrent direct, a également ouvert ses portes au personnel de Take Eat Easy. " Nous avons vu plusieurs personnes et en avons engagé quatre ou cinq, essentiellement pour le service de support client ", réagit Mathieu de Lophem, general manager de Deliveroo en Belgique. D'autres start-up foodtech ont aussi accueilli des anciens employés de l'ex-star de la livraison : RestoPass et TheFork. De manière générale, c'est - sans surprise - dans des entreprises (start-up ou scale-up) numériques ou orientées sur l'innovation que se sont recasées la plupart des forces vives de la start-up belge déchue. Citons les start-up BePark, Real Impact Analytics, Selinko, Proxistore, Woorank ou les firmes Emakina ou Amazon Web Services, pour n'en citer que quelques-unes. Par contre, on constate assez peu de créations de start-up, alors que dès la faillite certains observateurs émettaient le voeu que l'expérience Take Eat Easy donne lieu à la naissance d'un nouvel écosystème de jeunes entreprises innovantes. Un peu comme ce fut le cas du côté flamand lors de la disparition de Netlog, terreau d'où ont émergé des start-up comme In The Pocket, ShowPad, Engagor, Xpenditure, Realo, etc. A l'heure actuelle, un seul projet a véritablement émergé : Doctoranytime. Cette start-up, d'origine grecque, a lancée en juillet 2016 sa déclinaison belge sous la direction de Sylvain Niset, ancien VP of business developpement de Take Eat Easy qui, comprenant la direction que prenait la start-up, l'avait quittée un mois avant la faillite. Doctoranytime cible les médecins et professionnels de la santé à qui elle vend un service de prise de rendez-vous via le Net. Elle a déjà levé 1 million d'euros pour se développer sur notre marché et compte une douzaine d'employés. Sylvain Niset regrette de ne voir pas plus de nouvelles boîtes lancées par ses anciens collègues. " Certains ont sûrement été refroidis par l'expérience, lance-t-il. Pour l'heure, on voit malheureusement peu de prises de risque. " D'autres ont entrepris de lancer un projet. C'est le cas de Raphael Fenaux, par exemple, qui après la faillite a commencé à développer - avec quelques autres anciens de Take Eat Easy - le projet Spleety à destination des voyageurs. " Mais il est actuellement en stand-by, admet le jeune homme. Nous voulons d'abord affiner le produit avant d'aller plus loin. " Pour le moment, nous n'avons pas noté d'autres start-up ou initiatives du genre en création parmi les anciens employés. Une situation qui s'explique néanmoins. " Du jour au lendemain, on perdait notre boulot, notre dernier mois de salaire et devions nous reposer sur notre épargne, détaille Magali De Jaegher. Et cela alors que tout le monde se donnait corps et âme au projet Take Eat Easy. Difficile dans ces conditions de se lancer directement dans la création d'une nouvelle start-up. Il faudra sans doute attendre un peu avant de voir naître de nouveaux projets dans notre écosystème, mais cela viendra. " Le premier gros projet pourrait provenir dans les mois qui viennent des anciens fondateurs de Take Eat Easy. En effet, deux d'entre eux, Karim Slaoui et Adrien Roose, se sont associés à Tanguy Goretti, ancien fondateur de Djump passé ensuite chez Take Eat Easy et Menu Next Door. Ensemble, ils ont créé, fin janvier, une nouvelle société baptisée CowBoy qui a pour objet la création et la commercialisation de vélos. Les trois fondateurs ne dévoilent encore rien de leur nouvelle initiative et préfèrent jouer la carte de la discrétion. Mais leur ambition est grande, nous rapporte-t-on dans leur entourage. D'ailleurs, leur jeune entreprise vient d'obtenir un prêt convertible (privé) de 700.000 euros sans même avoir lancé son business. Preuve que leur expérience et leurs réalisations au travers de Take Eat Easy constituent une plus-value réelle aux yeux de certains investisseurs/prêteurs. Mais dans cette nouvelle aventure, on ne retrouve pas deux des cofondateurs. Chloé Roose, d'abord, se concentre sur un projet qu'elle avait lancé, dès 2012, en parallèle à Take Eat Easy : Brussels Kitchen (BK), un guide des bonnes adresses culinaires à Bruxelles. Avec Sarah Cisinski, cofondatrice de BK, Chloé Roose sortira la première édition papier de Brussels Kitchen, à la rentrée prochaine, aux éditions Racine. Enfin, Jean-Christophe Libbrecht, quatrième cofondateur de la start-up, a lui pris un peu de temps avant d'accepter une mission de développeur en machine learning pour Darts-IP, genre de base de données géante des décisions de justice dans le domaine des marques et des brevets. " Ce qui m'a vraiment plu dans l'aventure Take Eat Easy a été le développement de l'algorithme de dispatch, se souvient l'ancien CTO de la start-up. C'est là que j'ai pu le plus faire preuve de créativité technique. Et pouvoir afficher l'expérience d'un site web qui a réalisé des millions de transactions est un réel atout. Beaucoup de gens m'ont contacté après Take Eat Easy. Mais il m'a d'abord fallu un peu de temps avant de savoir où je voulais aller. Je voulais trouver un boulot qui me passionne, m'évite deux ans de galère et me permette de me concentrer sur des projets personnels. " Si pour l'instant, les anciens de l'aventure Take Eat Easy semblent très éclatés dans l'écosystème, ils gardent contact. Soit par petits groupes, soit de manière plus formelle pour aller " boire des verres ". Le groupe Slack de la start-up reste par ailleurs actif et, même s'il ne bouge pas si souvent, " on y retrouve des demandes et propositions de certains de l'équipe ", détaille Jonathan Lefèvre. Et il se dit que l'entraide, après huit mois, est toujours aussi forte qu'au premier jour. De là à en faire une future " mafia Take Eat Easy " d'où émaneront de nouvelles start-up... il n'y a qu'un pas.